En réponse au billet de J.J. Urvoas après déclaration de Edwy Plenel

En réponse au billet de J.J. Urvoas (voir ci-dessous) après déclaration de Edwy Plenel

Ouverture de la chasse au Valls ?

Publié le 9 novembre 2013 par Jean-Jacques Urvoas

Absorbé par les travaux de la Commission et une très vigilante attention à l’évolution des enjeux bretons, cette incroyable déclaration du fondateur de Médiapart m’avait échappé.

Ainsi donc pour Edwy Plenel  « le danger, c’est pas madame Le Pen [...] c’est Manuel Valls ». (…) Effarant encore je modère mes propos.

(…) On a beau être habitué aux imprécations serpentines d’un journaliste qui semble concevoir sa fonction comme la capacité à débusquer puis à pointer l’ennemi d’un doigt sans pitié, je reste confondu devant une telle navrante stupidité. Heureusement n’est pas Caton qui veut et comme l’écrivit Talleyrand, tout ce qui est exagéré ne compte pas.

En réalité, je peine à comprendre l’intérêt de ce genre de déclaration sauf à accepter l’idée que la vocation d’un chroniqueur est de tomber dans le défoulement, et que l’éditorialiste finit toujours par devenir un vitupérateur dont le seul but est d’attirer l’attention. (...)

Surprise supplémentaire : recherchant si quelqu’un avait réagi à cette lamentable philippique, je n’ai rien trouvé… Le PS me semblait pourtant s’être doté de 4 porte-paroles « pour être plus efficace« .

Naturellement, tout cela { l'activité du ministre de l'Intérieur }était public mais le fait est que les observateurs étaient rares, ce qui laisse de la place aux perroquets..

 

Cher monsieur Urvoas,

Suite à votre billet, y a-t-il vraiment quoi que ce soit à rajouter ou à commenter ? Face à des faits, des argumentations, des idées, votre réponse faite d'invectives et de généralités marque malheureusement l'absence navrante de perspectives, de réflexion et de visée politique un peu large et un peu novatrice (dont nous aurions pourtant bien besoin) qui est aujourd'hui le viatique d'une classe d'élus déconnectés du monde, de la société et de la vie quotidienne (voyons... faites-vous parfois vos courses vous-même ? prenez-vous parfois le métro ? avez-vous contacts, soirées, échanges avec des amis sortant du monde des professions dites supérieures ?... je crains que la réponse ne soit évidemment négative à la majorité des questions de ce style, n'est-ce pas ?). Ce qui vous ôte de fait à mes yeux - et je le crains, aux yeux de nombre d'électeurs - toute légitimité à vous poser comme interlocuteur pour contester le travail de journalistes qui eux, sont en lien avec la réalité du monde, des personnes et situations ordinaires.

Vous défendez de fait, au mépris de vos électeurs, et, je l'espère sans trop y croire, aussi de votre conscience, une politique et une action publique (telles celles de M. Valls, à juste titre interrogées) pour laquelle vous n'avez pas été élu. Car c'est bien le reniement de soi et des convictions - bien entendu au profit de raisons "supérieures" - qui a toujours fait le lit des dérives extrême-droitières. Et votre goût pour les citations (Descartes, Caton et Talleyran dans un article sur "la chasse au Valls", diable, quelle culture.... peut-être un soupçon surfait tout de même non ?) vous répute féru d'Histoire, et vous n'ignorez pas les leçons à tirer de celle des années 30... Vos mots sont un parfait exemple des aménagements avec la rigueur des faits qui n'est que trop commun dans votre corporation. Sans même parler de l'attitude face à un pair, Cahuzac, suspecté, puis confondu, mais pour lequel vous avez préféré fermer les yeux, hurler au coup tordu à l'unisson de médias dont, ironie de l'histoire, ou plutôt confirmation de votre pensée à géométrie variable, vous vilipendez aujourd'hui le silence... Yeux que vous continuez d'ailleurs à fermer... - voir les attitudes et questions affligeantes de vos collègues PS lors de la commission d'enquête sur l'affaire Cahuzac, et le lamentable rapport qui en est sorti... où comment tenter par tous les moyens de disculper les siens fusse au mépris des faits et des témoignages... et sans peur du ridicule, les auditions étant retransmises...!!! -. Ainsi est-ce cela pour vous aujourd'hui un élu de la République ? Ainsi est-ce là la seule (absence de) considération que vous ayez pour la fonction ?

Je ne doute pas que l'estime que vous vous portez ne soit bien plus haute, et que vous saurez promptement me rassurer de votre dévouement à la chose publique (Res publica n'est-ce pas ?).

Bien cordialement.

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