Bernadette Février : la quadrature du rêve

Quoi de plus simple que d'opposer comme devant s'affronter, à l'entier bénéfice du néant, les poussées philosophiquement adverses de l'Idée, du rêve du monde sur le monde, du fantasme, de la vision, de la prière, de leur énergie propre, de leur virtù, sur un espace domestiqué dans l'a priori de sa ductilité et de cet espace, rétif, sauvage, frondeur, aporie erratique et mouvante d'un « système du rêve » ?

Quoi de plus simple que d'opposer comme devant s'affronter, à l'entier bénéfice du néant, les poussées philosophiquement adverses de l'Idée, du rêve du monde sur le monde, du fantasme, de la vision, de la prière, de leur énergie propre, de leur virtù, sur un espace domestiqué dans l'a priori de sa ductilité et de cet espace, rétif, sauvage, frondeur, aporie erratique et mouvante d'un « système du rêve » ?

 

L'apparente fixité des propositions gisantes de l'oeuvre de Bernadette Février marque sans doute une victoire du cadre sur l'abondance torrentueuse des rêves : rêve endogène, sémantique intime, teratologie d'un noir rideau d'enfant la nuit mais rêve culturel, humaniste, flux digéré des imageries ancienne et moderne, maçonneries d'enluminures vues, anagogie aux vitraux qui disent, déjà, l'essentiel.

 

 

Car le vitrail, dont Bernadette Février vole volontiers la gamme couleur de jour, est un encadrement du songe sans solution de songe, une syntaxe du rêve dans quoi respire le rêve et s'évade, une coupe ossue dont s'extravase l'essence céleste captive.
L'opposition simple des ordres le cède alors à leur complexe complicité.

 

 

Cest que la fixité est ici la résultante minée d'une psychomachie en cours : qu'on y prête attention et le trait s'affole, le plan s'évase, le pan déchiré bave, de l'hiératique en stuc des belles têtes coule une larme, des oeils des masques sourd la poudre qu'on respire, le pied est collé sur un doute, la bouche ouvre sur deux gestes peints ennemis également abandonnés; sous les os, qui font un grand front courageux, vit la blancheur de toute couleur courant, les chairs sont des eaux claires sous quoi bougent le vent et ses dunes, le monstre est un chapitre du vent.

 

 

La vie du rêve perce comme un jour sous son système. Cette peinture-là n'est pas en butte à l'ubris par lequel on machine de la vie éternelle. Elle veut dire l'échappement éternel de la vie à la forme. L'Art peut bien procéder d'une volonté de mise au pas d'un néant impétueux; il peut bien être facteur de mort en tant que facteur de nombre; mais le nombre, l'harmonie, alors, sont, volens nolens, en retour, vecteurs d'accès à une liberté supérieure, à une supériorité libre du vivant qui est sans cause, sans ordre et sans fin. L'acte de peindre est ici tension épiphanique assumée et domptée : il se fait continent processus de révélation d'un éternel devenir, il arrête le regard sur l'étape d'une figure pour l'inviter à emprunter, avec elle, le grand chemin qui la dissout.
Il refuse, pour s'anéantir, de s'anéantir.

 

 

Quelques vagues traits de vague et d'oiseaux, en somme, ici, balaient la mer et le ciel comme des cordes lancées pour qu'on y passe. Le peintre peint les dormeurs immobiles en quoi respirent, à leur main inconnue, des mondes. 

 

 

Loin de lui l'idée de conférer l'éternité à ce qui n'est pas forme mais mouvement, présence mais devenir.

 

 

Il est le passeur dont l'impuissance à faire le temps, aliénée dans des formes du temps, désigne le temps.

 

 

 

Site de Bernadette Février : http://www.bernadette-fevrier.com/

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