Le droit et la théologie selon la Société Générale...

Ne pas attribuer à la malveillance ce qui s'explique si simplement par la stupidité et l'incompétence. C'est effectivement si vrai. Mais la malveillance se cerne, se combat, on peut s'en protéger. Alors que la stupidité et l'incompétence se présentent comme un puits sans fonds, plein de surprises sans cesse renouvelées devant lesquelles on se retrouve le plus souvent impuissants...

Cette histoire commence par un événement d'une infinie tristesse, qui m'affecte de plus en plus chaque jour qui passe, et dont je ne me remettrais jamais, le décès de ma fille aînée Cléo. J'en dis plus ici, mais ce n'est pas le propos de ce billet. Je voudrais aborder ici une mésaventure connexe, un point administratif (la fermeture de son compte en banque et son prêt étudiant), qui a maintenant pris une dimension kafkaïenne, sordide et indicible.

Je dois bien l'avouer, je suis totalement perdu sur la façon dont je dois avancer. Et je dois l'avouer également, cette situation dont je devrais raisonnablement et rationnellement me détacher tant elle est finalement anecdotique, m'affecte bien plus que je ne le n'ose le dire. J'ai donc pris la décision de la partager, non seulement l'exercice cathartique me fera sans doute bénéfique, mais je pense que mes lecteurs y trouveront quelques enseignements sur la nature humaine. Il y a je le reconnais une vraie difficulté à suivre le fil, pour qui n'a pas vécu et suivi ces dernières semaines et la plongée dans l'absurde et dans l'horrible. Pour la contourner, j'ai essayer de reconstituer un journal des évènements tels qu'ils se sont produits. Ce qui me permettra par ailleurs de tenir à jour ce billet, le complétant au fur et à mesure des prochains rebondissements (il y en aura soyez-en certains).

12 septembre 2019

Cléo avait un compte à la Société Générale (qui est aussi ma banque) et avait souscrit un prêt étudiant en 2016, sur lequel je m'étais porté caution, dont la première échéance de remboursement tombait le 20 octobre 2019. J'informe M. K (le directeur de mon agence), du décès de Cléo à Londres où elle était mariée et résidait, lui transmet le certificat de décès. Il me répond à ce moment que l'assurance va prendre en charge le prêt de Cléo.

29 septembre 2019

James, le mari de Cléo, transmet à nouveau ce certificat, ainsi qu'un courrier plus formel (en droit anglais il est le seul héritier et ayant-droit).

8 octobre 2019

M. K me confirme que l'information concernant le décès a bien été transmise et a été traitée par l'ensemble des services de la Société Générale. Il m'invite à patienter le temps que l'assurance prenne contact avec moi.

20 octobre 2019

James reçoit de la part du "Pôle Successions" une demande d'envoi du certificat de décès.

26 novembre 2019

Sans nouvelles depuis quelques semaines, je reçois un appel m'informant d'incidents de prélèvements concernant le prêt, sur le compte de Cléo. Je suis extrêmenent étonné et fais remarquer à mon interlocuteur qu'il y a une erreur (il ne devrait pas y avoir de prélèvements suite au décès), qui me le confirme et m'assure la corriger.

Ceci me rappelle que je n'ai encore aucune nouvelle de l'assurance, je les contacte donc : ils me demandent de renvoyer à nouveau le certificat de décès.

2 décembre 2019

Je reçois un courrier assez étonnant m'informant d'une prochaine inscription en Banque de France suite aux impayés liés à au prêt n°(numéro du prêt de Cléo), dont je suis l'emprunteur principal.

3 décembre 2019

James reçoit de la part du "Pôle Successions" une demande d'envoi du certificat de décès.

5 décembre 2019

Je reçois un courrier de Mme C. de l'assurance (donc 3 mois après avoir pris contact sur le sujet), m'informant que sans un certificat médical signé par un médecin français ayant constaté le décès, le dossier ne peut être pris en charge (rappel : Cléo était résidente londonnienne, mariée, décédée à Londres, et le certificat de décès signé par le coroner de Londres Est). 

6 décembre 2019

J'envoie un courrier à Mme C., puis l'appelle dans la foulée afin de lui demander de faire preuve de bon sens et de décence. Elle reconnaît l'incongruité de ses demandes, et me promet de me renvoyer un nouveau courrier précisant les documents pertinents dans le cas de Cléo.

J'envoie également à M. K un courrier de demandes d'explications sur une situation qui semble pour le moins confuse.

Un peu plus tard, je reçois un appel d’une personne se présentant comme Mme N. de Sogefinancement, qui indique pouvoir m’aider dans la confusion qui me semble régner à la Société Générale; elle se révèle extrêmement compatissante, et m'informe que le contrat de prêt de ma fille comprend un article qui me désigne automatiquement en tant qu’emprunteur principal en cas de décès ; cela m’étonne, mais je n’ai à ce moment aucune raison de ne pas faire confiance, je lui demande donc de me transmettre les différents éléments et lui indique m’en occuper dès réception.

