Philippe Pascal d'Arcadie

Avec Philippe Pascal s’éteint un franc fanal sur la beauté duale du chant de l’argile, de la terre, de la « façon » humaines.

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 Pour Pascale Le Berre

 

La conception bergsonienne de la machinerie d’homme nous est connue, cette machinerie qu’une dérision hante, que l’en-puissance de son dérèglement fait aller à la trique, fait cheminer comme la chair le rachis, la couleur le dessin.

La danse de l’homme au monde est l’encontre, l’agôn mystérieux qui divise et qui lie la rectitude du mécanisme et les pièges, les embuscades d’une « entéléchie », d’un esprit sourcilleux, qui veille à ce que, dans un grand abandon dramaturgique, la façon de tuteur sur lequel il niche à la manière du coucou, de la tique ou du ficus, trébuche pour se dire, achoppe pour « faire être », rédempte le ridicule dans une amplitude.

En somme, nous dit Bergson, en somme, nous souffle La Mettrie, il en va de l’homme qui va comme de celui qui rit : quelque chose l’habite dont procède une double appartenance, appartenance à la ratio, au nombre d’or, au φ qui réitère d’une part, et d’autre part appartenance au hasard rieur d’une transcendance comme « entée » sur eux qui, comme le Chat du Cheshire de Carroll, « rit perché », depuis cette « vieille branche » cahotante qui le promène au monde.

L’homme est une raison que va collant l’ombre farceuse d’une âme, un danseur de trois temps que du dedans menacent le fou-rire ou la transe, l’extase ou le refrain...

L’étrangeté de l’homme n’est pas substantiellement étrangeté à soi, sans doute, mais étrangeté à son amble intérieur d'une immutabilité farceuse de ce qui, déjà, s’est abandonné à l’au-delà de l'amble et qui, cependant, fidèle ou espiègle, colle au temps de l’andante contingent comme un devenir, un devenir viatique, un devenir de voyage, un devenir de poche !

Il en va de même de l’homme qui chante, dont l’articulation recouvre, quelle qu’elle soit, le contrepoint, la veilleuse d’une oraison, l’en-puissance d’un chant majeur, d’un plain-chant de l’intime, d’un chant de l’être en l’être, d’un chant d’exultavit.

En Philippe Pascal, au seuil de sa reverdie de baladin-paladin, s’éclipse un témoin musical de cette étrange coexistence entre l’aspiration au petit trot sériel de l’espèce et son hospitalité à cette syncope paradoxale, à cette syncope toute plénitude qui n’est rien sinon l’abandon sublime au reson toujours transcendant, toujours « ponctuellement là », de la lyre de toujours…

Avec Philippe Pascal s’éteint un franc fanal sur la beauté duale du chant de l’argile, de la terre, de la « façon » humaines : qui dira mieux que lui, le tronc brisé d’élévation, le front bassiné par des soleils d’entrailles, qu’une raison séjourne au corps pour que, s’exténuant en soi, sapée par l’éternel, rognée par l’infini, elle résolve, la mesure excédée, le spasme exaspéré, de s’abolir au seuil d‘un refrain d’Arcadie ?

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=dQvYN4RPc2I&list=PLqhnh1C3MPntshJb_OxhkSfBbteLCeiWX&index=6

 

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