André Pochon, ancien agriculteur à la retraite depuis 1991, promoteur en 1980 de l'agriculture paysanne et durable, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, vice-président de l'association "VivArmor Nature", farouche adversaire de l'agriculture productiviste, nous livre son point de vue sur la crise de ce modèle agricole en lien avec le problème des algues vertes, et la campagne d'affichage controversée de l'association France Nature Environnement.
Pour en savoir plus sur ce paysan hors du commun, un article sur Wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Pochon
"Pourquoi s'arc-bouter sur un modèle agricole ?
L'affiche de France Nature Environnement valait-elle ces protestations véhémentes ? Si une telle affiche exposée dans le métro parisien peut freiner le tourisme sur les plages bretonnes et donc gêner un secteur économique vital pour notre région, il n'en demeure pas moins que les algues vertes envahissent nos plages chaque année et qu'elles font fuir les touristes.
Le vrai problème est de savoir si les mesures prises sont efficaces, si la profession agricole toute puissante -le Préfet de Région ne décide rien sans son accord- est prête à sortir du modèle hors-sol, lisier, maïs-soja, initié il y a 40 ans et qui est la cause principale des algues vertes sur nos plages. Or, ceux qui se scandalisent le plus de l’affiche de FNE sont précisément les mêmes qui bloquent toute avancée significative.
C’est bien le Président Régional de la Chambre d’Agriculture qui s’est opposé au report de la date d’épandage des lisiers sur terres à maïs du 15 janvier au 15 avril, comme nous le demandions. C’est bien la profession agricole qui s’oppose au bilan entrée-sortie de l’azote dans chaque exploitation (bilan sans conteste à partir de la comptabilité) et ce sont bien les mêmes qui refusent de remettre en cause le sacro-saint élevage sur lisier.
Alors que l’élevage sur litière prouve sa supériorité économique : gain de 13€ par porc produit (étude comparative financée par le Conseil Général, résultats de la ferme expérimentale de CRECOM), l’élevage sur litière montre également sa supériorité par rapport à la fertilité des sols, augmentation de l’humus et donc des rendements de culture plus élevés, par rapport au bien être animal et la conquête des marchés qui y sont liés, par rapport à la pollution de l’eau, de l’air, à la qualité de la viande, à la santé des animaux et de l’éleveur lui-même.
Ce sont encore les mêmes qui avaient arraché à Bruxelles la prime au maïs-fourrage, privilégiant ainsi une culture coûteuse, polluante, inadaptée à notre région et qui nécessite chaque année l’importation de 2,5 millions de tonnes de tourteau de soja ! Ce sont encore les mêmes qui ont vulgarisé la prairie pâturée toutes les 3 semaines avec à chaque fois 50 kg d’azote à l’hectare : résultat 160 kg lessivés à l’hectare !
Si aujourd’hui, sous la pression, les responsables agricoles bougent un peu, ils sont encore loin d’avoir fait leur aggiornamento. Le comité scientifique vient à juste titre de recaler le plan d’action sur la baie de Saint-Brieuc.
Les 25 unités de méthanisation prévues peuvent être un plus économique pour les éleveurs, mais elles ne résorberont pas les excédents de nitrates et n’ont pas à être financées par le plan d’action.
Mais pourquoi donc la profession agricole s’arc-boute-t-elle sur ce modèle breton qui a éliminé les ¾ des familles paysannes, saccagé nos paysages, pollué l’eau, l’air ? Alors que des éleveurs de plus en plus nombreux font la preuve par leurs résultats économiques qu’un système herbager ou l’élevage du porc sur paille permettent de gagner plus tout en travaillant moins, en protégeant notre environnement et la santé des consommateurs. "