Personnes LGBTQIA+ : aussi victimes de violences au sein du couple

Il est temps d’avoir plus de moyens et moins de préjugés pour accompagner correctement les jeunes non-hétérosexuels. L’association contre les violences sexistes et sexuelles En avant toute(s) et l’association de lutte contre les LGBTIphobies SOS homophobie appellent à une prise de conscience sur les violences vécues par les jeunes LGBTQIA+(1) et demandent des moyens supplémentaires.

Difficile de croire qu’il faut, de nouveau, alerter contre les dangers du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie. Si la décennie écoulée a permis un accroissement de la visibilité des personnes qui se définissent comme lesbiennes, gays, bies, trans, queers, intersexuelles, asexuelles, etc., beaucoup souffrent encore des représentations hétéronormatives. Les plus jeunes en particulier font face à des défis considérables. Aux doutes de l’adolescence s’ajoutent un sexisme systémique et parfois, des LGBTphobies qui rendent leurs parcours terriblement complexes. Lorsqu’au sein du couple ces jeunes vivent des violences, en sortir est particulièrement difficile.
Pensées comme le fait d’un homme sur une femme, les violences conjugales sont un phénomène ignoré lorsqu’elles surviennent dans un couple non-hétérosexuel. Les jeunes LGBTQIA+, biberonnés aux modèles hétéronormés, ne parviennent pas toujours à les identifier au sein de leur propre couple. Lorsque c’est le cas, leur dénonciation est une étape parfois infranchissable, faute d’écoute et de structure appropriées. Moins de préjugés, plus de moyens : il est temps de protéger notre jeunesse et de lui permettre de se protéger des violences au sein du couple, quelle que soit son genre et son orientation sexuelle.

Il est urgent de libérer la parole et de lutter contre les violences au sein des couples LGBTQIA+

Les couples LGBTQIA+ n’échappent pas aux violences. Fruits d’un sexisme systémique, les représentations offertes à la jeunesse romantisent la  jalousie et tolèrent, voire érotisent, la violence. Il y a quelques années, les relations toxiques de Chuck Bass dans Gossip Girl en étaient un bon exemple. Plus récemment, sur Tiktok, la glorification du petit ami fou et la tendance des POV(2) sur 1ère fois d’Imen Es (« Je sais qu’il me fait du mal, mais je l’aime malgré tout ») en sont révélatrices. Ces phénomènes n’épargnent aucune orientation sexuelle.

De même, en accord avec une certaine image de la virilité, sur Commentonsaime.fr, le tchat d’En avant toute(s) dédié aux moins de 26 ans, les répondantes observent que chez les jeunes hommes gays, les violences semblent atteindre des paliers importants et banaliser les violences, en particulier physiques. Ainsi, en 2019, 8 décès sont survenus au sein de couples homosexuels (contre 3 en 2018), dont 7 couples d’hommes.

Or, pour les personnes ayant des relations non-hétérosexuelles, il est particulièrement difficile de dénoncer les violences vécues au sein du couple et de s’en protéger. Tandis que les phénomènes de peur ou de honte sont vécus par l’ensemble des victimes, les publics LGBTQIA+ font face à des problématiques supplémentaires.

Évoquer les violences vécues dans leur couple nécessite une révélation de leur genre ou orientation sexuelle. Ce coming out, qui doit être renouvelé à chaque nouvel interlocuteur, ajoute de la violence à la violence, d’autant que les intermédiaires des structures ne sont pas formés pour recevoir cette parole.  De plus, dénoncer la violence peut s’avérer particulièrement éprouvant lorsque la relation non-hétérosexuelle elle-même est réprouvée par l’entourage.

En parallèle, sur le terrain, les associations observent un phénomène qui entretient le silence : afin de ne pas faire peser sur leur communauté le poids de nouveaux clichés, les personnes LGBTQIA+ s’abstiennent de dénoncer des violences que l’on retrouve pourtant dans toutes les formes de couples.

Les jeunes ont besoin d’accompagnement dans l’affirmation de leur sexualité 

Chacune des étapes du parcours d’une personne LGBTQIA+ mérite la libération de la parole et la mise à disposition de moyens. 

Sur Commentonsaime.fr, la seconde page la plus consultée répond à la question « Comment connaître son orientation sexuelle ? ». Pour un.e adolescent.e, la découverte de son genre ou de sa sexualité, lorsqu’elle sort d’un schéma hétéronormatif, est souvent une épreuve en soi. Ces jeunes ont besoin de s’exprimer mais la peur d’être outés (que leur genre ou orientation sexuelle soit révélé contre leur volonté) est un frein.

L’étape du coming out, quand elle est franchie, continue de générer parfois une réelle violence, de la négation de l’identité au rejet, jusqu’à l’expulsion du jeune de son domicile.

Plus généralement, parmi les victimes qui contactent SOS homophobie pour des actes LGBTphobes, 1 sur 10 a moins de 24 ans et les violences ont principalement lieu au sein de la famille ou de l’établissement scolaire(3). Preuve, s’il en fallait, que des structures dédiées sont nécessaires.

Plus de moyens, moins de préjugés pour la jeunesse LGBTQIA+

Les jeunes LGBTQIA+ manquent donc très souvent de ressources d’aide et ont peur d’être confrontés à un mauvais accompagnement. Entre construction personnelle et manque de ressources financières propres, la jeunesse, de l’adolescence au début de vingtaine, vient avec ses propres problématiques. Tant pour accompagner les jeunes LGBTQIA+ dans la compréhension de leur identité et leur offrir un cadre pour s’exprimer, que pour les soutenir concrètement face aux violences vécues, former des professionnel.les dédié.es et donner des moyens, financiers et humains, aux associations sur le terrain est une urgence.  

1 Lesbien, gay, bi, trans, queer, intersexe, asexuel et plus
2 POV = point of view : mise en situation par la personne réalisant les vidéos
3 Rapport Sos homophobie sur les LGBTphobies, mai 2021





En avant toute(s)
En avant toute(s) est une association fondée en 2013, qui lutte pour l’égalité des genres et la fin des violences faites aux femmes. Elle agit principalement sur deux volets : l’accompagnement des femmes et personnes LGBTQIA+ victimes de violences, notamment au sein du couple et de la famille, à travers le premier tchat de France disponible sur le site ​www.commentonsaime.fr ; la prévention des violences sexistes à travers des ateliers de sensibilisation, de prévention et de formation, à destination des publics jeunesse et des professionnels. Les membres de l’association sont formatrices au sein de Stand Up.

SOS Homophobie
SOS homophobie est une association loi 1901 de lutte contre les discriminations et les agressions à caractère lesbophobe, gayphobe, biphobe et transphobe. Elle agit selon trois grandes missions : la prévention des LGBTIphobies dans les établissements scolaires et auprès des adultes ; le soutien des personnes  LGBTI grâce à sa ligne d’écoute (01 48 06 42 41), son chat’écoute, son courriel, sa commission soutien juridique et son site internet à destination des jeunes (C’est comme ça) ;  et milite pour une égalité des droits quelque soit son orientation sexuelle ou son identité de genre. 

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