La réaction vaincra

Prétendre que les candidats déclarés ou possibles à l'élection présidentielle 2012 qui ressortissent au camp des "partis de gouvernement" ont des approches analogues de la donne politiquement maniable, du matériau à travailler une fois la victoire remportée, c'est assurément faire fausse route.

Prétendre que les candidats déclarés ou possibles à l'élection présidentielle 2012 qui ressortissent au camp des "partis de gouvernement" ont des approches analogues de la donne politiquement maniable, du matériau à travailler une fois la victoire remportée, c'est assurément faire fausse route.

Il y a bien en Pays de France une gauche et une droite de gouvernement.

4_aout.jpg

Il y a en Pays de France une gauche de gouvernement dont le projet consiste au fond en une tentative d'atténuation de logiques mondialisées en proie au règne démocratiquement admis d'un individu ploutocratique, saisi d'une névrose commune de définition par le gain propre, d'un individu en repli sur soi que définit, protège ( et en quelque sorte nomme et qualifie) non seulement la valeur ajoutée qu'il dégage pour soi, son « gagner plus », mais encore, au second degré, ou en-deçà, la valeur de cette valeur, c'est-à-dire le prix de la masse financière générée pour soi.

« Je suis ce que je gagne », dit l'époque. Je suis aussi le prix du prix du prix de ce que je gagne.

Je suis l'intérêt de ce que je gagne.

Le projet de la gauche de gouvernement consiste fondamentalement à actionner une pédale de frein doux. Il consiste à promouvoir l'idée selon laquelle les logiques collectives sont également possiblement qualifiantes, l'idée selon laquelle il « fut un temps où ». Un temps où le retour du dynamisme individuel sur la Cité la conduisait tout entière vers une croissance « juste » au sens où « juste » signifie « identique pour tous ».

La gauche de gouvernement est en réaction.

Elle ne pense pas hors de la maladie du temps, elle ne s'en affranchit pas, ne fût-ce qu'en pensée. Elle ne prétend pas repenser la Cité, elle prétend émollier son solipsisme, la rendre plus dialectique, lui remettre en mémoire un « temps où », la conduire à se définir contradictoirement pour être moins brutale, moins tyrannique, moins infantile, moins au-delà du bien et du mal, moins assujettie à une logique dogmatique de vouloir-vivre ou du « vouloir-se-vivre comme intérêt ».

La gauche de gouvernement est en réaction.

Elle ne refondera pas, elle ne fondera point. Elle constate un malheur et à bon droit le souhaite moindre.

Elle a consenti à ce que le malheur fût un « Réel », elle a au malheur la relation du sujet au Réel. Elle y réagit. Elle n'a pas l'outrecuidance de regarder l'idée, la réalité qui en sourd, où le Réel « a lieu ».

Elle est en réaction.

Elle ne construit pas, elle réagit.

Il y a aussi en Pays de France une droite de gouvernement dont le projet consiste à la racine en une tentative épuisante de conservation de logiques mondialisées en proie au règne démocratiquement admis d'un individu ploutocratique, saisi d'une névrose commune, etc.

Le projet de la droite de gouvernement consiste à définir aux forceps les conditions de pérennité d'un système dont le caractère irréfragable de facteur du bonheur collectif tend pourtant à prendre un terrible plomb dans l'aile. Il consiste à suer sang et eau pour convaincre que les logiques collectives sont secondes et produites par la croissance radicale de l'individu-intérêt, l'idée selon laquelle il « sera un temps où ». Un temps où le dynamisme individuel au sein de la Cité la conduira tout entière vers une croissance « juste » au sens où « juste » signifie « congruente à l'effort singulier produit ».

La droite de gouvernement est en réaction.

Elle ne pense pas la maladie du temps comme telle, elle ne s'en affranchit donc pas. Elle formule l'hypothèse de la fièvre salutaire. Elle ne prétend pas repenser la Cité, elle prétend penser les conditions contemporaines de prospérité de son solipsisme, lui désigner la belle téléologie du « temps où », la conduire à tenir bon la barre d'une logique eudémologique de vouloir-vivre ou du « vouloir-se vivre comme intérêt » dont la fin est un bonheur partagé.

La droite de gouvernement est en réaction.

Elle ne refondera pas, elle ne fondera point. Elle constate un malheur et à bon droit le souhaite temporaire et le tient presque pour un moindre mal.

Elle a fait du malheur un « Réel », elle a au malheur la relation du sujet au Réel. Elle y réagit. Elle n'a pas l'outrecuidance de regarder l'idée, la réalité qui en sourd, où ce Réel, dont elle a assuré l'épiphanie, « a lieu ».

Elle dit le vrai : elle sauve le vrai...

Elle est en réaction.

Elle a construit, elle contient.

Elle réagit.

Il y aura bien, en Pays de France, une gauche et une droite de gouvernement aux prises, à l'occasion des élections présidentielles 2012 ; et ces deux camps ne sont nullement le même.

Ils ne partagent au fond qu'un trait consistant : aucun d'eux ne se constitue en instance d'invention politique, aucun d'eux ne pense le devenir collectif depuis une refondation, depuis une contestation démocratique, républicaine, humaniste, écologique, du caractère indépassable de l'individualisme d'intérêt.

Gouverner, c'est aujourd'hui réagir.

Que la gauche ou la droite l'emporte en 2012, au sens strict -et même peut-être au sens de la psychanalyse-, la réaction l'emportera.

Or, y a-t-il une fatalité à ce que l'objet de cette réaction soit ?

N'est-ce pas le nerf et la dignité du politique que l'invention permanente de « fatalités relatives »... ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.