Une République ploutocratique

Alors que la France avait déjà la réputation d’un pays de grévistes à l’étranger, image qu’est venu parfaire le fiasco ultra médiatisé de notre équipe de foot en Afrique du Sud, il faudra désormais compter avec une étiquette supplémentaire : celui d’un pays corrompu, ou des hommes politiques peu recommandables prospèrent en toute impunité.

Il ne se passe pas un jour en effet, sans qu’un nouveau mensonge de la part de nos hommes politiques, ne soit débusqué dans l’affaire Bettencourt, et aussitôt relayé dans la presse internationale.

Si les membres de l’UMP ont été les premiers à stigmatiser le comportement des bleus pendant la coupe du monde, l’affaire Bettencourt, et les mensonges patents rabattus par nos hommes politiques au fil des jours, sous les yeux du monde entier, auront durablement fait gagner à la France ses galons de pays de menteurs.

La grande distribution des légions d’honneurs et autres médailles à ceux grâce à qui le mensonge est diffusé sur les ondes , venant compléter le tableau.

Sur les plages de Rio de Janeiro et partout à la surface du globe où vous irez, on ne vous serinera plus avec Zidane ou Jacques Chirac, un grand sourire en coin ; on évitera simplement de vous parler de Ribery et de Sarkozy pour ne pas remuer le couteau dans la plaie.

Et sous la terre, De Gaulle doit se retourner dans sa tombe en observant ses soi-disant fils spirituels, engagés avec tant de désinvolture et de mépris sur la voie du déshonneur.

Ses enfants prodigues et non pas prodiges, ont pris les rênes d’une « République » où le mensonge a été érigé en valeur suprême à la place de la vérité. Et ce, au vu et au su de tous, face à une Justice impuissante ou corrompue, elle aussi. Une « République » où le déshonneur a d’ailleurs remplacé l’honneur, et dans laquelle le mot « vertu » ne signifie plus rien.

Une « démocratie » qui est de fait réduite à l’état de ploutocratie.

Du grec ploutos, qui signifie richesse et kratos, qui signifie pouvoir. Il s’agit d’un système de gouvernement où l’argent constitue la base principale du pouvoir et par lequel une élite maintient un statut quo social pour conserver ses privilèges.

Cette ploutocratie est jugée par certains comme « un argument » dans le débat politique, plutôt qu’une réalité concrète. Mais ceci est encore un élément de langage de ceux qui ont le pouvoir, pour faire durer le plus longtemps possible l’illusion du leurre démocratique.

Ceux qui en doutaient encore en ont une confirmation avec l’affaire Bettencourt : il n’y a en France ni « démocratie », ni « république », ni « Etat de droit », mais bien un pouvoir oligarchique qui s’assume de mieux en mieux à mesure qu’il n’est jamais contesté sérieusement.

Nicolas Sarkozy est d’ailleurs très certainement le premier homme politique à avoir compris que l’on pouvait tout se permettre pourvu que l’on maîtrise les sacro-saints médias.

Dans ces conditions, le vote ne sert à rien d’autre qu’à donner aux citoyens l’illusion qu’ils participent. Tout comme les manifestations leur donnent l’illusion qu’ils contestent. D’ailleurs, dans son dernier discours télévisé, Nicolas Sarkozy n’a même pas pris la peine de feindre craindre un soulèvement populaire tellement il est assuré de son pouvoir.

Le pire, c’est qu’il a certainement raison. Il n’a rien à craindre, ni des juges, ni du peuple. Et le peuple Français justement, n’a peut-être que le gouvernement qu’il mérite. Il est certes dans la situation d’un cheval harnaché, mais jamais il ne rue au-delà de ce qui est autorisé.

Chacun est occupé à ses petits problèmes. Et si l’égoïsme et le mensonge règnent dans notre société, il n’y a pas de raisons que ces « anti-valeurs » ne siègent pas aussi à L’Elysée.

Aujourd’hui, force est de constater que ceux qui veulent changer les choses, ou parlent de politique avec trop de sérieux, sont moqués pour leur idéalisme, ou passent pour des hurluberlus…

Et les intellectuels en vue, Les BHL, Finkielkraut & co, se gardent bien de critiquer le pouvoir ou d’écrire des pamphlets à l’encontre de nos néo despotes. Eux aussi préfèrent s’asseoir avec les riches et se gaver au banquet de la « République » plutôt que de montrer qu’ils sont des hommes libres.

Suis-je réactionnaire pour écrire des choses pareilles ? J’aimerais bien avoir votre avis sur la question.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.