Commune de Paris. Séance du 17 mai 1871 (IX).

Vaillant. «Vu les nombreux avertissements donnés aux municipalités d’arrondissement, de substituer partout à l’enseignement religieux, l’enseignement laïque…»

(Suite de la séance du 17 mai 1871.)

Commune de Paris, Édouard Vaillant. © Eloi Valat. Commune de Paris, Édouard Vaillant. © Eloi Valat.
VAILLANT. Je prie les membres de l’assemblée qui s’occupent des municipalités de vouloir bien m’écouter. La Commune m’a donné une délégation, dans laquelle je me trouve souvent en conflit avec certaines municipalités, tandis qu’avec d’autres tout va pour le mieux. Il est tout naturel que les municipalités doivent avoir la direction de l’enseignement et prennent toutes les mesures urgentes, relatives aux écoles. Il est évident que, dans tout pays, il doit y avoir un certain ressort central qui règle les ressorts particuliers. L’enseignement ne fonctionne pas comme il devrait fonctionner. Pour aujourd’hui, je vous parlerai des Jésuites. Ils interviennent partout et sous toutes les formes. Des municipalités très ardentes en ont fini en deux jours; dans d’autres, l’on n’a pas pu les chasser. Il serait urgent que, deux mois après la révolution du 18 mars, on ne vît plus de ces gens-là. Il serait bon que les municipalités missent un peu plus de zèle…

RÉGÈRE. Précisez.

VAILLANT. … et les fissent disparaître en quarante-huit heures d’une façon absolue. Voici donc ce que je propose:
«Sur la proposition de la délégation à l’Enseignement,
«La Commune décide:
«Vu les nombreux avertissements donnés aux municipalités d’arrondissement, de substituer partout à l’enseignement religieux, l’enseignement laïque,
«Il sera dressé dans les quarante-huit heures un état des écoles tenues encore par les congréganistes; cet état sera publié chaque jour dans l’Officiel avec le nom des membres de la Commune délégués à la municipalité de l’arrondissement où les ordres de la Commune, au sujet de l’établissement de l’enseignement exclusivement laïque, n’auront pas été exécutés.»

La proposition du citoyen Vaillant, mise aux voix est adoptée.

OSTYN. Je demande qu’on me laisse déposer sur le bureau la liste des communautés qui existent dans l’intérieur de Paris.

POTTIER. J’ai une interpellation très importante à adresser. Un commissaire de police est venu dans notre arrondissement faire évacuer et fermer l’église; cette opération, que nous préparions avec le plus grand soin, a été faite d’une telle façon qu’elle a causé une espèce d’émeute dans le quartier; pourquoi ne pas nous prévenir? 

COURNET. La Sûreté générale, en présence de faits très graves qui se passent sur plusieurs points, a dû prendre des mesures exceptionnelles et les faire exécuter sans le moindre retard. Elle croit avoir rempli son devoir. 

(Oui!)

GAMBON. À l’heure qu’il est, nous devons nous occuper exclusivement de la guerre et de toutes les questions qui s’y rattachent. 

(Assentiment.)

LE PRÉSIDENT. Le citoyen Vésinier propose les décrets suivants :
«1° Les titres de noblesse, armoiries, livrées, privilèges nobiliaires et toutes les distinctions honorifiques sont abolis. Les pensions, rentes, apanages y afférents sont supprimés;
«2° Les majorats de tous genres sont abolis; les rentes, pensions et privilèges en dépendant sont supprimés;
«3° La légion d’honneur et tous les ordres honorifiques sont abolis;
«Un décret ultérieur déterminera les pensions des légionnaires qui doivent être conservées; les autres seront supprimées;
«4° La loi du 8 mai 1816 est rapportée; le décret du 21 mars 1803, promulgué le 31 du même mois, est remis en vigueur;
«5° Tous les enfants reconnus sont légitimés et jouiront de tous les droits des enfants légitimes;
«6° Tous les enfants, dits naturels, non reconnus, sont reconnus par la Commune et légitimés;
«7° Tous les citoyens, âgés de dix-huit ans, et toutes les citoyennes, âgées de seize ans, qui déclareront devant le magistrat municipal qu’ils veulent s’unir par les liens du mariage, seront unis à la condition qu’ils déclareront en outre qu’ils ne sont pas mariés, ni parents jusqu’au degré qui, aux yeux de la loi, est un empêchement au mariage;
«Ils sont dispensés de toute autre formalité légale;
«Leurs enfants, s’ils en ont, sur leur simple déclaration seront reconnus et légitimés.»

Voici une autre proposition du citoyen Jacques Durand:
«Je propose à la Commune de décréter qu’à l’avenir nul déménagement n’aura lieu qu’après avoir été surveillé à l’emballage par un douanier ou tout autre agent de la Commune.»

La proposition du citoyen J.-B. Clément est mise aux voix et adoptée d’urgence.

LE PRÉSIDENT. Voici une proposition qui est remise par le citoyen Miot.
«Je demande à la Commission de Justice si elle est prête à faire son rapport sur ma proposition relative à la réforme du régime des prisons.»

Sur la demande du citoyen LEDROIT, lecture est donnée de la proposition suivante, faite par le conseil de la 5e légion:
«Considérant que tout citoyen honnête a le droit de combattre pour la liberté de son pays, dans quelque camp que le hasard l’a placé, 
«La Commune décrète:
«Art. 1er. Tout citoyen, qui aura pris part à la défense des libertés communales et de la République, aura droit à une pension de trois cents francs, dont le premier trimestre sera payé trois mois après le jour, où la victoire complète aura été remportée par l’armée des défenseurs de la République sur celle des royalistes versaillais;
«Art. 2. Tout soldat de l’armée versaillaise, à quelque corps qu’il appartienne, venant se ranger sous la bannière de la Commune et de la République, aura droit à la même retraite;
«Art. 3. Tout citoyen de la province, qui prendra les armes pour défendre la République et les institutions communales, aura également droit à la même retraite;
«Art. 4. Tout officier et sous-officier de l’armée de Versailles, venant défendre le drapeau de la Liberté, aura droit à la retraite, proportionnellement à son grade.»

BILLIORAY. Je demande à vous donner lecture d’une dépêche, que je reçois à l’instant, au sujet de l’explosion qui vient d’avoir lieu avenue Rapp. 

(Mouvement de vif intérêt.)

LE PRÉSIDENT. En présence de tout ce qui se passe, on devrait mettre moins d’hésitation à voter les mesures de répression qui nous sont proposées.

(Oui!)

UN MEMBRE. Je demande qu’une contribution de guerre soit votée contre les boutiquiers qui ont quitté Paris, pour échapper au service de la Garde nationale. 

(Appuyé.)

LE PRÉSIDENT. Cette proposition sera mise en discussion ultérieurement. Citoyens, je vous préviens que notre première séance aura lieu après-demain.

FRÄNKEL. En présence des événements qui se produisent actuellement, je déclare que j’assisterai aux séances.

LANGEVIN. Je viendrai aussi, mais je veux que la Commune retire son blâme. 

(Réclamations et interruptions.)

LE PRÉSIDENT. Le procès-verbal constatera que le citoyen Léo Fränkel a retiré sa signature du manifeste.

La séance est levée à 7 heures.


CENTENAIRE OCTAVE MIRBEAU

Parution mai 2017 chez Bleu autour

SÉBASTIEN ROCH 

Dessins Eloi Valat

Préface Pierre Marcelle

Postface Marie-Paule Caire-Jabinet

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