Emmanuel Tugny
Ecrivain, musicien, chroniqueur. Né en 1968.
Abonné·e de Mediapart

196 Billets

0 Édition

Billet de blog 18 avril 2011

Emmanuel Tugny
Ecrivain, musicien, chroniqueur. Né en 1968.
Abonné·e de Mediapart

Une théorie de la marche

Pour Jean-Paul Lefèvre  Je fus un jour invité à Porto Alegre par une chaîne de télévision à donner à deux professeurs d’université une interview qui restera à tout jamais gravée dans ma mémoire.J’avais bien entendu préparé tout ce qu’en matière de politique internationale, culturelle, un attaché d’ambassade peut servir de cuisine lors d’un tel repas.J’avais tout envisagé, tout préconçu.J’avais été un idiot car la vie est fille du hasard.La première question posée par mon académique interlocuteur fut « Que préférez vous, la démarche des Françaises ou celle des Brésiliennes ? ».

Emmanuel Tugny
Ecrivain, musicien, chroniqueur. Né en 1968.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour Jean-Paul Lefèvre

Je fus un jour invité à Porto Alegre par une chaîne de télévision à donner à deux professeurs d’université une interview qui restera à tout jamais gravée dans ma mémoire.

J’avais bien entendu préparé tout ce qu’en matière de politique internationale, culturelle, un attaché d’ambassade peut servir de cuisine lors d’un tel repas.

J’avais tout envisagé, tout préconçu.

J’avais été un idiot car la vie est fille du hasard.

La première question posée par mon académique interlocuteur fut « Que préférez vous, la démarche des Françaises ou celle des Brésiliennes ? ».

Je fus à la fois interloqué et séduit par cette question. C’est la vie qui frappait. La vie et son bras hasardeux.

Je répondis que tout dépendait de la vitesse à laquelle on suivait la dame marchant, j’eus ce réflexe, peu importe.

Aujourd’hui, parvenu en Russie, je veux comprendre la question de mon docte intervieweur.

En effet, une ville, c’est d’abord, sans doute, une démarche et son désir, la conjonction étrange du passage et du regard que sur ce passage porte le désir.

Je ne sais si je préfère la démarche de la passante de France, du Brésil ou de Russie. Je maintiens que tout dépend de la course du désir derrière la démarche.

Je sais seulement que ces démarches définissent une vérité permanente de l’espace en tant que, loin de se contenter de s’y promener, elles en émanent comme la roche des bouillonnements du sous-sol, l’architecture de la roche.

La démarche est une floraison de la rue, elle ne vaut pas tant comme mouvement que comme signalement de la permanence, sous le mouvement, d’une fixité, celle de l’avenue, de la ville, de ce dont elles émanent : la « lave » politique, sociale, historique.

A Paris, si je m’attable, je vois que des dames marchent ou courent avec certitude, qu’elles vont leur chemin vers un but qu’une raison folle a rendu sûr. Qu’elles marchent ou courent vers un point peut-être sûr qui rend presque accessoire le chemin.

A Porto Alegre, si je m’attable, je vois sinuer et bondir, « samber », la marche ou la course de dames sur un chemin qui vaut pour lui-même puisque l’incertitude de la voie rend le but presque accessoire.

A Ekaterinbourg, si je m’attable, je ne vois ni marche ni course mais la séduction de la légèreté toujours chorégraphiée de celles pour qui le ciel et la terre se sont fondus en une nue belle et dangereuse.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte