Interdiction de manifester en solidarité avec Gaza. Une République Une et Indivisible ? Une démocratie à géométrie variable !

J’éprouve aujourd’hui un sentiment de dégoût et de honte à vivre dans un pays, où l’on ne peut manifester, à Paris, son soutien aux Palestiniens de Gaza bombardés, son opposition à la politique guerrière à courte vue de l’Etat d’Israël « l’Etat le plus fort de la région » (David Grossman - Libération 8/7/14), à l’opération de punition collective, d’humiliation, et de destruction massive, sans aucune autre vision politique que la violence, actuellement en cours.

Les gouvernements Israéliens « captifs du découragement », selon la juste formule de David Grossman (Libération 8/7/14), pour lesquels, vraisemblablement, toujours d’après Grossman, « l’espoir (s’est) transformé en un mot grossier, criminel, à peine moins dangereux que le mot « paix » ? »

343 tués à 4 (dont deux soldats) !  Tel est aujourd’hui le triste et totalement asymétrique bilan de cette « guerre ». Une majorité de vieux, de femmes, de jeunes et d’enfants parmi les tués palestiniens.

Un Etat qui se présente comme « humain » parce qu’il a la bonté de « prévenir » les habitants de Gaza qu’il va les bombarder et demande tout simplement à 100 000 habitants du Nord de la bande de Gaza de « quitter leurs maisons et d’aller se réfugier ». Où ça ?

On peut quitter sa maison, en famille, comme ça, sans nulle part où aller ?

Un Etat qui occupe depuis maintenant 47 ans, en toute illégalité, au regard du droit international des « Territoires », que l’on appelle  désormais « territoires occupés » comme si ce terme était devenu un nom de pays. Ce qui fait dire à l’ancien Président de la Knesset, Avraham Burg, par ailleurs membre actif de longue date du mouvement Israélien « La Paix Maintenant », dans un entretien au Monde hier : « Nous sommes encore l’occupant. Nous sommes dans une relation de maître et d’esclave.  … Nos dirigeants ont fait échouer les négociations, et cela a créé un vide dans lequel  les extrémistes s’engouffrent. » (Le Monde - 19/7/14)

Un Etat qui mène une politique coloniale sans aucun scrupule, fondée sur l’humiliation quotidienne, et qui n’a pas d’autre politique, y compris intérieure, que « le découragement » (D. Grossman), la guerre et d’emmurer sa propre population (cf. Les emmurés - S. Cypel, La Découverte 2006).

Un Etat et une armée qui depuis 12 jours bombardent, et maintenant mènent une « guerre » terrestre sur une bande de terre de 360 km², peuplée par 1,82 million d’êtres humains (4726 hab. / km² !), soit un territoire grand comme 3 fois et demi  Paris (105 km² ; 2845 hab. / km²).

Ce même Paris où par la décision de Mrs Cazeneuve, Valls et Hollande, tous, ministres et Président issus du Parti « Socialiste », soutenus en cette matière par le nouveau 1er Secrétaire du même Parti  « Socialiste », et ancien dirigeant Trotskyste (du Parti Communiste Internationaliste, je souligne) Jean-Christophe Cambadélis, on interdit de manifester contre cette politique et cette violence, pour la paix et le cessez le feu immédiat, pour qu’enfin la discussion, la négociation et la paix reprennent leurs droits.

Au nom de quoi ?

D’une prétendue « menace de troubles à l’ordre public » ! Quelles belles paroles, fleurant bon leur bonapartisme 2nd Empire. On se croirait revenu sous « Napoléon le Petit » (V. Hugo).

Voilà des « socialistes » qui n’auraient pas cillé devant le vote des « pouvoirs spéciaux » en Algérie le 12 mars 1956. Voilà des « socialistes » que Guy Mollet n’aurait pas détestés. Et nous voici revenu, près de 60 ans en arrière, à l’époque où pour le Parti Socialiste, pardon la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO), il était parfaitement normal de rester les colonisateurs de l’Algérie et de faire cesser par la force armée, la troupe, les gendarmes et les parachutistes, les « évènements » qui s’y déroulaient.

Voilà un Parti « Socialiste » où il ne se trouve que 6 députés sur 293 pour oser s’élever contre cet attentat à la démocratie.

Qu’il est loin le temps où Messieurs Valls et Cambadélis manifestaient contre l’Apartheid en Afrique du Sud, contre toute politique néo-coloniale, au Moyen-Orient et ailleurs, et contre l’impérialisme Britannique et son talon de fer en Irlande du Nord pendant la grève de la faim du militant Républicain Bobby Sands (mort le 5 mai 1981 !).

