Emmanuel Rubio
Abonné·e de Mediapart

99 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 déc. 2018

Emmanuel Rubio
Abonné·e de Mediapart

Ce 8 décembre, le centre-ville tel qu’en lui-même

A multiplier les panneaux de bois devant les vitrines, à se fermer à ses visiteurs indésirables, le centre-ville de Paris, hier, révélait ce qu’il est profondément : un lieu sans partage.

Emmanuel Rubio
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Paris, 8 décembre, photo ER

Plus d’improbables rencontres. Le centre-ville, cette fois-ci, s’est vidé et comme refermé sur lui-même. Partout, ces panneaux de bois, qui ont bloqué la ville avant même que les manifestants ne le fassent, et offrent de merveilleuses ardoises. La semaine précédente, c’était encore le chassé-croisé de la consommation et du refus. C’est désormais une cité désertée que l’on traverse, d’où n’émergent que les marques et les logos.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

Paysage post-apocalyptique, s’émeuvent les uns. Il faut pourtant y prendre garde. Cette fermeture extrême au dehors, ce refus de la rue, ne reproduisent jamais que ce que luxe, calme et volupté font chaque jour aux exilés du centre-ville. Tout, le brillant des vitrines, les manières des vendeurs, les prix sur les étiquettes, ou l’absence même d’étiquette… le leur disent toujours : vous n’avez rien à faire ici. Pas besoin de panneaux, habituellement, pour leur interdire la boutique. Les panneaux ne font que révéler ce que cette ville-ci est vraiment, essentiellement : une ville sans partage.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

A force de destructions, de déprédations, on finira peut-être par réfléchir sur ce que peut bien être l’espace public – et cet étrange phénomène aux yeux des mieux pourvus : que certains ne s’y reconnaissent pas. A force de segmentation, d’exclusion, de plots, de sièges inconfortables, de bancs eux-mêmes segmentés, ou d’absence de bancs… à force de segmentation sociale, dont tous ces aménagements ne sont que des adjuvants, à force de signes de distinction, on aura bien fini par faire une ville infréquentable. Non partagée.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

Ce ne sont pas que des choses. Les partisans des salaires les plus différenciés, ou ceux qui les supportent, devraient y penser, devant cette ville fermée à elle-même. Si elles ne nuisent pas tout bonnement à l’économie réelle, ces différences inimaginables défont tout espace commun. La violence est finalement la dernière relation de ceux qui ne peuvent plus en avoir d’autres.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

 Bien loin des images abstraites de vitres barricadées, qui en appellent ici ou là à l’émotion générale, on prendra donc soin de faire figurer les noms propres. De rétablir des distinctions. Qui, elles-mêmes, aiguiseront le regard. Car de panneau en panneau, se dévoile tout un art. Une série de variations vraiment délectable. Les décorateurs, n’en doutons pas, en feront leur beurre un de ces jours, une source d’inspiration comme une autre, un peu plus maligne. Mais tout cela avait été monté pour nous. Et la ville, loin de ses étalages tapageurs, était bien belle.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
#MeToo, 5 ans après : notre émission spéciale
Le 5 octobre 2017, un mot-dièse va faire le tour de la planète : #MeToo (« moi aussi »), une expression pour dire haut et fort les violences sexistes et sexuelles. Cinq ans plus tard, les rapports de domination, de pouvoir, ont-ils vraiment changé ?
par À l’air libre
Journal
MeToo, plus de cinq ans d’enquêtes
Parmi les centaines d’articles publiés et émissions réalisées par Mediapart, ce dossier rassemble une sélection d’enquêtes marquantes, du monde du travail à celui de la musique, de la politique au cinéma, et fait la chronique des défaillances de la justice.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Face aux affaires, l’opposition s’indigne, l’exécutif se terre
Les dernières mises en cause par la justice de deux figures du pouvoir, Alexis Kohler et Éric Dupond-Moretti, sont venues perturber mardi la rentrée parlementaire. Face à des oppositions plus ou moins véhémentes, l’exécutif et la majorité en disent le moins possible, en espérant que la tempête passe.
par Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — Exécutif
Kohler, Dupond-Moretti : et soudain, il ne se passa rien
Le président de la République n’a pas jugé nécessaire de réagir après l’annonce du procès à venir de son ministre de la justice et de la mise en examen de son bras droit. Il mise sur le relatif silence des médias. Et ne s’y trompe pas.
par Michaël Hajdenberg

La sélection du Club

Billet de blog
L'Italie post-fasciste : en marche vers le passé
La victoire du post-fascisme, déflagration annoncée, menace nos systèmes démocratiques imparfaits et l'Europe qui subit une guerre de conquête et un bouleversement interne avec ces extrêmes-droites qui accèdent au pouvoir. Faut-il attendre les catastrophes pour crier ? La remise en cause de vieux réflexes ne demandent-elles pas une actualisation pour agir sur notre époque sans se renier ?
par Georges-André
Billet de blog
Ouvrir les yeux sur le fascisme qui vient
Un peu partout, « la loi et l’ordre » s’imposent, sous une forme directement inspirée des années 40 comme Italie, ou de façon plus insidieuse, comme chez nous. De L’écofascisme au post-fascisme en passant par l’autoritarisme policier ultra-libéral, c’est cinquante nuances de brun. Et il va falloir commencer à sérieusement s’en inquiéter, si on ne veut pas voir nos gosses grandir au son des bottes.
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
Après les élections, vers le post-fascisme
Aujourd'hui, en Italie, l'institutionnalisation du fascisme va porter l'agression raciste et patriarcale à un niveau supérieur. Avec cette combinaison du fascisme et de la technocratie, le gouvernement Meloni ne sera probablement pas simplement un gouvernement Draghi plus raciste. Nous verrons dans quelle mesure les alliances internationales, l'Union européenne et la Présidence de la République pourront limiter et contenir les dégâts. 
par Bruno Montesano
Billet de blog
La grande nostalgie
Les nostalgiques de l'ère fasciste s'en donnent à cœur joie pour ressortir les reliques de l'époque. Dimanche matin à Porta Portese, le plus grand marché aux puces de la capitale, j'ai trouvé un choix impressionnant de memorabilia de l'ère Mussolini.
par D Magada