Tic a tac a tac il est l’heure de se réveiller
Ecoutez… Ces montagnes calmes, immuables
BZZZ Soudain percées par le moteur d’un essaim de guêpes
TACATACATAC Soutenues par les pics-verts
ça monte, ils sont là, tout près à l’entrée de ta petite citée que tu croyais protégée
AUTOENTREPRENEUR, ce sera ton statut, PARTENAIRE EXTERIEUR
« Vous ne faites pas partie de l’équipe des salariés, et vous n’en ferez jamais partie »
« L’apprentissage du français n’est pas la priorité. »
« Bienvenus au CADA : centre d’accueil pour demandeur d’asile. Vous ne pouvez pas les côtoyer en dehors de l’enceinte. Les demandeurs d’asile peuvent être dangereux. »
Qu’entendez-vous, perché en haut de votre montagne sacrée, Monsieur le directeur du CADA ? Etes-vous déjà descendu à leur rencontre ?
Tic tac tic tac, il est l’heure de vous réveiller.
Aider, je veux juste aider. Qu’on partage nos solitudes et notre humanité ; les accompagner le temps d’un sourire, d’un cours de français. Aider.
Ecoutez… tac a tac a tac
tirs, hurlements, effroi ; cache-cache pour ceux que la peur ne fige pas ;
tac a tac a tac font ton cœur et tes chaussures sur le chemin de la fuite, derrière toi ta famille se disperse, derrière toi ta famille tombe à terre
« A 17h30, le CADA est fermé! J’ai une vie privée moi ! »
Sécurité de l’emploi, salarié dans une association humanitaire, quelle belle connerie. Taire l’humain.
Tac a tac attaquent, tuent ton père sous tes yeux sidérés, jette ta mère pétrifiée sur la terre battue pour la battre, coule le sang de ton sang.
Toc toc toc, c’est le CADA, centre d’accueil pour demandeurs d’asile, vous n’avez pas fait le ménage dans votre appartement cette semaine ! Jetez vos mégots et rangez votre chambre.
« Vous devez être autonomes ! »
OFPRA : office français pour les réfugiés et les apatrides. Iels vont défendre leur histoire devant le jury. Vous entendrez du sale, du trash, du bien dégueu.
Aller, racontez-nous… Comment les Talibans ont coupé la tête de votre petite-amie sous vos yeux parce que vous n’étiez pas mariés ; On veut tous les détails. Elle a couru ? Elle a crié ?
Et comment vous avez été tabassé en prison. Hum, oui, racontez-nous. Combien de dents cassées ? Combien de côtes ? Le nez aussi ? Montrez-nous des preuves.
Taca taca tamponne ton droit à séjourner temporairement.
Dernière frontière, on prend tes empreintes, c’est dans ce pays, que tu n’as pas choisi, que tu devras déposer ta demande d’asile, apprendre une langue, apprendre les codes, et attendre, attendre, attendre attendre.
« Vous ne pouvez pas dormir jusqu’à quatorze heures ! »
Tic tac tic tac faire ta montre de pantin.
Passe les frontières bardées de flics ; déchirent ta peau les barbelés; cours entre les balles, tombe.
Prison, coups, prison, noir, prison, racket
Vous ne parlez pas la même langue : eux parlent la haine, toi tu parles la peur.
Hurle dans ta tête, ton cœur tourbillonne ton cœur tourbillonne ton cœur tourbillonne
ton cœur tourbillonne TON CŒUR TOURBILLONNE
Insomnies, anxiolytiques, antidépresseurs.
BZZZZ Ton réveil vibre désormais tous les matins au sommet de ta table de chevet.
Viens, je t’attends. Ensemble Apprenons la langue du vivant.