Qu’il est loin le temps des meetings de solidarité organisés par l’UNEF dont un certain Jean-Christophe Cambadélis fut un temps président et un certain Manuel Valls membre de la direction, alors pour le petit groupe des Jeunes Rocardiens. Qu’il est loin le temps où un certain François Hollande animait la section de l’UNEF-Renouveau de Science-Po ?

Aujourd’hui des milliers de Londoniens ont manifesté leur solidarité avec Gaza et les palestiniens bombardés. Aujourd’hui, à Londres, une députée du Parti Travailliste a fait siffler le gouvernement Français « socialiste » qui interdit qu’on manifeste à Paris.

Ainsi, à Paris,

Ne peut-on plus s’élever contre une politique coloniale ?

Ne peut-on plus protester contre des tueries d’innocents ?

Ne peut-on plus s’opposer à une politique d’humiliation qui ne fait que déchaîner toujours plus de passions et de haines, là-bas, ici, et dans de nombreuses parties du monde, sans rien résoudre des problèmes de la sécurité et de la qualité de vie des habitants d’Israël ou des territoires Palestiniens ?

Ne peut-on critiquer Israël, sans se voir qualifié d’antisémite ?

Ne peut-on manifester pour la paix et pour la recherche d’une solution durable acceptable par l’ensemble des citoyens concernés ? Ne peut-on exprimer son humanité, sa solidarité avec les victimes de cette véritable punition collective que subissent en ce moment les Gazaouis ?

Au nom de la menace à l’ordre public ?

Mais qui nourrit de telles menaces sinon ceux qui précisément, en n’étant pas du côté des victimes, des occupés, en affirmant le droit de l’occupant à toujours plus s’enfermer dans sa spirale de violence, de guerre et d’humiliation, ne font qu’alimenter le ressentiment, le sentiment d’humiliation, y compris vécu ici par certains de nos concitoyens ?

C’est bien précisément, en pratiquant toujours une politique de « deux poids, deux mesures », que l’on alimente encore une fois, la colère, le ressentiment, puis la haine, voire le racisme et l’antisémitisme, toutes choses inacceptables. C’est cette politique qui fait le lit des Imams et barbus de tous poils, prompts à endoctriner au nom d’un soi-disant Islam de la revanche et de l’intransigeance.

Nous avons maintenant le triste privilège d’être le seul pays à avoir interdit une manifestation d’expression de la solidarité à Gaza.

C’est l’atteinte à la démocratie, par cette interdiction, qui est fauteuse de menaces à l’ordre public, c’est-à-dire à la chose publique. Car précisément, ce que nous avons en commun, public, ce sont nos valeurs de démocratie, c’est-à-dire de défense inconditionnelle de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

L’interdiction faite ce jour de manifester, d’une manifestation initialement appelée par la plupart des organisations démocratiques et de défense des droits de l'homme, la mise dans la rue de centaine de policiers et CRS casqués, sur le pied de guerre, ceinturant les quartiers de la gare du Nord et de Barbès (photos) et empêchant d’entrer ou de sortir de ces quartiers constituent de véritables attentats et menaces à l’ordre public.

Et un déni majeur des valeurs Républicaines, Socialistes et Internationalistes. Sommes-nous au « pays des Droits de l’Homme » ? L’affirmation ne suffit pas, l’auto-proclamation et l’arrogance ne suffisent pas ! Il faut des faits, et force est de constater que ces droits de l’homme ont été bafoués aujourd’hui par les représentants d’un Parti qui prétendent nous donner des leçons et nous apprendre qui est Jaurès.

Mais Jaurès, ils l’assassinent quotidiennement par leur politique, et leurs manquements à la défense des valeurs de Liberté, d’égalité, d’être toujours du côté des plus faibles et de ceux qui souffrent, ce qui était le credo de Jaurès.

Il est temps de revenir à une véritable gauche, justement inspirée des idéaux de Jaurès, de Hugo, du Zola pro-Dreyfusard, et de tous ceux en France et ailleurs, qui ont toujours refusé l’humiliation, la colonisation et l’exploitation où que ce soit et pour quelque motif que ce soit. Il est temps, comme le dit si justement David Grossman, qui sait de quoi il parle, de « vaincre la pesanteur du découragement » !

 

Emmanuel Maheu, Médecin, Paris

Ancien Responsable National de la Fédération Nationale des Etudiants en Médecine-Santé de l’UNEF réunifiée.

Ancien secrétaire de la Section Socialiste du 4ème arrondissement de Paris.

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