Eoliennes : le doute du scientifique ou l'aveuglement du militant ?

Dans les luttes pour la préservation de la santé humaine, la prévention de dangers potentiels, tous les militants du monde se sont toujours plaints, à juste titre, de la rétention d'informations essentielles, par les pouvoirs publics, par les intérêts économiques, et ont réclamé à cor et à cri des enquêtes ou des études expérimentales, suffisamment longues et indépendantes.

Il suffit de se souvenir, dans notre beau pays de France, de la bataille du nucléaire, du sang contaminé, de l'amiante entre autres joyeusetés pour se convaincre.de la justesse des demandes.

Mais, quand à l'inverse certains écolos veulent faire triompher un de leurs chevaux de bataille, le doute du scientifique passe tout à coup au second plan. Comme par magie, les militants écolos deviennent à leur tour partisans obtus, balayant d'un revers de main toute contradiction tel le premier Monsanto venu !

On a le droit a un florilège de perles du genre : "cette information que je connais ne repose sur aucune étude et sur aucune réalité.", ou encore plus fûtée : "n'oubliez pas de rappeler que les chemins de fer, disait-on au XIXème siècle, rendaient les hommes impuissants". Ce serait drôle, si les mêmes ne se réjouissaient pas de l'annonce d'une expérience russe qui tendrait à prouver la dangerosité des aliments issus de semences OGM, ou alors c'est encore plus tordant. Mais n'ayant pas l'habitude de me réjouir du malheur des hommes, je m'en tiendrai à la première hypothèse.

Nous trouvons donc, chez certains farouches partisans des éoliennes, les mêmes travers à grande échelle que chez les supporteurs des OGM. Il est curieux de constater que l'AFSSET (Agence Française de la Sécurité Sanitaire de l'Environnement et du Travail) ne se soit quasiment intéressée qu'aux nuisances sonores des éoliennes.

Comme l'a souligné le rapport d'information déposé à l'Assemblée Nationale le 16 mars 2010, par la Mission d'Information Commune sur l'Energie Eolienne, présenté par les députés Franck Reynier et Philippe Plisson :

"Enfin, l’AFSSET ne se prononce pas en faveur d’une grande enquête
nationale, sur la base d’un protocole précisément établi, mais se limite au
lancement d’ un futur appel à projet de recherche visant à établir un cahier des
charges mieux défini (sans toutefois détailler cette proposition) aux travaux
effectués par les acousticiens dans le cadre de l’étude d’impact préalable à la
délivrance d’un permis de construire, travaux pour lesquels l’AFSSET semble
témoigner toute sa confiance du fait de leur validation par les directions
départementales de l’action sanitaire et sociale (DDASS)."


Le regret des députés est pourtant d'une actualité brûlante. Depuis plusieurs années des riverains (plus ou moins proches) des champs éoliens se plaignent de maux de tête, de troubles du sommeil, les animaux n'étant pas les derniers à subir des désagréments. Ainsi à Lanrivain dans les Côtes Armor, on constate une surmortalité dans les élevages bovins depuis la mise en service en juin 2009 d'éoliennes, Sylvie a perdu neuf vaches en 2009, pour Isabelle c'est sept alors qu'elle n'en avait pas perdu une seule depuis deux ans. Les habitants font part de leurs doutes au propriétaire du parc, le groupe belge Electrawinds, et après s'être sérieusement renseignés mettent en cause les courants telluriques.

Un courant tellurique est un courant électrique d'origine naturelle, qui circule dans la croûte terrestre d'une intensité moyenne de 2A/km2, mais il peut également provenir de fuites dans les réseaux électriques.

Apparemment mieux au courant que d'autres experts, un ingénieur géologue suggère aux habitants de Lanrivain l'utilisation de galettes de silice pour remédier aux désagréments. D'abord sceptique, la société belge constate que le procédé est déjà utilisé dans les parcs de Bourbriac, Trébry, Saint-Barnabé. Ils décident donc d'effectuer les travaux qui consistent à déposer au coeur de chaque éolienne, un disque de silice de la taille d'une assiette.

Depuis les habitants n'ont plus de maux de tête et les vaches donnent plus de lait. Le doute du scientifique a profité à ces vaillants habitants et pourtant comme l'a souligné Rudy Laleman, d'Electrawins : "On n'avait jamais eu affaire à ce genre de problème. Rien n'est prouvé pour l'instant en matière d'ondes telluriques. Mais à partir des certificats vétérinaires, on se devait d'agir."

Mais certains habitants de Lanrivain ont à peine eu le temps de se reposer la tête, un nouveau parc éolien vient d'être mis en service à Magoar à quelques encablures de leur domicile et les problèmes sont repartis de plus belle. Espérons qu'à nouveau le doute du scientifique prenne le dessus sur l'aveuglement du militant ! C'est pas gagné !

 

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