emmiod
CITOYEN REVEUR
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 avr. 2020

Corona Wars : le retour de Jupiter

La start-up nation contre-attaque. Grâce à son “turbo-surf sanitaire”, Jupiter revient en force sur le devant de la scène internationale. La Maison Blanche appréciera. De notre correspondant confiné

emmiod
CITOYEN REVEUR
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le gouvernement américain n’en serait pas revenu. Tout d'abord, en pleine agonie coronavarienne, alors que les victimes de Covid-19 avoisinent le million, et que le porte-avions Theodore Roosevelt coronavire dangereusement après la découverte de marins contaminés à bord, on apprend que Jupiter, l’enfant chéri de la Maison Blanche dont le locataire ne compte plus les poignées de mains et accolades affectueuses à son endroit, a trouvé le moyen de s’exhiber devant une tente militaire alsacienne supposée héberger 300 000, 30 000, 3 000 ? Non, 30 malheureux patients parmi des milliers qui expirent faute de respirateurs, de masques, de blouses, de tests, de cotons-tige.

L’incident diplomatique aurait pu rester mesuré. L’armée française a montré ses muscles, l’armée américaine ne sera pas en reste. L’US Navy répond fièrement en affrétant ce beau navire hôpital entrant dans la baie de New York sous le regard attendri de la Statue de la Liberté.

La gouttelette virale qui aurait fait déborder le vase ce n’est pas non, loin de là, d’avoir scélératement piraté "Transformers" pour prétendre inventer le train-hôpital VGT (Virus Going by Train), non ce n’est pas ça. Aucune application militaire n’a été enregistrée sur ce projet, Il revient du reste à ces coronavirés d’Hollywood de faire respecter leur copyright.

Ce ne sont pas non-plus les deux malheureux porte-hélicoptères censés assister les territoires d’outre mer, les communautés pardon, et dont on apprend qu’ils n’assistent en rien les hôpitaux démunis, que leur capacité sanitaire est “secret défense” donc proche de zéro, une dépense toutefois jugée olympienne au regard de sa mission première : hisser le drapeau français à quelques milliers de kilomètres de ses côtes.

Non !

Ce qui aurait secoué le bureau ovale, pourtant conçu pour mieux se mouvoir au gré des pressions extérieures que leurs confrères européens aux formes plus mesquines, rectanguleuses ou Empire, c’est l’utilisation frauduleuse, sic, d'infortunées victimes du Covid-19 (et que le président américain peut compter d’ailleurs sur les doigts de la main), pour arborer le bijou édenté de l’armée française : l’Airbus A400M. Un de ses conseillers éclairés aurait fait remarquer que la vidéo décrivait mieux les formes incertaines voire essouflées de l’avion euroviré que les quelques malheureux lits médicalisés qu’on y embarquait.

La chancellerie n’en aurait pas dormi de la nuit. Cet affront d’Airbus caracolant, à Boeing, pas très en forme, par l’entremise de Jupiter, pour qui se prend-il, il n’est que le dieu des hommes et des dieux, est compris à Washington comme un affront direct à Plutrump, dieu des ténèbres moins avantagé il est vrai par la mythologie.

La réplique fut celle des faibles : sanglante.
5 millions de masques destinés aux hôpitaux français furent détournés vers les Etats-Unis. Combien de vies perdues ici, sauvées là-bas cela représente-t’il ? On ne sait pas bien, maigre consolation pour l’état-major jupitérien, l’opération aurait coûté bonbon à la bourse américaine.

Dans son palais hydroalco-élysée Jupiter fulmine et calcule. 5 millions de masques volés sur une consommation hebdomadaire de 40 millions c’est un jour de perdu soient, au rythme infernal des pertes du front Covid-19, environ 500 morts.
Son ministre de l’économie le rassure, si effectivement 30 lits sous tente militaire auxquels on ajoute 30 lits VGT et 30 lits A400M font pâle figure dans la com de l’Olympe face aux 500 morts causés par la charge yankee, il faut voir le bon côté des choses. 500 morts de plus, surtout quand il s’agit d’anciens combattants, c’est une économie remarquable en termes de prestations sociales à ne plus verser et donc une bonne nouvelle pour le déficit budgétaire de l'état même si on ne peut ignorer l’explosion de la facture funéraire.

Cette remarque inattendue du ministre de l’Economie Virale habituellement peu féru d’économie sociale, fît mouche. Jupiter s’adoucit et se met à rêver des milliards supplémentaires que l’on peut attendre de la vague dévastatrice qui ravage les EHPAD et dont la réalité statistique relève elle aussi du secret-défense. “Un secret un peu macabre certes” dit-il. Puis, conscient de ce Joker Covid-40 venu des cieux, il ajoute “mais qu’il est important de préserver car le jour de sa levée redonnera à la place de la Bourse le souffle belliqueux qui lui sied pour marquer la sortie du confinement”.

Fin stratège, Jupiter fera mine de s’adonner à son passe-temps favori : visiter les citoyens effrayés. S'il ne lui a certes pas échappé que son âge le mettait statistiquement à l’abri d’une brusque attaque virale c’est plutôt par souci de transparence qu’il rencontre sans masque et d’égal à égal, les miraculés d”un EHPAD malchanceux pour mieux enseigner les valeurs morales du confinement. Ce qui n’est pas sans inquiéter son épouse Junon, déesse des femmes mariées faut-il le rappeler, qui dit-on s’angoisse dès qu’elle perçoit son pas chevaleresque à l’heure du repas des dieux. “Où as-tu encore traîné ?” aurait-elle lâché après avoir appris sa tournée gérontologique. “Je ne suis plus si jeune !”

