L'HEURE DU "MALGRE TOUT" : entretien avec Michel Maffesoli

Dire de l'œuvre de Michel Maffesoli qu'elle donne depuis longtemps des clés de compréhension des évènements en cours en France est peu dire. Il importait qu'il rappelât ici quelques-unes de ces clés.

Cher Michel, que se passe-t-il en France ?


Mon cher Emmanuel, j’imagine que tu pressens déjà ce que je vais te dire, car tu n’es pas sans avoir lu mes ouvrages sur la violence totalitaire, la transfiguration du politique, les nouveaux bien-pensants.
Non, contrairement à ce que disent de nombreux commentateurs, il ne s’agit pas d’un phénomène complètement inédit.
Certes la dégradation de certains de nos lieux et monuments les plus symboliques, les violences physiques, les blessures, les incendies sont des évènements particuliers, d’une intensité importante.
Il n’empêche ; je ne peux que remarquer que tout d’un coup j’entends parler de « refus de la représentation », de « déni de la démocratie », d’un mouvement qu’on ne peut pas canaliser.
D’un mouvement sans leader et sans revendication explicite ou en tout cas rationnelle. Et d’un mouvement comme les commentateurs le constatent avec dépit dans lequel « on ne peut plus distinguer les « vrais gilets jaunes » des casseurs.
Toutes analyses que je m’efforce de partager depuis de nombreuses années.
Car les phénomènes auxquels on assiste depuis trois semaines s’inscrivent dans l’ambiance de notre époque postmoderne.
Il n’y a pas de mouvement présentant un front uni, de convergence des contestations, de rassemblement national fût-il populaire.
Ce n’est pas parce que les manifestations se sont répandues en épidémie (épidémie dont on pouvait observer depuis de longues semaines qu’elle couvait sur les réseaux sociaux, dans les discussions de cafés, bref là où vivent les gens), de manière virale qu’il s’agit d’un mouvement uni, organisé.
Je dirais plutôt qu’il s’agit d’innombrables tribus, montant les unes à l’assaut d’un carrefour, les autres empêchant l’accès à la grande surface du coin, d’autres encore attaquant les lieux symboliques des élites, politiques et marchandes.
Il n’y a pas de revendication unifiant ces tribus, et même les demandes les plus réitérées sont souvent tellement contradictoires (consommer moins cher, mais lutter contre la mondialisation, développer le local, mais favoriser les déplacements lointains, s’agréger en groupes, mais en même temps préserver l’usage individuel de la voiture…) que les réactions traditionnelles des politiques et des médias sont totalement à côté de la plaque.
C’est plutôt la forme que le contenu qui caractérise ce mouvement. Tu sais combien j’attache d’importance à la forme, c’est à dire à la manière dont les personnes se lient, font groupe, font cohésion sociale. La forme est formante ai-je l’habitude de dire.
C’est exactement cela qui se passe, c’est en manifestant, en revenant week-end après week-end (samedi dernier je voyais un groupe passer dans la rue, les gens se disant « à samedi prochain », comme lorsqu’on se sépare après un match de foot de son club) que le mouvement dessine sa forme.
Encore une fois, ces tribus ne sont pas uniformes ; on y trouve des jeunes et des vieux, des très pauvres et des moins pauvres, des écologistes et des adeptes de la croissance toujours plus forte. On y trouve aussi la ou les tribus des casseurs, c’est-à-dire de ces jeunes gens adeptes de la confrontation violente avec les flics comme ils le seraient de n’importe quel sport à risques. Tribu entraînant dans leur hystérie d’autres individus.
Et rien ne sert de renvoyer la responsabilité de ces évènements à telle ou telle attitude du gouvernement, à telle ou telle politique suivie.
La seule vérité émanant d’une commentatrice politique aguerrie et désespérée de voir s’effondrer son monde (Ruth Elkrief sur BFMTV) est sans doute celle-ci : c’est le même dégagisme que celui qui a présidé à l’élection d’Emmanuel Macron. Eh oui, comme je le dis souvent, le tribalisme et les mutations de l’époque se font pour le meilleur et pour le pire. L’élection présidentielle a pu donner l’illusion d’un renouveau, mais on a bien vu très rapidement que l’hypothèse Fake se confirmait au détriment de celle d’un président de la république icône de la postmodernité.
Il est possible que le mouvement, du fait des dégradations et des peurs qu’elles ont suscitées, s’effiloche. En tout cas, aucune « mesure » ne saurait apaiser la colère des jeunes, la mélancolie des campagnes, la grogne populaire.
En ce sens les réactions de nombre de politiques ne font que creuser le fossé entre l’opinion publiée et l’opinion publique.
Comprendre qu’on ne « canalise » pas les explosions d’émotions collectives par des négociations avec des représentants !