Je reçois alors de sa part un email extrêmement étrange : uniquement une demande de RIB et un mandat SEPA "en blanc" à signer, aucun document contractuel. J'en profite également pour relire le contrat et la notice d'informations qui se trouvent en totale contradiction avec les affirmations de Mme N. Je lui réponds donc en m'étonnant de cette incohérence et demandant à nouveau l'envoi du contrat. Immédiatement je suis rappelé par une personne se présentant comme une collègue de Mme N, extrêmement agressive, menaçante et irrespectueuse (y compris vis à vis de Cléo) faisant pression pendant quelques minutes pour que je lui communique les détails de ma carte bancaire au téléphone (ce que bien entendu je refuse).

Je sors très interloqué de ces incidents, et ne peux m'empêcher de penser que je viens d'être victime d'une tentative d'escroquerie; je me doute bien que des employés d'un service de recouvrement reçoivent une formation et des instructions leur laissant penser que l'éthique et la politesse sont des notions secondaires dans les relations humaines, mais le fait de sortir à ce point du moins cadre contractuel, de faire preuve d'une telle agressivité gratuite, et d'exiger des informations "en blanc" ne peuvent m'empêcher de faire douter du bien-fondé et de la légitimité de ces appels. Le schéma utilisé (prise de contact initiale grâce à un élément intrigant et stressant, utilisation de la compassion pour m’amener à croire à des affirmations sans réel fondement, agressivité et les pressions pour essayer de me déstabiliser et m’empêcher de poser des questions pouvant révéler la nature frauduleuse des demandes, insistance à essayer d’obtenir les détails de ma carte bancaire) me semble plutôt être un schéma très typique d’une tentative de manipulation psychologique et d’extorsion de fonds.

Je contacte par téléphone M. K, qui me confirme l'absences des articles du contrat suscités et me confirme également le traitement "normal" de ce type de dossier, qui rejoint ce que j'en savais et trouve dans le contrat : le prêt s'arrête au moment du décès, le capital restant dû est versé par l'assurance, si celle-ci refuse, alors le prêteur se tourne vers les héritiers, puis à défaut la caution.

11 décembre 2019

Je reçois un courrier de Mme N. dont le ridicule (information de l'envoi d'un huissier français à mon domicile à Athènes) me fait rire et renforce mes doutes.

16 décembre 2019

Je reçois un e-mail de Mme N. dont voici un extrait : "Vous n’avez malheureusement pas d’autres choix que de régler les impayés ainsi que les prochaines mensualités à titre d’emprunteur principal suite au décès de votre fille, jusqu’à la décision de prise en charge de l’assurance." Cet e-mail renforce à nouveau ma suspicion (je veux bien croire effectivement que la Société Générale enseigne à ses employés le manque d'éthique, mais que l'encadrement soit assez stupide pour leur permettre d'envoyer par écrit des informations frauduleuses, je ne peux y croire).

17 décembre 2019

Je me permets de partager mes doutes à M. K et Mme G. (du service Relations Clientèles).

19 décembre 2019

Mme N. continue de me harceler et dépose un message sur mon répondeur téléphonique exigeant « le paiement avant la fin décembre du prêt de votre fille dont vous êtes maintenant l’emprunteur principal » (sic).

20 décembre 2019

M. K m'informe que mes doutes sont totalement infondés, mais de plus me signale qu'après un point avec sa hiérarchie, je suis tenu de payer les sommes réclamées et qu'à défaut de paiement l'assurance refusera de traiter le dossier de Cléo. "J'hallucine", car non seulement le discours n'est pas celui que l'on attend de son conseiller bancaire, mais de plus, je n'ai toujours aucun document justifiant les sommes que l'on me réclame, ni même aucun moyen (à part signer un mandat SEPA en blanc et/ou envoyer ma carte bancaire à Mme N.) pour le faire. J'en conclus que M. K, à défaut de comprendre la situation, essaye tout simplement de s'en déresponsabiliser.

23 décembre 2019

J'envoie un courrier récapitulatif à l'ensemble des interlocuteurs avec lesquels j'ai pu communiquer jusqu'à présent, pour m'étonner de la confusion qui semble régner dans un dossier qui aurait dû être réglé en quelques jours, pour demander les documents relatifs aux sommes dont je suis soit-disant redevable, et demander à rencontrer un interlocuteur unique qui puisse avoir une vision complète et m'apporter des réponses moins confuses.

27 décembre 2019

Je reçois une réponse d'un service juridique de la Société Générale, qui me confirme que le décès de Cléo a bien été enregistré le 2 octobre 2019 dans l'ensemble des services concernés. C'est la seule réponse que je recevrai à mon courrier (à la date du 13/01/2020).

28 décembre 2019

N'ayant toujours pas de réponse de Mme C. sur les documents à transmettre pertinents pour le cas de Cléo, je lui envoie un courrier de relance.

