Les commentaires font plus peur que les résultats !

Alors que l'on pourrait se réjouir de voir une gauche qui tient le coup, une gauche alternative au PS qui renait, la lecture des commentaires est affligeante et effrayante, beaucoup plus effrayante que le score de Sarko ou de Marine.

Ainsi, on ne commente plus des résultats ou des programmes, non, on divise, on méprise, on injurie ... et on voudrait donner des leçons aux politiques ? Au lieu de réfléchir aux résultats de ce premier tout et d'en tirer la seule conclusion valable, celle de dire que les citoyens n'en peuvent plus, on accuse les uns et les autres (en vrac, d'avoir fait monter le Fn, d'avoir fait de la pub au Fn en le dénonçant (si, si, c'est très fort, c'est écrit), de ne pas avoir assez voté utile ou trop utile, d'être dégénéré de voter pout tel ou tel candidat(e) ...

Et ceux qui se permettent de juger les autres sont ceux là même qui dénigrent le plus les commentaires qui ne vont pas dans leur sens mais qui, en parallèle, nous parlent "d'union", de "solidarité", de "rassemblement" pour battre l'ennemi Sarkozy.

Les débats hier soir pendant les émissions électorales étaient d'un niveau rarement atteint dans le pays, pas un mot sur la pauvreté, sur le désespoir de ceux qui ne voient plus d'alternatives autres que le vote extrême mais c'est du débat politique, on en a malheureusement pris l'habitude.

Je m'attendais par contre à un autre niveau ici, avec des commentaires respectueux des convictions de chacun, des échanges, une réelle solidarité ... et non, on est dans la carricature abjecte, dans le rejet de celui qui n'a pas voté comme on voulait, le déni de la souffrance des plus fragiles.

Les résultats ont, en ce qui me concerne, eut un effet "douche froide". Oui, je ne pensais pas, naïvement, qu'autant souhaitaient continuer avec la politique de Sarko entre autre. Seconde douche froide à la lecture de certains commentaires. Et, ce matin, la douche elle est glaciale, le pays va mal, à cause des politiques menées, certes, à cause de la crise, un peu, mais surtout à cause de l'esprit qui a changé.

Aujourd'hui, je suis triste et en colère. L'espoir c'est le retour à l'écoute de l'autre, à la solidarité, à l'empathie. La majorité des commentaires sont à l'inverse : mépris, mensonges, jugements de valeur. Et c'est beaucoup plus graves que les scores d'hier et que ceux du 6 mai, c'est beaucoup plus grave car c'est la démonstration que ce qui faisait notre force, depuis les combats menés par nos anciens, est désormais un souvenir.

Alors j'ai honte et peur, non pas du score du Fn ou d'un 2ème mandat potentiel de Sarko (qui ceci étant serait une catastrophe). Non, honte de ce qu'on est devenus, honte de ne pas avoir pu maintenir l'esprit des combattants des idéologies fascistes, des combattants des droits sociaux.

C'est donc cet esprit là qu'on veut laisser à nos enfants ? Quel avenir pour eux dans cette société ou l'individualisme et le mépris priment sur le respect et la solidarité ? La réponse à ceux qui, profondément désespérés, ont voté Marine, c'est donc que ce sont (au choix) des dégénérés, des incultes, des immatures ? A ceux qui ont voté JLM, par conviction mais aussi par protestation, qu'ils sont (au choix) responsables de la montée du Fn, du "relatif" score élevé de Sarko ? A ceux qui ont voté Bayrou qui incarne un centre droit respectueux des valeurs républicaines qu'ils font le lit de Sarko ? Que ceux qui ont voté Hollande, par conviction ou "vote utile" sont des traitres de la gauche ?

Les "moralisateurs" eux participent directement à la montée des ectrêmes et vote de protestation, raz le bol des bien pensants qui savent ce qu'il faut pour le pays, qui savent ce qu'est l'intérêt général et la voie de la raison, qui savent ... tout sur tout mais surtout qu'il ne faut pas déranger dans leur quotidien de bien pensants. Combien de ces moralisateurs connaissent téellement les difficultés quotidiennes rencontrées par la majorité des citoyens ? Combien participent, au quotidien, à lutter concrètement contre les inégalités et à apporter réconfort et solidarité ?

Le 6 mai, chacun fera ce qu'il pense être juste, ce qu'il pense être le mieux pour ses enfants, son pays. Nous sommes en démocratie, même si nous avons eu tendance à l'oublier ces dernières années, respectons les convictions de chacuns, écoutons, échangeons et alors, oui, on pourra espérer reconstruire un pays sur des valeurs républicaines, on pourra espérer que les politiques (de tout bord) auront des comptes à rendre à la justice.

Le 6 mai, c'est un vote relativement simple : soit on estime que la politique menée par Sarko est la bonne et que l'impunité des hommes politiques est un bien dans notre démocratie, soit on estime que l'on peut attendre mieux et croire en la reconstruction. Qu'on ait voté Eva Joly, JLM, Marine, Poutou ..., c'est ce choix là qu'il faudra faire le 6 mai et non le choix entre des personnes ou des partis, la seule chose qui doit nous amener à chosir c'est le bilan des dernières années et les programmes et surtout pas les amalgames, la moralisation à outrance, le rejet et condamnation des propos de l'autre.

 Le 6 mai, place à la démocratie, point.

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