Oui, je te posais en effet la question du béjaune pour lire ici de toi ce que j'avais lu de toi ailleurs... Je reconnais l'analyste des gaudeamus solaires ou noirs des tribus. Pourtant tout ceci est anxiogène parce que l'analyse qu'on peut en faire peine à rencontrer une pensée...palliative.
Que faire ? Que penser qui fasse quand on est un « citoyen », quelque chose d’"à l'ancienne" ? Et puis que faire quand on est un politique ?


Pour reprendre une formule d’un penseur exigeant, mal compris et pourtant en prise directe avec l’esprit du temps, Nietzsche, on peut, concernant la situation contemporaine, rappeler à son axiome de base : « rien de décisif ne se bâtit que sur un malgré tout ».
C’est bien ce malgré tout qui est en jeu actuellement. Malgré la violence, malgré les incendies et autres exactions, qu’il serait selon les observateurs difficile d’attribuer à l’extrême gauche ou à l’extrême droite, ce qui est en jeu est bien une révolte des peuples. Révolte globalement contre des élites, en particulier les journalistes, mais révolte plus particulièrement contre celui que l’on a élu à la Présidence de la république. Il y a dans l’inconscient collectif, donc difficilement exprimable par les mots, une honte fondamentale, s’être laissé leurrer par un Homme qui en bon théâtreux a laissé croire que c’était le peuple qui parlait et qu’il représenterait le peuple en marche.
Au-delà des diverses mesures prises par ce gouvernement et dont on peut à loisir discuter pour savoir si elles avantagent plus les riches ou les classes moyennes ou les très pauvres, dès lors qu’elles sont distribuées avec le talent d’un marketing des tribus, chacun à son tour, le plan pauvreté, la suppression de l’ISF, la suppression de la taxe d’habitation etc., ce que constate le bon peuple, c’est que passées les élections, le naturel est revenu au galop.
Le naturel, c’est-à-dire l’habitus de l’inspecteur des finances et de sa clique, de ceux qui savent toujours tout, qui à chaque problème trouvent une solution, qui font la leçon, sans cesse.
Il n’est que de voir comment alors que Paris et Marseille étaient le théâtre de bagarres jamais vues, alors qu’une grande partie de la population se sent partie prenante des gilets jaunes, que certes ils condamnent les « casseurs », mais en même temps les excusent aussi, bref dans cette effervescence du terrain comme des ondes, le chef de l’Etat a parlé aux Français pour bien leur montrer que lui il était ailleurs, que lui s’occupait des « grands problèmes de ce monde avec les grands de ce monde » et qu’il n’avait rien à dire aux bouseux. On n’aurait pas pu mieux mettre en scène la morgue, l’arrogance du technocrate !
C’est pourquoi il n’y a pas de « pensée palliative » possible, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de réponse à opposer à cette révolte.
Je fais depuis longtemps une distinction entre le drame et la tragédie. Le drame, c’est la situation qu’on explique et à laquelle on trouve une solution. Dramein, c’est trouver une solution. Le tragique au contraire, c’est l’aporie, la finitude de la destinée humaine, notre « être pour la mort » dirait Heidegger.
Il faut entendre dans la multitude de revendications des gilets jaunes (diminuer les impôts et les taxes, augmenter les services publics, augmenter les salaires, baisser le prix de l’essence etc.) non pas des questions auxquelles il faut répondre, une à une, mais bien l’affirmation du tragique.
Et je pense même que derrière le leitmotiv répétés un peu cyniquement par les bien-pensants, la désespérance de ceux qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois, les gilets jaunes disent : on en a marre d’être obnubilés par la consommation, par l’argent, par le matérialisme. On a envie de rêver, de faire la fête, de s’éclater et pas de compter. On en a marre de la banque ! significative, la violence gratuite de l’attaque des agences bancaires, dans lesquelles on ne vole pas, mais qu’on tente tout simplement de ruiner !
Il y a donc dans ce mouvement des gilets jaunes quelque chose que nos politiques quelqu’ils soient ne peuvent pas comprendre : l’affirmation brute et grossière selon laquelle on n’a plus besoin d’eux, on ne croit plus en eux. Tenter de les ramener à quelque extrémisme, de droite ou de gauche n’est qu’une pantalonnade.
Mais le « dégagisme » est cruel : il dit qu’il n’y a pas de remplaçant possible.
Emmanuel Macron a joué sur ce dégagisme et s’est fait élire ; mais c’était un jeu dangereux pour lequel il risque de payer un prix très lourd.
D’une certaine manière c’est la fonction même de chef de l’Etat, c’est la centralité qu’elle incarne qui est attaquée. Et ce qui lui est opposée, c’est cette centralité souterraine, ces mouvements qui se développent, avec l’aide des réseaux sociaux, de manière virale, épidémique.
Pour le pire quand il s’agit avant tout de casser, pour le meilleur aussi et même les commentateurs le constatent qui parlent des diverses solidarités et entraides qui se développent, non plus dans le grand machin étatique, dans le grand système de protection auquel ils ne croient plus, mais au jour le jour.


