Quand le 20 heures de France 2 militait pour l'élection de Marine Le Pen

En prétendant faussement que des femmes se faisaient refouler à l'entrée d'un café par des Musulmans intégristes, le 20 heures de France 2 a milité pour les idées électorales de Marine Le Pen.

Ah ! Qu’ils sont méchants ces médias avec Marine Le Pen et son parti. Sauf que parfois, ils lui servent des voix sur un plateau. Le plateau d’un bistrot à Sevran, dans le 93, par exemple.

 

Le 7 décembre 2016, un reportage du 20 heures de France 2 a prétendu que les femmes se faisaient refouler à l’entrée du café le Jockey-Club dans cette banlieue parisienne. Selon les images, le patron et des clients, supposément des Musulmans appliquant les règles du bled, ne supportent pas d’avaler leur petite mousse ni de jouer au PMU à côté de femmes (deux pratiques interdites par l’Islam). A l’appui, le contenu d’une caméra cachée tenue par deux militantes associatives -et non par un journaliste- qui rentrent dans le bistrot et sont priées de sortir.  

 

Vous avez peur hein les téléspectateurs ? ; vous vous indignez ; restez donc devant le poste ; regardez la suite ; on vous donne de l’émotion ce soir ! Mais alors, Marine Le Pen aurait raison de crier à l’islamisme rampant ; ce poison gangrène nos quartiers ; donnons-lui notre voix et elle nous en débarrassera ! Merci, a voté.

 

Sauf que toute la scène est fausse. C’est d’abord le Bondy Blog qui l’a montré dans sa contre-enquête, puis Arrêt sur images, un média qui s’intéresse à la production journalistique, en enregistrant son émission dans le café en question. Le Monde s’est aussi interrogé sur la véracité de la vidéo de France 2. A Sevran, en effet, impossible de trouver des femmes interdites dans le moindre café. Et même, les témoignages d’habitants et d’élus affluent pour dénoncer le reportage. Début mars 2017, Amir Salhi, propriétaire du PMU depuis sept ans, a porté plainte contre France 2. Depuis, la chaîne refuse de fournir les rush complets de la caméra cachée.

 

Sauf que le mal est fait. Tout le monde s’est insurgé, le Front National en tête. Le soir de la diffusion, Florian Philippot tweetait : “Voilà le résultat de décennies de soumission. Nous redonnerons aux femmes toute leur liberté”. Et Marine Le Pen a repris l’histoire dans le second débat présidentiel (une phrase bien relevée par So foot, dans leur hilarante notation du débat).

 

Reprenons depuis le début, parce que cette histoire invraisemblable le mérite. Une journaliste de France 2 a créé une fausse information -une fake-news- sur des femmes soi-disant refoulées à cause de leur sexe à l’entrée d’un café de banlieue, tenu par des soi-disant intégristes musulmans ; cette fausse information a été reprise par l’extrême droite en période d’élection. Du pain béni : sérieusement, qui mettrait spontanément en doute la véracité d’un reportage d’un JT d’une chaîne publique ?

“J'espère que je n'ai pas été caricaturale. Je n'ai pas pointé du doigt, j'ai posé les choses. A chacun de se faire son idée.” déclarait Caroline Sinz, la journaliste-réalisatrice du reportage de France 2. Ouaip, et bien on verra ça le soir du 7 mai, l’idée que chacun s’est faite. Contactée sur twitter, la journaliste n’a pas répondu. En attendant, la vidéo est toujours en ligne.

 

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