Dispertion de la marche climat à Bercy ce samedi

La marche climat de samedi, arrivée au parc de Bercy, a été dispersée avec des moyens manifestement disproportionnés. La violence finit par atteindre même l'action climatique. J'ai l'impression que quelque chose bascule et reste déterminé à garder le cap de la non violence.

Avec ma femme, nous nous sommes rendus à la fin de la marche pour le climat samedi dernier. Ne pouvant pas nous y rendre plus tôt, nous sommes allés directement au parc de Bercy pensant retrouver le cortège.

Là, à l'entrée du parc, quelques personnes nous ont dit que la police avait gazé et qu'il valait mieux ne pas trop s'avancer.
Effectivement, continuant, malgré tout à marcher, nous avons vite senti des gaz lacrymogènes.
Au fond, on distinguait du monde, dans un léger nuage blanchâtre, sans pouvoir évaluer si c'était beaucoup ou peu de monde.

Nous avons attendu un peu que les gaz se dissipent avec l’intention d'aller vers la foule. Puis une autre personne qui partait nous dit "la police a envoyé des lacrymos depuis le périph (juste le long du parc). Nous étions tranquillement assis dans l'herbe, il ne se passait rien."

Quelques instant après, des personnes en plus grand nombre (mais tout de même assez peu) affluent vers la sortie. Il y a eu à nouveau du gaz. Ce coup ci, ok, on sen va. Nous n'aurons rien vu. En fait, si nous allons voir des choses.

Nous suivons le mouvement et sortons du parc. La sortie longe la "Bercy Arena". Dans le groupe, il y a à nos cotés, trois ou quatre jeunes hommes en noir avec des foulards sur le visage. L'un d'eux, manifeste sa colère en frappant et secouant les grilles de l'Arena.
Dans le petit escalier à la sortie du parc, la foule évidemment est plus dense. On sent une tension, presque une bousculade. Un jeune homme se saisit d'une palissade de chantier et la brandit. Il part vers la gauche, vers le métro Bercy. On sent une certaine violence monter et nous n'aimons pas ça. Mais avant cela, aucune tension n'était perceptible.

Dans la rue de Bercy, à droite après cet escalier, nous voyons des CRS, en position, orientés vers notre gauche.
Ma femme et moi étant, disons, fragiles physiquement, je lui dis "Partons à droite". Bonne décision. Quelque secondes après, les CRS se mettent à charger. Au signal, ils frappent en rythme avec leur matraque sur leur bouclier et avancent en même temps. C'est très impressionnant et parait surtout totalement disproportionné par rapport aux quelques dizaines de personnes évacuant le parc, la grande majorité étant très calmes.

Quelques instants plus tard, un nuage de lacrymo s'élève au niveau des cafés qui se trouvent à l'entrée de l'Arena. Tout à l'heure nous avions vu des gens en majorité antillais qui visiblement allaient à un concert. Eux et les personnes attablées doivent être dans le gaz à cet instant là.

Cette charge me choque et m'inquiète beaucoup. Les manifestations climat étaient jusqu’à présent totalement pacifique. Que se passe t il ? Les Blocs du début de marche ont donné le ton et là, ce sont les policiers qui dispersent avec brutalité une fin de manif apparemment très calme (à part ce jeune homme).
Nous restons donc à l'écart avec ma femme, profondément triste de voir cela et sentant que la lutte climatique rentre dans une nouvelle phase, radicale et répressive. A vrai dire, cela ne m'étonne pas. Comme beaucoup certainement, je sens venir tout cela depuis des mois. L'écologie va connaitre aussi sa radicalité. Nous sommes dans un tunnel, sombre et dur. Personnellement, je crois fermement à la lumière, à l'autre bout. Et je resterai pour cela, attaché au dialogue, même avec ceux dont je rejette les idées. Pour autant, dans les années qui viennent beaucoup de choses peuvent arriver.

Tout à coup, d'un escalier donnant je pense sur la rue Corbineau, déboulent des personnes stressées et pressées. Ils disent "partez ! Ils arrivent !". Deux hommes me croisent. L'un me dit en courant: "le chef des flics il a dit : fracassez les tous !", l'autre acquiesce. Des policiers en moto, bien alignés, passent dans la rue, toujours vers la même direction. Nous ne trainons pas et partons à l'opposé. 

Trois personnes indiennes, deux hommes et une femme, en séjour en France, se trouvent là désorientés. La femme a une poussette. Lorsque les gens arrivent de l'escalier, elle veut se mettre de coté pour les laisser passer. Je lui dis "non" et l'aide à orienter sa poussette dans la rue pour s'éloigner. Je leur indique le métro vers où nous allons aussi aller : Dugommier. Nous quittons les lieux.

En fait, les policiers ne prennent pas l'escalier. Tout cela est surtout de l'intimidation. Ma question est : pourquoi ?

 

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