Dès lors, aux champs démocratique, républicain, que faire, que « penser faire » ? « Reconnaître » le tragique sur un mode néo-stoïcien et en admettre l’avènement des dernières conséquences, se disposer à des termes politiquement « innommables », à une téléologie aventureuse ? Régresser vers une autorité, un arbitraire refoulés ? Penser un avenir du recours de proximité « du jour » mais alors… depuis quel stimulus politique ?


Tu sais que je suis un lecteur et adepte du Savant et du Politique de Max Weber. Loin de moi donc l’idée de « dire ce qu’il faut faire » ! j’ai toujours dit que ma sociologie était compréhensive, c’est-à-dire qu’elle cherche à voir ce qui est et non pas dire ce qui devrait être. Ce que je vais dire est donc tiré directement de cette observation empathique, celle que je fais dans mes circumnavigations entre les livres des philosophes et ceux des grands théologiens du Moyen-Âge et les bistrots ou les diverses conversations que j’ai avec mes amis et leurs enfants dans mon village natal. Entre la pensée de l’Être et sa déclinaison au quotidien, dans la vie banale.
Je savais qu’il y aurait beaucoup de monde dans ces manifestations de gilets jaunes depuis octobre.
Mais je sais aussi que paradoxalement la façon dont les élites parlent « des gens », désespérés parce qu’ils gagnent 1200 Euros par mois, ne s’en sortant pas etc. ne leur est d’aucune aide, au contraire. Ils n’en ont que faire de la compassion, de ces niagaras de bons sentiments. Ils protestent parce que une augmentation de 100 Euros par mois sur la facture d’essence c’est énorme dans leur budget et qu’ils savent que peu de politiques et de journalistes payent leur plein d’essence ! Mais cela ne signifie pas qu’ils soient des sous-hommes, incapables de vivre bien, d’avoir des sentiments de solidarité, d’entraide, qu’ils n’aiment pas faire la fête, se retrouver ; bref, il faudrait que nos élites parisiennes abandonnent leur discours de dames patronnesses, discours aussi blessant que contre-productif.
Nous sommes dans une crise, non pas d’abord économique ou sociale, mais dans un vrai changement de paradigme : le politique, c’est la gestion, la régulation de l’être ensemble, du vivre ensemble. C’est la ritualisation de la violence, l’homéopathisation des rivalités, c’est la régulation des diverses passions et émotions collectives qui sont souvent contradictoires.
Ce politique s’est constitué dans la modernité (18ème siècle – 20ème siècle) en démocratie représentative : c’est-à-dire que tous les corps intermédiaires, toutes les corporations, confréries ont été dissous, que les individus se sont retrouvés libres de toute attache communautaire liés entre eux par un contrat social, c’est-à dire-un ensemble de normes leur dictant leur comportement les uns par rapport aux autres. Ces normes sont élaborées par leurs représentants et s’appliquent à tous.
Ceci ne fonctionne plus : les individus, les personnes ne se sentent plus représentables. Est-ce à dire qu’ils soient devenus individualistes, qu’ils n’aient aucun sens du bien commun ? Pas du tout.
