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Billet de blog 9 déc. 2018

Ce 8 décembre, le centre-ville tel qu’en lui-même

A multiplier les panneaux de bois devant les vitrines, à se fermer à ses visiteurs indésirables, le centre-ville de Paris, hier, révélait ce qu’il est profondément : un lieu sans partage.

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Paris, 8 décembre, photo ER

Plus d’improbables rencontres. Le centre-ville, cette fois-ci, s’est vidé et comme refermé sur lui-même. Partout, ces panneaux de bois, qui ont bloqué la ville avant même que les manifestants ne le fassent, et offrent de merveilleuses ardoises. La semaine précédente, c’était encore le chassé-croisé de la consommation et du refus. C’est désormais une cité désertée que l’on traverse, d’où n’émergent que les marques et les logos.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

Paysage post-apocalyptique, s’émeuvent les uns. Il faut pourtant y prendre garde. Cette fermeture extrême au dehors, ce refus de la rue, ne reproduisent jamais que ce que luxe, calme et volupté font chaque jour aux exilés du centre-ville. Tout, le brillant des vitrines, les manières des vendeurs, les prix sur les étiquettes, ou l’absence même d’étiquette… le leur disent toujours : vous n’avez rien à faire ici. Pas besoin de panneaux, habituellement, pour leur interdire la boutique. Les panneaux ne font que révéler ce que cette ville-ci est vraiment, essentiellement : une ville sans partage.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

A force de destructions, de déprédations, on finira peut-être par réfléchir sur ce que peut bien être l’espace public – et cet étrange phénomène aux yeux des mieux pourvus : que certains ne s’y reconnaissent pas. A force de segmentation, d’exclusion, de plots, de sièges inconfortables, de bancs eux-mêmes segmentés, ou d’absence de bancs… à force de segmentation sociale, dont tous ces aménagements ne sont que des adjuvants, à force de signes de distinction, on aura bien fini par faire une ville infréquentable. Non partagée.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

Ce ne sont pas que des choses. Les partisans des salaires les plus différenciés, ou ceux qui les supportent, devraient y penser, devant cette ville fermée à elle-même. Si elles ne nuisent pas tout bonnement à l’économie réelle, ces différences inimaginables défont tout espace commun. La violence est finalement la dernière relation de ceux qui ne peuvent plus en avoir d’autres.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

 Bien loin des images abstraites de vitres barricadées, qui en appellent ici ou là à l’émotion générale, on prendra donc soin de faire figurer les noms propres. De rétablir des distinctions. Qui, elles-mêmes, aiguiseront le regard. Car de panneau en panneau, se dévoile tout un art. Une série de variations vraiment délectable. Les décorateurs, n’en doutons pas, en feront leur beurre un de ces jours, une source d’inspiration comme une autre, un peu plus maligne. Mais tout cela avait été monté pour nous. Et la ville, loin de ses étalages tapageurs, était bien belle.

Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER
Paris, 8 décembre, photo ER

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