Emmanuel Tugny
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Billet de blog 23 mai 2011

Biennale Boltanski

[Archives] Plus s'accumule le nom plus se dit l'absence du nommé. Le nom est le vicaire de ce qu'il nomme. Plus s'accumulent les identités plus se dit l'absence du sujet. L'identité est vicaire du sujet. Plus s'accumulent les phénomènes plus se dit en le sujet l'absence de leur ordre.

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Plus s'accumule le nom plus se dit l'absence du nommé. Le nom est le vicaire de ce qu'il nomme.

Plus s'accumulent les identités plus se dit l'absence du sujet. L'identité est vicaire du sujet.

Plus s'accumulent les phénomènes plus se dit en le sujet l'absence de leur ordre.

L'amas du monde est signalement d'un néant. Le tas est produit du creux. Il n'y a de matière de vie, de jour, qu'à l'appendice d'une nuit.

C'est l'enseignement du « passage » : ce qui fait physique est ce qui demeure, inane, d'une entrée en vérité. En vérité de nuit. La matière est mémoire de ce qui est toujours à venir. La matière est mémoire de ce qui fut toujours à venir. La matière est la source intarissable d'une nostalgie de la coïncidence furtive du signe et du signalé, de l'animé et de la vie. Du lumineux et du jour.

Voici ce que, patiemment, opiniâtrement, en tous lieux, nous dit l'œuvre de Christian Boltanski, le représentant français de la 54ème Biennale de Venise qui ouvrira ses portes le 4 juin 2011. Plus radicale, plus abrupte, plus âpre et partant plus pédagogique que celles qui empruntent le même cheminement démonstratif, l'œuvre est celle d'un artiste qui, quoiqu'il ne peigne plus, se définit comme « peintre », c'est-à-dire comme « celui qui peint », qui dépeint, qui déplie, qui « explique », qui dit quelque chose depuis les formes qui ne valent pour elles-mêmes qu'en tant qu'elles se disent, qu'elles se disent animation vaine d'une absence tutélaire, viduité, célibat.

Nul doute qu'au champ munificent, qu'au cœur de l'encaissement formel épuisant d'une Biennale comme celle de Venise, l'œuvre présentée au pavillon français n'exerce un étrange pouvoir de contamination. Le contraire ne se peut pas.

L'entassement fou de formes aux Giardini, à l'Arsenale, dans son entier, ne pourra pas échapper à la critique qui nourrit l'œuvre de Christian Boltanski : l'accumulation des formes signale l'absence de ce qu'elles nomment.

L'art n'ajoute pas au monde, il en dit l'inatteignable. L'art n'est pas à soi seul le monde, il consacre du monde l'inaccessible autorité d'absent.Il est des œuvres dont la parole vaut pour toutes les œuvres, vaut pour l'œuvre comme condition de l'être au monde, l'œuvre de Christian Boltanski est de celles-là, comme celles de Caravaggio, de Courbet, de Malevitch, de Mondrian, de Duchamp, de Klein, de Beuys, de Soulages...

Ces œuvres sont conditions d'un regard, elles soumettent toutes les œuvres à la singularité contaminante d'un regard.

L'œuvre de Christian Boltanski dira de la 54ème Biennale de Venise qu'elle n'est au fond qu'un nouvel et bel essai de comblement inquiet, qu'une nouvelle et belle parade tonitruante des oripeaux du vide.

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