Cela signifie au contraire qu’ils ne conçoivent le bien que comme commun, c’est à dire s’inscrivant, au quotidien, dans leur communauté de vie, je dirais même leurs communautés de vie.
C’est ce mouvement de retour, pourrait-on dire après la modernité, à une socialité communautaire, c’est-à-dire de proximité, m’impliquant dans un être collectif, me définissant par mes appartenances à diverses tribus qui dessine la sortie de la modernité.
Le politique s’exerce alors à plusieurs niveaux : au niveau de proximité, permettre que ces diverses communautés favorisent l’épanouissement de chacun, permettre que s’exercent le don et le contre-don plutôt que l’assistanat, que les solidarités et l’entraide se construisent sur un partage, que les émotions se vivent ensemble sans avoir forcément besoin d’une manifestation sanglante. Mais le politique continue à s’exercer à un niveau plus important, celui de la région, de la nation, voire et je pense de plus en plus de l’Europe comme fédération des régions. Il s’agit alors d’une nouvelle manière de faire de la politique, non plus comme représentation de chaque individu, mais comme régulation d’une diversité communautaire. Entendons bien, pas des communautés figées, renvoyant chacun à ses origines ou à une identité fixe, mais des regroupements affinitaires, parfois occasionnels, parfois plus pérennes, dessinant de nouvelles formes de cohésion sociale.
L’histoire humaine avance par cycles, des époques, longues de deux à quatre siècles, pendant lesquels un type d’imaginaire prédomine. L’époque moderne a vu prédominer le modèle matérialiste, productiviste. Avec le bien que l’on sait, en matière notamment de santé, d’éducation, mais avec également les saccages écologiques que l’on connaît et l’effritement des solidarités de base.
Nous entrons dans une autre époque, où l’idéal communautaire resurgit, où l’homme comprend qu’il ne peut plus dominer la nature.
Chaque changement d’époque connaît une période de troubles profonds, car les sociétés peinent à construire le modèle de régulation adapté, et notamment à formuler leur histoire, à trouver les mots justes pour décrire leur destin.
Qu’il s’agisse des gilets jaunes ou du gouvernement et des commentateurs, le vocabulaire reste un peu désuet, ancien. Il n’est pas sûr que ce que souhaitent les gens soit de l’ordre du toujours plus, de la croissance et de la consommation en constante augmentation. Il semble même que ce qui est recherché soit plus de l’ordre du relationnisme que de l’intérêt économique individuel. Après tout vouloir continuer à se déplacer, c’est vouloir rencontrer l’autre, les autres, passer de chez soi à ailleurs.
Une des premières tâches du politique serait de savoir écouter ce qui se passe et mettre les mots les plus justes possible sur la réalité.


Cher Michel, un exercice tout empathique : tu es gilet jaune, comment "poursuis-tu" ?