Se sent-elle menacée ? Elle ne peut oublier que Jupiter a tué son propre père Cronollande avec l’aide de Plutrump notamment. Comment va-t’il se débarrasser d’elle ? Dans une étreinte cornonamoureuse ou dans cette proposition sulfureuse qu'il lui soumet innocemment : inaugurer la premère évacuation au monde d’un EHPAD contaminé, par turbo-surf  ?

Le communiqué de l’Olympe à la presse internationale ne mâche pas ses mots : “le retour de Jupiter” via son épouse Junon, se fera grâce à cette merveille militaire déjà dévoilée lors du dernier défilé du 14 juillet et qui a fasciné la Maison Blanche. Il s’agit d’un vol inaugural à fortiori historique d’un turbo-surf sanitaire où la femme de Jupiter procédera à l’évacuation de 300 000, 30 000, 3 000, 30, non, d’un vieillard et d’un seul, d'un EHPAD de Mulhouse vers l’hôpital (on ne précise pas lequel  mais on flaire à la Maison Blanche qu’il s’agit du plus proche), où Junon, l’égérie salvatrice sans masque ni parachute prouvera au monde qu’avec l’aide de Matra, Airbus, Dassault, LVMH et Loreal, on peut sauver une vie.

Il est possible qu’on en perde une autre aurait chuchoté à l’oreille de Jupiter le ministre de l’Economie Virale, mais pour sûr on gagne un marché ! La Maison Blanche n'a pas répondu à nos sollicitations.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Violences sexuelles

À la Une de Mediapart

Journal — International
À travers le monde, des armes « made in France » répriment et tuent
À la veille de la tournée dans le Golfe du président français Emmanuel Macron, du 3 au 4 décembre, les preuves s’accumulent sans émouvoir, au sommet de l’État. Des armes « made in France » participent à la répression politique dans plusieurs pays, au meurtre de civils dans les pires conflits de la planète, au mépris des valeurs et des engagements internationaux de Paris.
par Rachida El Azzouzi
Journal — International
Russie : pourquoi le Kremlin veut en finir avec Memorial
L’historien Nicolas Werth explique les enjeux de la possible dissolution, par la justice russe, de l’ONG Memorial. Celle-ci se consacre à documenter les crimes de la période soviétique, mettant ainsi des bâtons dans les roues du roman national poutinien.
par Antoine Perraud
Journal — France
Mosquée « pro-djihad » : au Conseil d’État, le ministère de l’intérieur se débat dans ses notes blanches
Vendredi 26 novembre, le Conseil d’État a examiné le référé de la mosquée d’Allonnes, qui conteste sa fermeture pour six mois ordonnée par arrêté préfectoral le 25 octobre. Devant les magistrats, la valeur de feuilles volantes sans en-tête, date ni signature, a semblé s’imposer face aux arguments étayés de la défense. Compte-rendu.
par Lou Syrah
Journal — Économie
Leroy Merlin, des bénéfices records et des salariés en lutte pour 80 euros
Depuis le 17 novembre, une cinquantaine de salariés de Leroy Merlin bloquent l’entrepôt de Valence, dans le cadre d’une grève inédite sur plusieurs sites de l’enseigne de bricolage. Salariés des magasins et des entrepôts réclament des augmentations et un meilleur partage des bénéfices.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
« Atlantique », un film de Mati Diop
Des jeunes ouvriers au Sénégal ne sont pas payés depuis plusieurs mois rêvent de partir pour l’Europe au risque de leur vie. Ada, amoureuse de l’un de ces hommes, est promise à un riche mariage contre son gré. Les esprits auront-ils raison de ces injustices ?
par Cédric Lépine
Billet de blog
« Ailleurs, partout » : d’autres images des migrations
« Ailleurs, partout », d’Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter, sort le 1er décembre. Le documentaire offre une passionnante réflexion sur les paradoxes de la géographie contemporaine, entre fausse ubiquité du cyberespace et vrais obstacles aux migrations. Rencontre avec les deux réalisatrices. (Entretien avec Nashidil Rouiaï & Manouk Borzakian)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
« Murs de papiers »
[Archive] Olivier Cousin, dans son dernier film, nous donne à voir ce qu’est la vie des sans-papiers à travers une permanence d’accueil de la Cimade : des chemins de l’exil aux mille dangers, des parcours du combattant face à une administration française kafkaïenne, la fin de la peur et l'espérance en une vie meilleure, apaisée.
par YVES FAUCOUP
Billet de blog
Avec le poids des morts
« Chaque famille, en Côte d'Ivoire, par exemple, est touchée. Tu vois le désastre, dans la mienne ? On assiste à une tragédie impensable ». C. témoigne : après un frère perdu en Libye, un neveu disparu en mer, il est allé reconnaître le corps de sa belle-sœur, dont le bateau a fait naufrage le 17 juin 2021 aux abords de Lanzarote, à Orzola.
par marie cosnay