À propos de l'écriture inclusive

Mon article, « A Montauban, la CGT essuie un tir de Barèges », publié ce mercredi, a suscité quelques commentaires sur l'écriture inclusive, dont certains cinglants. Quelques éléments de réponse.

Mon article, « A Montauban, la CGT essuie un tir de Barèges », publié ce mercredi, a suscité quelques commentaires sur l'écriture inclusive, dont certains cinglants. Quelques éléments de réponse.

Je ne suis pas un militant acharné de l'écriture inclusive. Mais son émergence, sa possibilité, ce qu'elle questionne, m'intéressent et me font avancer, en tant que journaliste.

Sur le fond, je suis intimement convaincu que la prééminence du masculin dans les champs du langage et de l'écriture n'est jamais qu'une expression de plus de la domination masculine. Ancrée si profondément qu'elle est considérée comme la norme. Une norme bien évidemment présentée comme « neutre » mais qui, de fait, invisibilise tout le féminin dés lors qu'un ensemble pluriel compte ne fut-ce qu'un seul élément masculin. En langue française, on peut par exemple se retrouver à écrire (et donc à lire) : « Les femmes de chambre, la concierge, ses filles, leurs cousines, trois voisines, une ancienne amie nageuse de combat, la boulangère et le maître d'hôtel, ils étaient tous partis au spectacle. » Je trouve que ça pose un petit problème. Et on peut légitimement s'interroger sur ce que cela charrie et perpétue comme représentation en termes de rapports de domination et de genre.

A l'argument ultime, conservateur et académique « c'est la langue française », je répondrai en enfonçant allègrement une porte déjà bien ouverte : la langue française et ses codes ne sont pas immuables ; son héritage peut être secoué ; vivante, une langue est donc dynamique et non pas figée, ce qui implique qu'elle se nourrit des évolutions des sociétés qui la pratiquent et réciproquement. Il entre chaque année de nouveaux mots dans le dictionnaire. Pourquoi pas imaginer de nouveaux codes d'expression écrite ? En quoi cela est-il si perturbant ?

Certain.es reprochent à l'écriture inclusive sa charge politique. Grande découverte. Qui peut croire que la langue et l'écriture, outils essentiels du journalisme, sont dénuées d'enjeux politiques ? Mais en quoi le fait de bousculer une norme est-il plus politique ou militant que le fait de la défendre avec ardeur au nom d'une supposée « neutralité » censée régler le débat ? Le journalisme est un champ, un espace, dans lequel le monde est restitué avec des outils spécifiques, en ce sens il n'est pas neutre et il importe de s'y situer. On peut lire, entre autre, à ce sujet l'entretien que Jade Lindgard, journaliste à Mediapart, a donné à Reporterre où elle défend un « journalisme de transformation sociale ».

Je réfute que l'écriture inclusive rende les articles « illisibles » (un petit effort, camarades!) mais, de fait, elle n'offre pas, dans sa forme actuelle, un confort de lecture absolu. La faute avant tout au poids de l'habitude, mais c'est un fait. Aussi parce que cette habitude est profondément ancrée, elle requiert de la part du scribouillard (et de la scribouillarde, donc) qui l'emploie un supplément d'attention et de rigueur pour tenir la ligne de bout en bout sous peine d'être épinglé par les lecteurs attentifs et les lectrices attentives.

C'est l'une des raisons pour laquelle je n'ai pas (encore) opté de façon définitive pour l'écriture inclusive. Pourquoi y avoir recouru pour ce papier ? Parce que lorsque j'ai relu les notes prises lors de mes échanges, il m'a sauté aux yeux que la secrétaire de l'UDCGT, celle de FO, mon contact à RESF, la maire de Montauban, puis, ensuite, la juge du Tribunal administratif de Toulouse, étaient toutes des femmes. Une bonne raison, m'a-t-il semblé, de ne pas user de bout en bout dans ce papier d'un masculin jamais « neutre » quoi qu'on en dise et, en l'occurrence, bien peu fidèle à la réalité.

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