« Il était la Terre » : quand des ados rappent écolo

Dans les Bouches-du-Rhône, 26 élèves de cinquième ont écrit et enregistré une chanson pour sensibiliser les adultes aux enjeux environnementaux.

Six élèves du collège de Mallemort enregistrent le morceau "Il était la Terre", en février 2020. © Léora Balbi Six élèves du collège de Mallemort enregistrent le morceau "Il était la Terre", en février 2020. © Léora Balbi

Le 22 avril, c'est le « Earth Day », le jour de la Terre. Une date privilégiée, chaque année, pour sensibiliser le grand public aux enjeux environnementaux... voire pour signer un accord mondial sur le climat, comme celui de Paris en 2016. Mais ce mercredi, confinement anti-coronavirus oblige, il n'y a eu ni marche, ni conférence, aucun événement susceptible de rassembler physiquement des gens autour de l'écologie.

L'épidémie a aussi empêché 26 élèves de cinquième de présenter sur la scène du Portail Coucou, à Salon-de-Provence, leur rap écolo, « Il était la Terre »*, enregistré en février dans leur collège de Mallemort (Bouches-du-Rhône). Alors aujourd'hui, nous vous proposons de les écouter sur YouTube.

« Dans ma rue, un stylo, deux bouteilles, trois canettes / Des cartons, des chaussettes et mille et un mégots / Sur le sol, une lingette, deux baskets, trois pochettes / Des métaux, des journaux, tout dans le caniveau ». La chanson, qui commence comme un inventaire à la Prévert, appelle à la prise de conscience : oui, chacun de nos gestes a un impact sur la nature et, partant, sur nos conditions d'existence sur cette planète. « Un peu plus de chaleur et patatras / En un éclair l'humanité disparaîtra ». Comment être plus lucide ?

Projet Ecolorap - Il était la Terre © Empo

Ce morceau est le fruit d'un travail de plusieurs mois avec une classe du collège Collines-Durance. Initié par le Collectif alleinsois de défense de l'environnement (CADE), le projet a été encadré par le professeur de français Roland Conti et moi-même, en tant que rappeur. Et s'il avait pour objectif de familiariser les élèves avec les bonnes pratiques environnementales, c'est finalement les collégiens eux-mêmes, par la clairvoyance de leurs paroles, qui donnent une leçon aux adultes : « Tous ces hommes qui détruisent et n'font plus attention / Ils n’en font qu’à leur tête, ont-ils perdu la raison ? »

« Trouver les bonnes paroles pour toucher les gens »

Une première rencontre a eu lieu en septembre, puis la classe s'est attelée à l'écriture du morceau. De cette expérience, Capucine retient « le fait d'avoir pu écrire en étant libre de mettre nos mots et nos ressentis, sans contraintes particulières », ce que Lucille résume ainsi : « laisser parler notre imagination ». Diego, quant à lui, a apprécié de « trouver les bonnes paroles pour toucher les gens », tandis que Zoé évoque « toutes les idées que nous avons eues ensemble pour améliorer la santé de notre planète ».

Puis est venu le temps de l'enregistrement. Pendant une journée entière, les 26 élèves ont défilé un à un derrière le micro pour rapper leurs passages respectifs. Zoé se souvient de « la complicité et la joie » de ce moment. De son côté, Lorenzo a observé qu'il fallait « beaucoup de matériel et de temps pour enregistrer une chanson ». Quant à Baptiste, il avoue avoir été « un peu impressionné mais pas longtemps, car on est vite immergé dans la musique ». Et finalement, il estime s'être « pas mal débrouillé », tandis qu'Alyssa confie avoir eu « l'impression d'être une vraie chanteuse ».

Les élèves et Empo pendant l'enregistrement du morceau, à Mallemort. © Léora Balbi Les élèves et Empo pendant l'enregistrement du morceau, à Mallemort. © Léora Balbi

Parallèlement à ce projet musical, les collégiens ont été sensibilisés à la lutte contre le gaspillage alimentaire et les déchets. Tous les élèves de cinquième du collège ont ainsi participé à une opération nettoyage du village de Mallemort. Ce jour-là, Chloé a été surprise par « la quantité de mégots trouvés et le fait qu'il y avait de tout ». Et ce « alors qu'il y avait des poubelles juste à côté », ajoute Capucine. Plus amer, Lorenzo déplore « la bêtise des gens qui jetaient des ordures par terre devant nous alors que nous étions en train d'en ramasser ».

Outre le concert au Portail Coucou, la classe devait aussi tourner un clip en compagnie de la réalisatrice Léora Balbi. Cela n'a pas pu avoir lieu non plus. Néanmoins, les 26 élèves « terriens citoyens », comme ils se définissent eux-mêmes, espèrent que leur chanson contribuera, ne serait-ce qu'un peu, à faire évoluer les mentalités et les pratiques.

* Le morceau « Il était la Terre » est en téléchargement gratuit sur Bandcamp, avec une illustration d'Alice Gilloire.

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