Bien sûr je suis parisien, donc sans voiture et je n’utilise mon véhicule que dans mon village. Il y aurait quelque arrogance à me comparer aux gilets jaunes tels qu’ils se sont présentés. Il n’empêche, je me sens blessé quand j’entends les réactions des élites à leur égard : trop souvent méprisantes, en tout cas à côté de la plaque.
A côté de la plaque celui qui fait la différence entre le bon gilet jaune (la pauvre femme aide-soignante qui ne gagne que 1200 Euros par mois, oublieux qu’il est que c’est plus que le SMIC ! ) et le sauvageon, la racaille qui de plus « met sa casquette à l’envers, signe du mauvais sens de son assimilation ! ».
A côté de la plaque en général ceux qui n’ont pour seul leitmotiv que la plainte, la victimisation. Les gilets jaunes ne sont pas des « victimes », d’ailleurs peu d’entre eux se sont présentés comme allocataires du RSA ou autres catégories de la politique sociale.
A côté de la plaque aussi ceux qui, conscients sans doute de l’extrême diversité du mouvement, ce que j’ai appelé sa tribalisation, veulent jouer sur les différences, exacerber les conflits. Notamment en isolant les « casseurs », en les renvoyant à une identité politique qu’ils n’ont pas.
Je comprends que tous ces discours moralisateurs, répressifs, toutes ces leçons n’auront pas d’autre effet que d’exciter les réactions.
Alors bien sûr le « mouvement » des gilets jaunes va peut-être s’arrêter, il y aura une sorte de trêve. Il n’empêche, le feu continuera à couver si l’on ne sait pas trouver d’autres modes d’expression de l’être ensemble.
Ce qui oppose les gilets jaunes à toutes les élites, c’est qu’ils réclament n’importe quoi et son contraire. Il y a beau jeu de se gausser de ces revendications outrancières et irréalistes.
Mais comme gilet jaune, j’aimerais qu’on n’occulte pas le rêve, l’imagination, les fantasmagories, tout ce qui nous permet d’exprimer notre communauté de destin. Je ne crois pas que la baisse des taxes sur l’essence suffise à assouvir ce désir.


Comment analyses-tu le silence (relatif) des clercs, du monde universitaire et de ceux qui y ressortissent ?


Tu sais bien combien je suis très éloigné de ce « tout petit monde ». Ne serait-ce que parce qu’il est clair maintenant que leurs instruments d’enquête, de sondage, leurs explications économiques, sociologiques ont longtemps occulté les profondes mutations à l’œuvre dans notre société. Par exemple, je mets souvent l’accent sur le retour de l’imaginaire, des diverses formes de religiosité, sur une forme de réenchantement du monde qui sont bien loin de la seule définition de la condition sociale par le « pouvoir d’achat » !
Les sociologues qui sont pour une large part d’entre eux des militants, sont bien embêtés devant ces « gens » : certes ils revendiquent de gagner plus, mais refusent toute forme de frustration à but écologique ; ils veulent améliorer leur niveau de vie, mais proposent de faire des économies sur l’accueil des migrants ; bref, ils ne sont pas toujours politiquement corrects !
D’une certaine manière, ils disent de manière grossière ce que Macron et son cénacle a joué de manière distinguée : on ne se reconnaît plus dans les partis, dans les syndicats etc.
Certes on peut faire à propos de ces évènements de la stratégie politique, voire ergoter sur les réformes constitutionnelles possibles. Mais il n’est pas possible d’enfermer ce méli-mélo de revendications dans une cohérence économique ou sociale quelconque, ni de l’embrigader dans un combat des bons contre les mauvais. Les gilets jaunes ne se battent pas pour un « bien commun » abstrait et sans doute leur solidarité n’englobe-t-elle pas toute la misère du monde !
Les universitaires ont, plus encore que les politiques et les journalistes, peur du peuple, ce qu’ils nomment populisme. Ils en ont tellement peur qu’ils ne l’approchent pas et donc peinent à le comprendre. Ils n’ont donc rien à dire, ou sans doute parleront-ils après coup.


L'on interprète de façon un peu sauvage, à l'occasion des évènements en cours, "l'image de la France" hors de France : j'aimerais lire le pèlerin que tu ne cesses d'être à ce sujet.


Dans les trois semaines qui viennent de s’écouler, je suis allé faire des conférences dans trois pays européens et je peux dire qu’aux questions que me posaient mes collègues et les journalistes, j’ai senti qu’il y avait une forme de connivence, d’appétence et d’attente pour ce qui était en train de se passer en France. Bien sûr la France garde l’image à l’étranger de l’initiatrice de diverses révoltes et révolutions qu’elle a été. Ce qui s’y passe et notamment les mouvements à symbolique insurrectionnelle à Paris intéresse.
Mais je pense que ces pays connaissent comme nous l’épuisement du modèle de démocratie représentative et que dès lors leur intérêt dépasse la simple curiosité pour le combat politico-institutionnel.



Propos recueillis le 2 décembre 2018.

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