L'hystérie médiatique
Le mardi 31 Décembre, à vingt heures, nous étions très certainement nombreux à nous étonner de ne pas entendre François Hollande nous parler des vrais soucis qui préoccupent les Français. Notre Président semble en effet ne pas lire les journaux, d’où cette présentation de vœux en décalage total avec les problèmes qui occupent l’opinion : Schumacher et Dieudonné - si l’on s’en tient au surrégime médiatique. Oscillant constamment entre idolâtrie et lynchage (DSK eut droit aux deux en deux jours), toujours emballés, sans contrôle ni mesure, nous voyons bien que les medias se délitent dans le ridicule de leurs outrances.
Monsieur Schumacher s’est blessé –grièvement ! en faisant du ski. Il était à Méribel, nous dit le Nouvel Obs, en visite « privée ». Donnant à penser par là qu’il aurait pu s’y rendre en visite officielle… Le Nouvel Obs ! ce n’est quand même pas un blog de quartier surfant sur des rumeurs : « visite privée » ! Immédiatement, Philipe Lefêvre, sur France Inter, chamboule la programmation du « téléphone sonne » et nous concocte un spécial « le ski est-il trop dangereux ? ». Branle bas de combat dans toutes les rédactions, explications, croquis, spécialistes, géologues, chirurgiens, attaché de presse, expertise de la poudreuse, power point de l’intervention chirurgicale, enquête... Tout a été autopsié, tout sauf l’essentiel.
On comprend que Schumacher, septuple champion de FI, soit poursuivi, assiégé par… les tifosis de la scuderia mais on reste confondu de réaliser que, finalement, c’est à un pur hasard de timing que l’on doit d’avoir eu vent des attentats de Volgograd, plus de trente morts, ville à deux pas russes de Sotchi et qui pourtant attend une foule de lecteurs de cette presse affolée pour assister aux J.O d’hiver. Ce n’est pas sérieux. Schumacher n’est qu’un pilote automobile, en vacances aux sports d’hiver. Et l’essentiel, c’est qu’il faisait non seulement du hors piste mais, plus grave, plus fou, il y avait entraîné son fils de quatorze ans. Voilà pour le réel, support d’illusions médiatiques.
Tel ce réel d’une quenelle qui, après neuf années de vie et des milliers de poses avec autant de figurants, dont notre ministre de l’intérieur, passe du statut de bras d’honneur mou à celui de sextoy de la Shoah –treize titre dans Le Monde.fr en trois jours. Ce n’est pas sérieux non plus. Mais… Et si elle avait toujours été une insulte à la mémoire des millions de victimes de l’holocauste, cette quenelle ? Alors là, c’est différent. Là, il conviendrait d’engager immédiatement des poursuites contre les gardiens du temple qui, n’ayons pas peur de les dénoncer, ont gravement failli à leur mission en se taisant neuf ans durant et qui, aujourd’hui, poussent des cris d’orfraies au signal d’une ruse politicienne.
On comprend que Messieurs Cohen et Dieudonné se défient, que Dieudonné use de ses boutades, y compris attentatoires, et que Monsieur Cohen abuse de sa position au sein du Service Public, qu’il veuille même y contraindre ses collègues, et que chacun rameute ses partisans. Mais on ne comprend pas du tout ce que Monsieur Valls, débarquant d’un état de droit, vient faire dans cette galère à vau l’eau, sinon jouer les apprentis sorciers. Et ce qui dépasse l’entendement, c’est qu’au lieu de nous informer, c’est encore une fois un invraisemblable emballement médiatique qui s’engouffre aveuglément dans le lynchage le plus abject.
Aucune réflexion, aucun éclairage, pas la moindre mise en perspective. L’anathème, rien que l’anathème. Forcément la presse y laisse encore des plumes. Mais les plumes, elle s’en moque puisqu’elles lui viennent d’une subvention. Assurée qu’on lui en offrira d’autres sur le compte des pigeons de plus en plus déplumés qu’elle balade.
Emilio Alba emibaal@gmail.com