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Billet de blog 1 avril 2011

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Le nouveau nouveau monde

Il y a bien des leçons à tirer de l’élection à la présidence de la République fédérative du Brésil de Dilma Roussef, de son exercice décomplexé du pouvoir; et il y a certes une leçon à tirer de l’ensemble de ces leçons.

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Il y a bien des leçons à tirer de l’élection à la présidence de la République fédérative du Brésil de Dilma Roussef, de son exercice décomplexé du pouvoir; et il y a certes une leçon à tirer de l’ensemble de ces leçons.Voilà qu’un pays-continent, qu’une démocratie monumentale, de culture –quoique missionnaire- catholique et romaine, a porté à sa tête une femme. L’on peut se faire à tout, au temps de l’abondance informative, mais il est bon de lutter contre ce flux pour observer candidement ce qui est : de la même façon que l’élection d’un métis à la tête des Etats-Unis faisait jalon historique, l’accès d’une femme aux plus hautes responsabilités d’une des principales puissances émergentes et d’une puissance, quoique officiellement laïque depuis 1891, empreinte de catholicisme, a fait événement, étape, rupture, en un mot Histoire. Voilà qu'une pratique "dilmienne" du pouvoir prolonge, depuis quelque cent jours, l'événement, qui n'est point celle d'une pâle épigone.

Voilà également qu’un pays récemment démocratique confirme aux yeux du monde sa capacité à inscrire son cheminement politique dans une continuité de fait qui traduit un rapport adulte du politique au réel. Si les options de gouvernance sont multiples, elles ne sauraient faire l’économie de l’observation du réel, d’une donne irréfragable avec laquelle la vision politique entre en dialogue. Cette prise en compte du "corps du réel" crée de fait une zone de contiguïté entre les visions politiques qui s‘opposent au champ démocratique et, limitant les oppositions "infantiles" (au sens de Lénine) d’autant, instaurent une continuité relative et salubre de l’Etat. Voilà en outre que la continuité « réaliste » de fait (Fernando Henrique Cardoso-Lula-Dilma) et naturelle (Lula-Dilma) n’interdit pas au Brésil d’opter, seul géant mondial à le faire, pour une politique de troisième voie sociale, économique, stratégique, énergétique, « providentielle tempérée », à rebours de celle qui malmène la plupart des populations européennes, par exemple.

Ainsi, le Brésil forge une classe moyenne quand l'Europe, pour sa part, oeuvre à son délitement.

Voilà enfin que la victoire de la candidate à quoi s’opposaient avec force les tenants d’une sécularisation des églises ou d’un interventionnisme de l’option cultuelle au cœur du politique, voilà que son exercice de la présidence, attestent que le temps n’est pas venu pour le Brésil d’abdiquer sur le terrain de la laïcité. De préférer, de stigmatiser, de désigner comme distinct tel ou tel de ses cultes, en un mot, de se reconsidérer, comme Etat, intéressé au fait religieux, sur le mode néo-français.

En somme, voilà que le Brésil continue à lutter sereinement, opiniâtrement, victorieusement, contre un "lui-même", pour incarner le moderne, mieux, pour, l’incarnant, lui fixer un cap original, inventer une modernité du moderne.

Le voilà devenu, pleinement, le « nouveau monde » ...

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