L’arthrose, bientôt une maladie orpheline?

L’arthrose est une maladie très fréquente, touchant plus de 10 millions de personnes dans notre pays. C’est la 2ème cause d’invalidité en France. Comment une maladie aussi fréquente, si souvent douloureuse et handicapante, peut-elle devenir une maladie « orpheline » de traitements, qualificatif habituellement réservé aux maladies rares ?

L’arthrose est une maladie très fréquente, touchant plus de 10 millions de personnes dans notre pays. C’est la 2ème cause d’invalidité en France. Comment une maladie aussi fréquente, si souvent douloureuse et handicapante, peut-elle devenir une maladie « orpheline » de traitements, qualificatif habituellement réservé aux maladies rares ?

C’est en effet la question posée, suite au déremboursement des traitements de l’arthrose par voie orale et à la menace très récente de déremboursement des traitements par injections intra-articulaires d’acide hyaluronique dans l’arthrose du genou après l’avis négatif rendu le 5 novembre par la Commission Nationale d’Evaluation des Dispositifs Médicaux et des Technologies de Santé (CNEDIMTS), présidée par le Pr Jean Michel DUBERNARD.

L’arthrose est en effet une maladie d’une très grande fréquence qui touche plus de 10 millions d’habitants de ce pays. L’arthrose du genou en est la localisation la plus répandue, avec celle de la colonne vertébrale, devant l’arthrose des mains et des hanches. Il s’agit d’une affection potentiellement souvent invalidante, 2ème cause d’invalidité en France.

Comment une maladie aussi fréquente peut devenir une maladie orpheline, étiquette habituellement réservée aux maladies rares, sans traitement spécifique ?

Eh bien, précisément du fait que tous les traitements ayant montré une action sur les symptômes de l’arthrose risquent de disparaitre de la liste des spécialités ou dispositifs remboursés, au premier rang desquels les acides hyaluroniques, cela pour des motifs médicaux et pseudo-économiques parfaitement infondés et de très courtes vues de la part des autorités de Santé et de la ministre.

L’acide hyaluronique est naturellement présent en grande quantité dans l’articulation (dans le cartilage et dans le liquide articulaire). Sa concentration et sa qualité diminuent en cas d’arthrose.

Les injections d’acide hyaluronique dans l’articulation sont un traitement simple que peut réaliser annuellement un spécialiste, et qui permet dans de nombreux cas d’obtenir une amélioration de la douleur et du handicap suffisante pour que les patients n’aient pas besoin de consulter souvent leur médecin, ni de prendre des anti-inflammatoires ou des antalgiques opiacés pendant près d’un an (ou bien permettant de réduire la prise de ces médicaments). C’est aussi un traitement peu couteux : pour la sécurité sociale, il représente une dépense annuelle de 115,48 euro.

La suppression de leur remboursement conduirait les patients :

1/ soit à devoir prendre des anti-inflammatoires ou des antalgiques opiacés aux effets indésirables plus fréquents et dangereux, surtout chez des personnes âgées, souvent déjà très polymédicamentées. Ces médicaments sont potentiellement plus dangereux, leurs effets indésirables étant fréquents et multiples chez les personnes les plus âgées ou dépendantes. Ces effets, ont aussi leurs coûts, humains et économiques, notamment en termes d’hospitalisations.

2/ soit à se tourner vers la chirurgie prothétique, non dénuée de risque, pas toujours efficace (au moins 20 % d’échecs) et beaucoup plus couteuse pour la société. On estime le coût d’une prothèse totale de genou, quand il n’y a pas de complication,  à 11 500 euro ce qui, pour une durée de 10-12 ans, donne un coût de traitement annuel d’environ 900 à 1150 euro (soit 80-100 euro/mois contre un coût Sécurité Sociale de 115,48 euro pour un traitement annuel par acide hyaluronique, soit 9,62 euro/ mois).

De plus, augmenter le nombre de prothèses posées chez des patients plus jeunes conduirait aussi à augmenter le nombre de reprises de prothèses, 10-12 ans après la pose initiale, opérations encore plus aléatoires.

