Le Nichoir - chroniques imaginaires d'une confinée - Jour 1

Un confinement qui laisse le temps de raconter des histoires, entre fiction et réalité...

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J’ai acheté une peluche en forme de hibou. Et aussi fait une collection de plaids. Deux carnets à dessin, des feutres, une boite de grosses craies, des bougies et un petit lierre famélique. Comme si je partais en vacances…

Dans les magasins les gens me semblent fous. D'un côté il y a ceux qui vous parlent volontiers de ce que nous sommes en train de vivre, comme si la crise effaçait les distances ordinaires. Et puis il y a ceux dont on ne voit que le regard méfiant pointer derrière leur masque. Je les plains d'avoir peur. Alors que défilent les paquets de pâtes et de papier toilette, la caissière s'amuse du contenu de mes courses. "Au moins une qui ne va pas s'ennuyer", me dit-elle gentiment.

Une qui va être seule. Je souris sans répondre, et je rentre chez moi. 


 

Le hibou trône sur le bar, en face de moi. Dans un coin j’ai mis plein de coussins par-terre, les couvertures, ma couette et mon oreiller. Sur la table basse, le petit lierre profite des rayons de midi. Le soleil entre dans l’appartement, heureusement.

Mes placards sont loin d’être pleins mais les indispensables sont présents et fonctionnels : enceinte, bouquins, ordinateur, carnet à dessin, journal de bord, téléphone. Quand je compose le numéro de ma mère j’ai un pincement au cœur. Mes sœurs sont avec elle, dans le grand appartement. On voit la montagne depuis la terrasse. « Les choses iront bien », dit-elle. 

Elle s’inquiète quand même de me savoir seule, me répète que j’aurais du les rejoindre. Je la rassure. De toutes façons on se serait pris la tête. « Dans toutes les familles, viendra un moment prise de tête, répond-t-elle, ce n’est pas une raison pour rester seule. Enfin… ». Enfin bref, de toutes manières, c’est trop tard.

Je raccroche et promets de la rappeler dans quelques jours.

Il est 12h30, et ça y est. Je suis confinée.

 

J’ai passé cette première journée à digérer de l’information. Coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus coronavirus et cætera … J’ai du mal à me faire à l’idée.

 

La nuit a fini par tomber, je suis assise par-terre au milieu des coussins et des couvertures. J’ai l’impression d’être dans un nid. Les voisins déplacent des meubles dans l'appartement d'à côté. Je me lève, ouvre grand la fenêtre et y passe la tête. Je suis au dernier étage. Dehors, la ville me paraît silencieuse. Les barres d’immeubles au loin sont allumées. On dirait de larges remparts protégeant la ville de la mer.

La mer…d’où je suis-je la devine à peine, derrière les tours.

 

J’ai un petit balcon, de l’autre côté de mon appartement. On n’y aperçois rien de plus que la ville, ses rues, ses détours. Je traverse mon salon, ouvre la porte fenêtre et m’installe à la petite table dressée dehors. Le vent peine à se frayer un chemin jusqu’à moi. J’allume une cigarette. Frénétiquement j’aspire. Confinée.

Confinée.

C’est avec ce mot que je m’endors, la peau moite et les mains imprégnées d’une odeur de tabac tenace. 

 

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