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Billet de blog 28 juil. 2020

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Vite, endiguons la casse sociale ! Une tribune des dockers du port de Saint-Malo

Le 24 Juin 2020, La société «Saint-Malo Manutention» (SMM) qui emploie l'ensemble de la main-d’œuvre docker du port de Saint-Malo a été placée en liquidation judiciaire sans poursuite d'activité par le Tribunal de Commerce de Saint-Brieuc, abandonnant 32 dockers et leurs familles à l’angoisse et à la précarité.

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Cette conclusion, socialement cruelle et injuste, fait suite à trois années de procédure au cours desquelles le syndicat CGT des ouvriers dockers du port de Saint-Malo et les dockers eux-mêmes ont en permanence œuvré dans l’intérêt du port et du respect de leur corps de métier, de ses exigences, de ses qualifications particulières, reconnues par l’ensemble du secteur d’activité maritime.

Un accord avait même été conclu le 8 Mars 2019 entre les actionnaires de la société, les opérateurs du port de Saint-Malo (Timac, Brittany Ferries, Morvan, Amm, Bolloré) et le Syndicat.

Cet accord, faute d’une implication suffisante de la part des dirigeants de la société, n'a jamais été mis en place et n’a donc jamais été appliqué.

« Saint-Malo Manutention », société créée à la suite de la réforme portuaire de 1992, avait pour but de mutualiser la main d’œuvre docker du port de Saint-Malo et par conséquent d’en mutualiser les coûts.

À aucun moment SMM n'avait fait sien un objectif d'expansion commerciale : elle avait pour seule ambition l’organisation de la manutention opérée par les dockers sur le port.

Les dockers ne sont en aucune façon responsables du revirement de position des manutentionnaires, qui ont, le 24 Juin 2020, décidé que l'organisation de la main-d’œuvre docker, de la manutention réalisée par ces professionnels qualifiés et soumis à de nombreuses astreintes, ne leur convenait plus, quelque 26 ans après sa création.

Nous, ouvriers dockers de Saint-Malo, en sommes abasourdis et scandalisés.

Nous sommes attachés à notre métier, à sa dignité, à ses hautes exigences spécifiques.

Nous sommes attachés à notre port et à ces valeurs qui nous ont incités, quand la crise de Covid-19 parcourait la planète, à exercer notre profession en chargeant et en déchargeant des navires afin de pallier à notre mesure le ralentissement de l’économie réelle.

Nous sommes fiers d’être de ceux que les médias et les réseaux sociaux ont appelé les « travailleurs de l'ombre », au même titre que nombre de salariés et de catégories professionnelles.

Nous n’avons pas renoncé à servir, en dépit des conditions sanitaires délicates, liées à la nature même de notre métier et à la difficulté d'approvisionnement en masques et en gel hydroalcoolique que nous avons affrontée par surcroît au début de la crise.

Depuis lors, le Syndicat CGT des Ouvriers dockers du port de Saint-Malo n'a eu de cesse de demander à de très nombreuses reprises à rencontrer les manutentionnaires du port afin d'engager un dialogue social constructif pour l'avenir des dockers du port de Saint-Malo et du port de Saint-Malo conçu dans son ensemble.

Avec le soutien de la Fédération nationale des ports et docks CGT et des camarades des ports français, un début de processus de transition permettant un dialogue social et des négociations a été enclenché suite à de nombreuses réunions près la sous-préfecture de Saint-Malo.

Pourtant, en contravention de l’accord trouvé, les manutentionnaires, qui, manifestement, ne se sont pas entendus a posteriori sur le sujet, ont par leurs agissements rompu le processus de transition imaginé.

C’est ainsi que les ouvriers dockers du port de Saint-Malo ne sont plus en mesure d’exécuter les opérations de chargement et de déchargement qui lui ressortissent de par la loi.

En conséquence, aucun navire ne peut plus être désormais déchargé sur le port, malgré la volonté du syndicat et des dockers d’œuvrer en ce sens.

Le Syndicat et les dockers refusent toujours, obstinément, ces licenciements : nous refusons que nos familles se voient plongées dans la précarité et les lendemains incertains au profit des intérêts de cette basse finance à qui la réalité humaine des métiers semble décidément échapper !

Nous ne nous résignons pas, soutenus par le Syndicat CGT des ouvriers dockers du port de Saint-Malo, à nous voir humiliés, à faire office de variable d’ajustement économique pour des manutentionnaires toujours plus voraces et que la crise que nous venons de traverser rend plus brutaux que jamais.

Nous réaffirmons ici que l’endiguement de la férocité sociale de ceux qui n’ont en vue que le profit immédiat et qui vont exciper des conséquences de la crise pour radicaliser leurs positions, en passe par la réaction solidaire de tous les travailleurs et de toutes les branches d’activité.

À notre échelle, nous exigeons la reprise d’un dialogue social sincère au sein du port de Saint-Malo.

Nous exigeons qu’y soit maintenus l'emploi et les acquis sociaux des 32 dockers concernés, nous exigeons qu’y soient appliquées les lois et les bonnes pratiques à l’œuvre dans les ports français respectueux de la condition ouvrière.

Contact des dockers malouins : dockerportsaintmalo@orange.fr

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