Marée Woerth, l'UMP a du mal à colmater les fuites

Le point commun entre BP et l’UMP ? Une histoire de fuite. Et conséquemment une chute vertigineuse. Pour l’un à la bourse, pour l’autre dans les sondages. Le crédit de l’UMP a pris un sérieux coup avec l’affaire Woerth, parce que justement on aurait pu en rester à une affaire Woerth, si l’actuel ministre du travail avait aussitôt démissionné. Au lieu de ça, on est passé à une affaire Bettencourt, qui ne cesse de courir, tel un infatigable coureur de fond, ou, les aiguilles de la Patek Philippe de Nicolas Sarkozy, qui n’a pas besoin ni d’être remontée, ni de batterie, puisqu’elle est automatique.

Lorsqu’on sème l’injustice, on récolte la justice. C’est peut-être de ce paradoxe que Nicolas Sarkozy sera victime. Et si ce n’est qu’une question de temps, le temps est relatif comme l’a montré Einstein, et parfois il s’accélère.

Jusqu’ici Bernard Tapie à été le seul homme politique d’envergure à connaître une véritable disgrâce. Le seul en effet à s’arrêter vraiment sur la case prison, après avoir été passé au rouleau compresseur médiatique. Certainement, parce que l’ancien patron d’Addidas et président de l’OM, avait mélangé dangereusement affaires et politique ; mais aussi parce qu’il ne venait pas du sérail. C’était autrement dit « un arriviste » dans le domaine politique. Pour cette raison, n’ayant pas fait l’ENA, ni Polytechnique, n’étant pas un grand bourgeois, il n’a pu compter sur le soutien de ces pairs, ces hommes d’honneurs ; si ce n’est sur celui de son parrain, Mitterrand, qui a fini par le lâcher à la vindicte populaire.

Qu’en est-il de Nicolas Sarkozy ? Les similitudes entre les deux hommes politiques sont tellement flagrantes qu’il est difficile de ne pas opérer le rapprochement. Goût de l’argent, proximité avec les milieux d’affaires, sens de la formule et penchant naturel pour le populisme ; tous les deux sont des passionnés de sport et de football en particulier. L’un a choisi la Droite, puisqu’il est né dans un milieu bourgeois, dans un hôtel particulier de Neuilly. L’autre, la Gauche, puisqu’il s’est fait tout seul. Jamais aucun homme politique n’avait su susciter autant la passion des médias que Bernard Tapie, force est de constater que son digne successeur en la matière se nomme Nicolas Sarkozy.

Le fils d’immigré Hongrois, élevé dans des draps de soie, connaîtra-t-il le même destin que le fils de chauffagiste autodidacte ? La question n’a jamais été autant d’actualité, tant les affaires à répétitions viennent rattraper celui qui a été élu sur la promesse d’une République irréprochable.

« Qui est fait par les médias, périra par les Médias » pourrait dire un adage qui n’existe pas, mais qui décrit néanmoins cette faculté qu’on les médias de gonfler des ballons de foire et de les descendre une fois qu’ils ont atteint leur Zénith.

Sarkozy est-il du sérail ?

Nicolas Sarkozy est avocat, il n’est ni Enarque, ni Polytechnicien. Ce qui lui a servi, c’est avant tout son intelligence et ce don pour cultiver les contacts avec les puissants de ce monde. Incontestablement il a fait gagner la droite et lui a donné le semblant d’un nouveau souffle. Cependant, il ne vient pas d’une grande famille catholique ou protestante, c’est un fils d’immigré, d’origine juive…Ici encore le clivage paraît important, car si le succès peut tout se permettre, dans la défaite, les choses deviennent plus compliquées, et les alliances qui jadis étaient solides comme le roc, s’effritent comme un biscuit.

Sarkozy sera-t-il lâché par ses pairs ?

Rien n’est sûr pour le moment. Ci ce n’est que son obstination à ne pas lâcher du lest est en train d’emmener tout le monde vers le fond. Sarkozy semble enfermé dans son bunker et ses principaux collaborateurs lui font certes encore totalement confiance, mais qu’en sera-t-il quand ils s’apercevront que le chef qui les a autrefois fait gagner, les mène cette fois à une inéluctable Bérézina, dont ils ne se remettront pas ?

De nombreux conflits d’intérêts.

Sur le plan des principes, il n’est pas sûr non plus que l’ensemble de la droite républicaine française, s’accommode du mensonge et du déshonneur consécutifs, qui semblent être le prix à payer pour desserrer l’étau qui se resserre chaque jour un peu plus sur le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

Il y a comme une pression, et à mesure que la profondeur augmente, elle s’accentue. Et ce sont les lois physiques qui nous en disent encore un peu plus sur l’avenir de Nicolas Sarkozy. Normalement, plus la pression augmente, plus les fuites sont importantes.

La nouvelle affaire de la vente de 57 hectares de forêts à un prix bien en dessous du marché par Eric Woerth, au dirigeant de France Galop, association dont la femme du ministre fait partie, est une illustration supplémentaire de ce que risque de devenir le quotidien du gouvernement.

De là à dire que ça finira avec du goudron et des plumes…

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