La culture du congrès d'Épinay du parti socialiste de 1971, qui a permis à la gauche de réexercer des responsabilités politiques nationales en marginalisant progressivement le PCF, est aujourd'hui totalement épuisée. Elle reste malheureusement la boussole idéologique de nombreux élus socialistes qui n'ont pas été renouvelés depuis les années 80 : un socialisme qui considère les alliés d'une majorité comme des partenaires à vassaliser, en prenant appui sur le scrutin majoritaire et sur une vie politique nationale infantile, rythmée par l'élection du Président de la République au suffrage universel. Les verts, qui aspiraient à faire de la politique autrement se sont conformés au fil du temps au rite du monarchisme républicain. Il n'y a pas que la « tête » de l’État qui est concernée, toutes les institutions publiques, ainsi que les associations, sont perverties par le présidentialisme. Une culture de la politique qui réduit la démocratie à l'électoralisme et l'élection à un plébiscite. Pour reprendre le point de vue de Lionel Jospin dans son dernier livre, le bonapartisme est un mal profond de la politique française, que nous n'avons pas encore fini de digérer.

 Au vu des résultats des municipales, la possibilité que la gauche soit à nouveau absente du second tour des élections présidentielles de 2017 est bien réelle.

 Ce n'est pas un remaniement ministériel et un changement de Premier Ministre plus « droitier » qui répondra à la mesure de la déroute de la gauche aux élections locales. Quand la démocratie est considérée comme un obstacle à l'autorité, que la gauche socialiste reprend à son compte la doctrine TINA (There Is No Alternative) de Margaret Thatcher, c'est toute la gauche qui est à remanier aujourd'hui. Cela implique de refuser de dissocier une « gauche » dite protestataire, réduite à faire de la surenchère verbale, face a une gauche de « responsabilités » contrainte à l'impuissance par l'oligarchie. Nous sommes obligés de prendre à notre charge l'impuissance d'un Président de la République perdu dans sa fonction, se considérant seul responsable. Le poids des lobbies (financiers, industriels et énergétiques comme celui du nucléaire) est renforcé par le présidentialisme. C'est donc toute la société associative, syndicale et professionnelle qui doit se mettre politiquement en mouvement pour faire face aux enjeux de notre temps, aux réalités présentes et à venir.

 La crise écologique est la réalité qui subordonne tout le reste, notamment la création d'emplois et une meilleure justice sociale. Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur l'aggravation de l'amplitude du réchauffement climatique et ses probables conséquences, est passé inaperçu à côté des résultats du second tour des élections municipales. Par sa gravité, ce rapport est un événement politique de premier ordre, qui nous oblige à demeurer lucides, imaginatifs, et donc résolument optimistes, car nous voyons le risque d'enfermer l'écologie dans une posture prophétique (fonds de commerce électoral pour les uns, niche de marché spéculatif pour les autres).

 Regarder la crise écologique en face, c'est abandonner la religion d'un retour à la croissance telle que le pays l'a connue après guerre, sauf à se retrouver en situation de guerre ou la souhaiter. Considérer la crise écologique comme un sujet annexe qui doit être traité une fois la croissance venue, ou parier sur le retour de celle-ci pour résorber les déficits publics, est forcément voué à l'échec, et conduira inévitablement à une privatisation de pans entiers de services publics : éducation, santé et même des fonctions régaliennes de l'État, telle la sécurité publique.

Parce que la crise écologique ne peut s'aborder efficacement que par un approfondissement de la démocratie - et non autour d'une croissance verte définie par des normes capitalistes imposées au monde du travail et aux modes de vie -, parce qu'elle ouvre la possibilité d'une nouvelle citoyenneté (on a vu l'importance des « listes citoyennes » lors des municipales) et d'une nouvelle perspective de progrès démocratique, que l'écologie est l'avenir de toute la gauche, une écologie sociale et politique.

La recomposition de la gauche, c'est refonder le politique autour d'une grande exigence et non autour d'un grand récit. C'est donner toute la place à celles et ceux qui s’engagent en politique, pour qui la mise œuvre d'un projet de société, ici et maintenant, est largement aussi importante que la conquête du pouvoir, et qui n'ont ni le temps, ni les moyens, ni l'envie de faire de la politique un métier. Cette recomposition doit se faire à partir et dans le monde du travail et des métiers, autant que dans les autres sphères de la vie personnelle et collective. Elle doit prendre la mesure de sa diversité et de son éclatement, pour remettre en perspective des conquêtes de droits permettant à chacun de pouvoir se réaliser aussi au plan professionnel, et d'en faire un lieu d'engagement pour le bien commun.

 Abolir la monarchie républicaine, est une nécessité pour déprivatiser l’État et le rendre aux citoyens. Cela est aujourd'hui une question de salut public.

 Le changement constitutionnel, avec la participation de toutes et tous, a tous les échelons institutionnels, est pour la gauche, pour la démocratie, pour l'égalité des territoires, une priorité.

29 avril 2014

 

Signataires : Emmanuel Antoine, Jean Gadrey, François Longérinas, Baptiste Simon, 

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