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Billet de blog 9 janv. 2023

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De quoi le débat sur la « réforme » des retraites est-il le symptôme ?

Le 10 janvier, le Gouvernement dévoilera sa « réforme » des retraites. Ce débat, cantonné à ses aspects techniques, est toujours à côté du sujet, élucidant le temps libéré pour être utile à la société, garder les petits-enfants, faire du bénévolat. Une société à plusieurs vitesses s’enracine chaque jour dans notre pays, que tout report de l'âge légal de départ en retraite ne fera qu'aggraver.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Chaque Président croit désormais laisser sa trace dans l’Histoire par sa capacité à mener sa « réforme » des retraites, qui se résume bien souvent à des ajustements de paramètres du système, tels que l’âge légal de départ et/ou la durée de cotisations.

Toute réforme qui augmente l’âge légal de départ en retraite serait injuste car elle ferait porter l’effort sur les classes sociales les plus défavorisées, les métiers pénibles et précaires que nous avons tant salués pendant la crise sanitaire, mais aussi les femmes, dont le montant des pensions est déjà de 40% inférieur à celui des hommes du fait notamment des inégalités de salaires.

Certains devront donc cotiser plus longtemps, sans augmentation du niveau de leur pension, alors même que l’écart d’espérance de vie entre un ouvrier et un cadre est de 7 ans en moyenne.

Rien n’illustre mieux que la réforme des retraites les deux conceptions de la notion de « réforme », synonyme pour les uns de progrès, pour les autres de régression.

De fait, le débat sur les retraites est toujours à côté du sujet. On n'y parle que de technique. Jamais de cette période de la vie qui libère du temps pour être utile à la société, profiter de son entourage, garder les petits enfants, prendre soin des autres, faire du bénévolat. Tout cela évitant en retour des dépenses de l’Etat, des particuliers ou des entreprises. Et donc permettant des économies substantielles, tout en garantissant la cohésion sociale.  

A entendre les déclarations des personnalités politiques des droites et du centre, être retraité constituerait une charge pour la société. Or notre système par répartition est un système solidaire basé sur les cotisations. Quand une personne arrive en retraite, elle a déjà rendu de nombreux services à la société.

La retraite devrait donc être perçue comme une étape dans la vie des personnes, parfois attendue, d’autres fois redoutée, mais certainement pas comme une variable d’ajustement de notre modèle social. C’est une grande violence de présenter les retraités comme une charge pour la société.

La rhétorique de la crise permanente et des déficits a déjà trop servi à justifier le démantèlement de notre système de protection sociale, alors qu’il n’y a jamais eu autant de richesses créées mais aussi mal réparties entre le capital et le travail, et entre les plus ménages les plus aisés et les moins favorisés. En France, les 500 plus grandes fortunes sont passées en une dizaine d’années de 200 milliards à 1 000 milliards.

Il ne fait pas mystère que l’objectif de la réforme à venir n’est pas tant de pérenniser le système de retraites, dont le financement pourrait être garanti, que de faire des économies sur le dos des futurs retraités pour financer d’autres mesures et compenser la gestion calamiteuse des finances publiques par le Gouvernement et le Président de la République Emmanuel Macron (exonération de cotisations, baisse d’impôts (suppression de l’ISF…), aides publiques non ciblées sans contrepartie etc).

La question des retraites soulève en réalité bien d’autres sujets de notre modèle social, et ne constitue qu’un moment dans un parcours de vie beaucoup plus riche, dont la période de retraite dépend en grande partie : le travail et les salaires (et donc les cotisations, la capacité à constituer un patrimoine…), la formation (et donc l’employabilité), les services publics dans leur ensemble (garde d’enfants (et donc moins de temps partiel ou de rupture de carrière pour les femmes notamment), aide aux personnes âgées, santé (et donc la capacité à être en bonne santé au moment de la retraite et tout au long de la vie), maisons de retraite (et donc la régulation des prix des EHPAD)…).

Les choses apparaissent de plus en plus claires. Une société à plusieurs vitesses semble se dessine chaque jour davantage dans notre pays.

D’un côté, celles et ceux qui auront des conditions de travail toujours améliorées (carrières et rémunérations ascensionnelles, choix des horaires et jours de travail, télétravail, avantages fournis par l’employeur…), partiront en retraite sans décote avec de bons niveaux de pension, en meilleure santé et pourront même cumuler emploi-retraite au-delà de l’âge légal.

De l’autre côté, celles et ceux qui subiront un marché du travail de plus en plus flexibilisé, avec des carrières hachées, des périodes de chômage plus longues et plus fréquentes, de moins bonnes conditions de travail, une santé plus altérée, des retraites moins avantageuses, une espérance de vie diminuée, et donc un temps passé en retraite bien moins important.

La réforme des retraites est au final symptomatique de ce même logiciel politique néo-libéral qui a déjà causé tant de dégâts économiques, sociaux et politiques.

Il n’y a aucune urgence sur les retraites.

Nous pourrions prendre le temps d’une véritable démarche démocratique pour poser le diagnostic et mettre sur la table toutes les solutions possibles. Parmi ces solutions, il y en a une qui mérite particulièrement d'être étudiée et débattue tant elle paraît juste et réaliste : la hausse des contributions de celles et ceux qui échappent le plus à la solidarité nationale, tout en profitant toujours davantage de l’intervention publique et de la force de travail des autres.

Nous attendons du politique d’améliorer la vie de chacune et de chacun.

Pas de gouverner pour quelques-uns.

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