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Billet de blog 27 déc. 2011

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La Turquie, La France et le génocide arménien

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On aurait presque envi de se demander si Erdogan et Sarkozy n’ont pas eux même mis en scène la guerre médiatique franco-turque de ces derniers jours. En effet, il faut se demander à chaque fois qu’il se passe un évènement de cet ordre, c'est-à-dire une mise en scène politique pour montrer à quel point on soutien les arméniens et on déteste les turcs à qui profite le crime. Il profite sans doute aux deux. Cela a de vieux airs de guerre franco-prussienne quand les gouvernements français et allemands demandaient chacun à leurs presse conservatrice officielle de faire en sorte que le climat se tende dehors pour pouvoir tenir la colère des gens dedans. Après avoir inventé les ennemis de l’intérieur que sont les immigrés on s’adresse maintenant aux ennemis de l’extérieur que sont les turcs et ça tombe à point nommé. Quel meilleur cible possible que ceux qui ont pendant des siècles voulu envahir l’Europe n’étant repoussé qu’in extremis aux portes de Vienne. Sans doute Sarkozy se dit il qu’il doit rester dans l’inconscient collectif une peur du turc qu’on a largement agité lors de la dernière campagne électorale et qu’on ressort aujourd’hui sous le couvert généreux de la défense des peuples opprimés. Car en matière d’oppression on ne peut pas dire que la France a toujours été dernière de la classe.

Introduction faite, et ayant posé le décor de cette opérette ridicule à laquelle toute la « classe politique » participe joyeusement, venons en au fond de l’affaire.

D’abord, et c’est évidement un préalable, je reconnais moi-même le génocide arménien, je ne voudrais pas tomber sous le coup de la loi.

Mais essayons de démontrer l’hypocrisie par étape, en se posant les bonnes questions.

Première question à se poser : En quoi l’assemblée nationale en France est elle habilitée à donner des certificats aux génocides du monde entier. Pour la Shoah, on le comprend bien étant donné qu’elle a participé d’une certaine manière à l’opération, ne le reconnaissant que du bout des lèvres très récemment. Mais pour les autres, est-ce que l’Assemblée Nationale française est légitime pour dire ce qui est un génocide ou non ? Pour moi, elle ne l’est pas, elle l’est d’autant moins que je voudrais demander à chaque député ayant voté s’il peut me citer le nom ne serait-ce que d’un seul génocidaire, me donner les lieux, les évènements, les pratiques qui les ont conduit les uns et les autres à voter une telle loi ? D’ailleurs, on a jamais autant parlé d’un génocide sans parler du génocide en lui-même et du contexte de ces évènements.

Deuxièmement, pourquoi interdire la négation du génocide arménien et pas celui les tutsi, des cambodgiens, des biafrais, des bosniaques, des indiens d’Amérique, … Y’a-t-il des génocides plus importants que d’autres ? A-t-on le droit par exemple d’organiser un symposium à l’Assemblée Nationale intitulé « Pourquoi il n’y a pas eu de génocide au Rwanda ? ». On nous dit qu’il s’agit de tous les génocides mais c’est évidement faux puisqu’on parle des génocides « reconnus », alors amis rwandais, bosniaques ou cambodgiens, vous pouvez aller vous rhabiller, vous n’êtes pas reconnus par les grands historiens que sont les députés français de l’assemblée nationale.

Troisièmement, pourquoi la France est elle si prompte à reconnaître les massacres des autres et si silencieuse sur les siens. Il n’y a toujours pas en France de reconnaissance des massacres et de la torture pratiquée en Algérie. Savez vous que la guerre d’Algérie n’a été officiellement qualifié comme tel qu’en 2001 et ce non pas pour regarder son histoire en face mais pour permettre aux anciens combattants d’être reconnus comme tel. Jusqu’en 2001 la guerre d’Algérie était qualifiée d’ »évènements d’Algérie » et traitée comme un fait de répressions d’organisations terroristes.

On voit donc bien que cela n’a absolument aucun contenu, que cette affaire n’est qu’une affaire politique pour quelques députés bien organisés, et qui veulent être élus même en cas de défaite de Nicolas Sarkozy car soit d’origine arménienne soit très liés à cette « communauté ». On peut d’ailleurs se poser également cette question, le gouvernement si prompt à demander aux étrangers d’être assimilés, accepte qu’une communauté ou ses sois disant représentants s’organisent comme tel à l’Assemblée Nationale. Une communauté qui est présente en France depuis plus d’un siècle. Que dirait-t-on si un groupe de députés d’origine algérienne s’organisait pour défendre les intérêts de l’Algérie à l’Assemblée ? Si on doit donner des signes de loyauté envers leur pays c’est peut être à ceux la qu’il faut le demander.

Oui, je suis en colère, contre le deux poids deux mesures dont on faire preuve dans cette histoire, contre le consensus qui se fait sur le dos des autres.

La gauche quant à elle, fidèle à son histoire c’est encore faite entraînée sur le terrain de l’unité nationale sans aucun regard critique face à cette loi.

On ne sortira pas de cette histoire par le haut évidement, j’ai publié des articles sur un autre blog disant pourquoi le Turquie doit reconnaître le génocide arménien commis par les ottomans, j’essaye ici simplement de défendre la vérité face à l’hypocrisie politicienne. Aucun autre argument, économique ou géopolitique n’est à mes yeux valables que la reconnaissance par chacun de sa propre histoire sans s’ériger en censeur et en maitre à penser universel.

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