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Emmanuel Tugny

Ecrivain, musicien, chroniqueur. Né en 1968.

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Billet de blog 15 octobre 2017

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LES YEUX NOIRS (sur Véronèse) : un feuilleton (3)

LES YEUX NOIRS (sur Véronèse). SAISON 1 : "D'âcres hypocrisies", épisode 3.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Mieux : traversons, obéissant à l’ordre second, à l’ordre latent délivré par la face hypocrite, les limites trop démonstrativement arrêtées par le confident tranquille.

Illustration 1

Veronese, autoportrait, entre 1558 et 1563

Huile sur toile, 63 × 51 cm, musée de l'Hermitage, Saint-Pétersbourg

L’on verra alors, comme partout ailleurs chez Véronèse, que l’acte de peindre n’est pas tant celui de l’adjonction au monde de figures que celui de l’accompagnement de son mouvement labile, de son « branle », de son agitation, par un ondoiement, par une économie du flux des choses, de l’éternel recouvrement, par une mobilité dont la figure n’est pas tant la suzeraine que le prétexte objectivé.

Le gisant de San Sebastiano peint du bougé, de la vague, du plissé explicite, du devenir de devenir, de la fluidité en puissance et en acte, du cours.

Il n’est que d’avancer un peu vers son autoportrait ardent, de faire droit à un double, à un revers d’injonction, pour s’en convaincre : car voici que remue ce visage hospitalier et convaincu. Voici qu’il s’anime. Voici qu’il ondoie, à l’instar de tout l’œuvre peint de son sujet, alibi et complice apostolique du grand remuement du monde.

L’espace d’aisance, l’aire de confidentialité, l’on a fait un pas de clerc pour l’observer observant, l’on s’y est soustrait : l’on est son affranchi.

Le visage s’anime alors

C’est d’abord l’ocre frappé par le jour qui tangue jusqu’au fauve, qui découvre des granulations malades ou la trace d’épines adventices ou rétractiles, des nerfs à l’affleurement.

Et, avec, le front, c’est le regard, que la lueur de ce qui est devenu comme une lampe-tempête, fait osciller entre la bienveillance du stade de respect et une sorte de sidération comminatoire.

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