30 décembre 2019

Je reçois un nouveau courrier qui m'interpelle véritablement et ravive mes hypothèses d'une fraude mise en place par des employés du service recouvrement; en effet ce courrier est un courrier automatique de relance concernant mon prêt n°(numéro du prêt de Cléo), pour lequel le prélèvement de Décembre n'a pu s'effectuer. Pour qu'une telle relance automatique puisse être envoyée, il est nécessaire d'avoir effacée l'information concernant le décès de l'emprunteur, et modifier l'identité de celui-ci. Je suis donc persuadé d'être devant un élément qui mérite au minimum d'être investigué, et le signale au service sécurité en y ajoutant mon hypothèse (à savoir la désynchronisation volontaire d'un sous-système de façon à créer une dette orpheline indétectable générant une procédure de recouvrement), ainsi que mes doutes sur le comportement professionnel de Mme N. et de sa collègue. La particularité du dossier (Cléo à Londres, moi à Athènes, l'agence à Boulogne-Billancourt), en fait peut-être une cible privilégiée pour une tentative de fraude.

J'y ajoute que l'exploitation frauduleuse de failles dans les procédures de la Société Générale est loin d'être une hypothèse farfelue, elle doit être considérée comme probable, ayant déjà été victime d'une escroquerie similaire : il y a quelques années, des employés du service client avaient modifié mon adresse postale, puis quelques jours plus tard renvoyé mes identifiants de connexion internet à cette adresse, ce qui avait permis le détournement de plusieurs dizaines de milliers d'euros de mon compte courant. La faille était là d'une simplicité extrême, le courrier de confirmation de modification était simplement envoyée au nouveau "domicile", ce qui en rendait impossible la détection immédiate. 

2 janvier 2020

Je signale mon passage prochain à Paris à M. K et demande l'organisation d'un rendez-vous avec sa hiérarchie. Je n'ai jamais eu de réponse.

7 janvier 2020

M. T, juriste au service recouvrement m'envoie un e-mail en réponse à l'alerte que j'ai adressé au service Sécurité, m'accuse d'inventer des incidents fictifs et insiste sur ma mauvaise compréhension des courriers, e-mails et messages de Mme N, pour lesquels il reconnait et s'excuse sur quelques erreurs et maladresses.

9 janvier 2020

Je m'abstiens de répondre que ce qu'il qualifie d'erreurs et maladresses, moi j'appellerai ça plutôt "faux et usage de faux" ainsi que "escroquerie en bande organisée"; je réponds donc que je suis content d'apprendre qu'il n'y a pas eu de falsification du dossier de Cléo, et que je souhaiterais obtenir les documents liés au dossier de prêt, ainsi que ceux qui justifient que les sommes me sont réclamées.

M. T me répond qu'il ne comprend pas pourquoi je persiste à entretenir une dispute artificielle en réclamant des documents, que les échéances impayées le sont suite à mon engagement de caution (c'est la première fois qu'il y est fait référence, jusqu'à présent j'étais dans tout échange et correspondance l'emprunteur principal), en précisant, je cite : "Par conséquent nous nous reportons à votre engagement de caution. Je tiens à souligner que par celui-ci vous êtes tenu de satisfaire aux obligations de l’emprunteur en cas de défaillance de ce dernier".

Je suis totalement interloqué, me garde de répondre sur ce sujet précis, et décide de prendre le temps d'analyser que j'ai bien compris ce que me dit maintenant la Société Générale.

13 janvier 2020

Après relecture de quelques dictionnaires de droit, des coups de fil à des copains avocat, j'ai confirmation que j'ai parfaitement bien compris ce que j'ai lu de la vision juridique et théologique très particulière de la Société Générale. Pour bien comprendre : il faut rappeler que les soi-disant impayés de Cléo datent de 2 à 4 mois après son décès et que pour être "défaillant", un emprunteur doit être une personne en capacité de remplir ses obligations, donc être en particulier une personne, qualité qui jusqu'à présent se perd notamment et malheureusement au moment de la mort.

Malgré la fatigue, l'horreur et le sordide de la situation, je décide alors d'ouvrir ce blog et de ne pas perdre mon humour noir. Moi qui songeais confier cela à un avocat spécialisé pour me décharger un peu, je pense que maintenant je vais mettre mon dossier aux enchères : le dossier de contentieux dans lequel l'argument qui est opposé se fonde entièrement sur la survie de la personne juridique après le décès, je suis certain que tout avocat en rêve ! Ca doit arriver quoi, une fois tous les 10.000 ans ?

13 janvier 2020 (PS)

J'ai reçu ce matin le courrier notifiant mon inscription à la Banque de France pour les incidents liés au prêt dont je suis l'emprunteur. Par routine, j'ai demandé la transmission des informations et des contrats qui me désignent comme cet emprunteur, bien entendu je n'aurai jamais aucun document, mais il ne faut pas casser la routine, non ?

 

A suivre....

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.