Des éléments de langage du discours Sarkozien

Sarkozy est tellement prévisible que lorsqu’il va passer à la télé, avant même de l’entendre, on sait parfaitement tout ce qu’il va dire, les airs qu’il va prendre, et les rictus qui vont apparaître sur son visage à l’évocation de certaines actualités.

En fait, il est exactement comme un acteur, dans un film que l’on a déjà-vu.

 

D’ailleurs sa propre conception de la fonction présidentielle n’est pas éloignée du 7ème art. Il l’a reconnu implicitement devant Pujadas hier soir, avec cette phrase qui aurait pu faire date si nos amis les journalistes n’étaient pas sourds et muets : «le public est de plus en plus exigeant ! » a déclaré notre président à propos de son rôle de… Président !

Oui, c’est énorme, mais personne n’a relevé le dérapage sémantique.

Je vous assure, je n’invente rien, réécoutez donc son intervention télévisée sur France 2 et parmi les chiffres nombreux, et l’enfumage épais, il y a bien cette petite phrase dans laquelle il a employé le mot « public » à la place de celui d’électeur ou de citoyen, ce qui vous en conviendrez en dit long sur la conception qu’il se fait du pouvoir et confirme au passage sa réputation bling bling. Pour Sarkozy le peuple n’est donc qu’un « public » qu’il faut satisfaire par des bonnes répliques, et non pas un acteur du jeu démocratique. Puisque de toute façon, le seul acteur c’est lui.

 

Sur la mise en scène du discours, on remarquera surtout que David Pujadas n’a même pas pris le soin de lui parler de l’essentiel. Les 150000 euros remis en cash à Monsieur Woerth.

 

Peut-être a t'il jugé qu’il s’agissait d’un détail. Tout juste à t’on évoqué le cas du Président, qui, comme on le sait, à fait l’objet des fameuses rétractations.

Est ce que je suis mis en cause ? Peut maintenant demander Sarkozy avec l’aplomb d’un innocent ? Merci monsieur le procureur qui a envoyé la police judiciaire chez le témoin, pour obtenir ces rétractations tard dans la nuit… Là encore, Pujadas muet comme une carpe ne pose pas la questionqui fâche : est ce que interroger un témoin de nuit, sans son avocat c’est pas un peu, comment dire ? Lui mettre « la pression ? » comme à clairement déploré son avocat, maître Gillot.

 

Le procureur ? Un homme honnête et intègre. On n’en doute pas une seconde, le président ne lui aurait pas remis la médaille du mérite s’il ne l’était pas. Mais quand Sarkozy passe dix minutes à nous expliquer que Philippe Courroye est un procureur hors pair, et qu’il nous sort même le pedigree du juge, il en fait certainement un peu trop, et donc ça perd un peu en crédibilité…

 

Finalement, Monsieur Pujadas qui est lui aussi un acteur,mais de second rôle, se contentant d’acquiescer et de poser des questions très « dans le script » en simple faire valoir, laisse Monsieur Sarkozy enfoncer le clou : Comme par hasard c’est au moment où on s’occupe des retraites qu’on reproche à Monsieur Woerth un conflit d’intérêt alors qu’il est trésorier depuis un moment…d’indigne le président.

 

Très habile, Sarkozy omet de préciser que si l’on en parle maintenant justement, c’est qu’on vient de découvrir certains… enregistrements, dans lesquels il est notamment question de… Monsieur Woerth et de sa femme…D’ailleurs, ça tombe bien, on les a totalement zappé ces enregistrements, et du coup, on se dit que Nicolas Sarkozy a un peu raison : C’est à cause des retraites qu’on embête monsieur Woerth ! A coup sûr ! Et si le Marjordome de Madame Bettencourt a planqué un dictaphone sous le tapis de bridge de sa patronne, c'est sans doute pour faire capoter la loi sur les retraites et éviter ainsi de travailler deux ans de plus...

 

« Des officines » La thèse du complot, on le remarque, lorsqu’ elle discrédite une vérité officielle, est le fait d’hurluberlus conspirationnistes, mais quand c’est le président lui même qui l’évoque, devient vérité. C’est vrai que s’il y en a bien un qui s’y connaît en matière d’officine, c’est l’ancien ministre de l’intérieur.

 

En gros cette affaire Bettencourt, c’est Clearstream. Nous dit le Président. L’art de la simplification Sarkozyienne. « plus le mensonge est gros, plus il passe » comme disait Goebbels. On le sait, c'est dans les vieilles casseroles qu'on fait la meilleur cuisine. N. Sarkozy omet donc soigneusement de préciser qu’a la différence de Clearstream, dans l’affaire Bettencourt, il y a bien des enregistrements et des témoignages ; autrement dit des preuves et non pas des rumeurs et des faux listing ! Sarkozy ment donc ouvertement mais Pujadas, servile, évite soigneusement de lui faire remarquer.

 

« Méthodes de fascistes » : est ce que Sarkozy confirme ces propos tenus par son camp à l’encontre de la presse ? Que né ni, il laisse les autres faire le sale boulôt et joue le rôle du président au-dessus des querelles…

 

-Vous savez Monsieur Pujadas ce n’est pas à moi de…( Dedescendre dans l’arène avec un croc de boucher ? )

 

Lapsus : Pujadas fera tout de même remarquer à sa majesté que son mandat ne s’est pas vraiment passé comme prévu… « C’est vrai que rien ne s’est passé… » (sic)

 

Ouf, Sarko, laisse mourir la fin de sa phrase dans le vide…On a cru qu’il allait enfin dire une vérité. Mais non. il se reprend au dernier moment, en assurant in extremis qu’il y a bien un pilote dans l’avion !

 

PS : Puisque Sarkozy à réussit à citer une phrase de Saint Just dans son discours, ce qui est quand même un comble, rendons à Saint Just ce qui est à Saint Just : « le plus grand ennemi du peuple, c’est son gouvernement » disait aussi le révolutionnaire. Celle là, à coup sûr, Nicolas Sarkozy l'a gardé pour lui.

 

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