Nous avons la chance, pour le moment, grâce à une prise en charge véritablement médicale de l’arthrose, d’être un des pays industrialisés du monde et d’Europe ayant l’un des plus bas taux de prothèses de genou par 100 000 habitants : 106 à comparer au taux de 234,2 aux USA et à celui de 215,8 en Allemagne.

3/ soit enfin, les patients se tourneraient vers les « patamédecines », ou pseudo-médecines, très présentes sur internet, ou vers les multiples charlatans, ce qui n’est pas non plus sans coût médical ou social.

Nous contestons l’avis médical rendu par la CNEDIMTS et avons à cet effet publié (en ligne sur les sites de la Société Française de Rhumatologie et sur celui du Syndicat National des Médecins Rhumatologues, lien ici  http://snmr.org/fiches-pratiques.html) un argumentaire médical et scientifique contradictoire, les débats de la CNEDIMTS n’ayant en aucune façon été contradictoires.

Nous sommes aux cotés de dizaines de milliers de patients arthrosiques qui ont déjà signé la pétition contre le déremboursement des acides hyaluroniques, soit en ligne sur le site de l’AFLAR, soit dans les cabinets médicaux, ou bien encore qui se sont exprimés par des courriers directs à Madame Marisol TOURAINE, Ministre de la Santé et des Affaires Sociales, en charge de ce dossier.

Nous sommes aux cotés des patients quand ils refusent un déremboursement, source pour eux de difficultés pour se traiter, donc de douleurs et d’incapacité croissantes, au moment où une partie du gouvernement (le Premier Ministre et la Ministre déléguée chargée des Personnes Agées et de l'Autonomie, Madame Michèle DELAUNAY) met, à juste titre, l’accent sur la nécessaire lutte contre la dépendance pour maintenir les personnes âgées à domicile en toute autonomie, ce que souhaitent patients et familles.

Pour rester mobile et indépendant, pour pouvoir faire des exercices ou de la kinésithérapie et perdre du poids (ce qui fait indiscutablement partie des traitements de l’arthrose des genoux), il faut être capable de bouger, ce qui suppose d’être moins douloureux ou raide. Sans amélioration de la douleur, les traitements non médicamenteux de l’arthrose sont inapplicables.

Ils envoient les patients dans un mur et nous décrédibilisent en tant que praticiens, leur donnant souvent l’impression que nous ne prenons pas en compte leur souffrance, que nous sommes inefficaces et que l’arthrose, maladie si fréquente, devient une « maladie orpheline ».

Nous sommes aux côtés des patients pour refuser ce déremboursement, qui, après le déremboursement des médicaments anti-arthrosiques par voie orale, signifie une fois de plus, que seuls ceux  qui en ont les moyens financiers pourront avoir accès à ces traitements.

Nous pensons avec eux qu’il faut ne pas  avoir souffert de cette maladie qu’est l’arthrose, ou ne pas avoir de personne de son entourage concernée pour soutenir et prendre de telles mesures. Est-ce le cas des décisionnaires ? Considèrent-ils que les patients arthrosiques, trop nombreux, doivent être sacrifiés pour des raisons purement économiques à court terme ?

Un vent de fronde a commencé à se lever pour s’opposer à ces mesures, à ces menaces et à cette politique de court terme qui méprise les malades, en particulier les personnes les plus âgées de notre société.

Nous affirmons avec force que cette fronde est justifiée, et que le projet de déremboursement des traitements par acide hyaluronique est :

1/médicalement injustifié,

2/économiquement absurde et contre-productif. Il aboutira à des dépenses beaucoup plus importantes dans la prise en charge de l’arthrose par la collectivité.

3/et, enfin, socialement injuste, pénalisant comme toujours les patients les moins aisés.

Nous nous prononçons donc en conséquence pour le retrait de ces mesures ou menaces et pour le maintien du remboursement des traitements de l’arthrose, en particulier des injections d’acide hyaluronique dans l’arthrose du genou.

Docteurs Emmanuel Maheu, Cabinet Paris 11 et Hôpital Saint-Antoine et Hervé Bard, Cabinet Paris 07 et Hôpital Européen Georges Pompidou

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