Le président, la tour Eiffel et l’espace de l’économie mondialisée

« Quand on empêche les gens de réussir, dans le monde où on vit, ils vont réussir ailleurs. C’est ce qui s’est passé. » Mais de qui parlait donc le président ?

Emmanuel Macron, interview du 15 avril Emmanuel Macron, interview du 15 avril

Notre président hier soir :

« Quand on empêche les gens de réussir, dans le monde où on vit, ils vont réussir ailleurs. C’est ce qui s’est passé. Et donc, de l’entrepreneur individuel au manager international, la France doit être un pays attractif, où on garde les meilleurs, parce que nous sommes dans une économie mondialisée, qui est aussi un combat pour attirer les meilleurs. »

Remplacez « l’entrepreneur », le « manager », par « l’exilé », le « migrant ».

« Quand on empêche les gens de réussir, dans le monde où on vit, ils vont réussir ailleurs. C’est ce qui s’est passé. Et donc, de l’exilé individuel au migrant international, la France doit être un pays attractif, où on garde les meilleurs, parce que nous sommes dans une économie mondialisée, qui est aussi un combat pour attirer les meilleurs. »

La phrase fait toujours sens. La logique est toujours la même. Mais notre président ne la reconnaît plus pour sienne.

Cette asymétrie de mouvement peut passer pour définir très exactement l’espace de « l’économie mondialisée », de notre côté de la lorgnette tout au moins. Chantage permanent des uns, qui peuvent partir. Impossibilité des autres à entrer.

Avec, comme résultante, le blocage permanent des derniers, qui ne relèvent ni de l’une ni de l’autre catégorie, entre cette exigence de clôture sur la communauté, toujours reprise, et la menace qu’elle se défasse par le haut. Etrange cordée que celle-ci, où vous devez sans cesse frapper celui d’en bas pour que celui d’en haut ne vous lâche pas.

Il ne faut pas lâcher la corde. Attractivité / repli : aucune pensée de l’espace qui puisse éviter d’en passer aujourd’hui par la considération de cette géométrie paradoxale. A l’échelle du quartier, de la ville, de la région, du pays, c’est cet espace-ci qui se construit. Concrètement. Un espace qui se doit d’être tout à la fois attractif et protégé, qui tente et tienne à l’écart tout à la fois.

Derrière le président, la tour Eiffel brillant de tous ses feux. Et à ses pieds, les grilles, les fouilles, bientôt la muraille de verre transparent qui permettra de filtrer l’accès en toute élégance. Plus loin, les confins du pays, où se voient repoussées des femmes sur le point d’accoucher, au péril de leur vie – jusqu’à leur mort, faudrait-il dire.

Sous la tour Eiffel Sous la tour Eiffel

Dans les mêmes jours, les images de destruction arrivaient de Notre-Dame des Landes. Et l’on ne pouvait s’empêcher de penser que là-bas, peut-être, se tentait un autre espace. Une alternative. Et que son écrasement, à force d’engins paramilitaires, participait d’une horrible guerre contre les possibles.

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