A Paris, l’ultra-droite manifeste contre les migrants

25 SEPTEMBRE 2015 |  PAR JULIEN SARTRE

À l’initiative du Siel, un petit parti allié au Front national, un large éventail de groupuscules d’extrême droite s’est donné rendez-vous jeudi 24 septembre à côté de l’ambassade d’Allemagne, dans le XVIe arrondissement.


« De même que les paranoïaques aussi ont des ennemis, les théories du complot n’invalident pas notre thèse. » À la tribune, Renaud Camus jubile. Cet écrivain est la figure de proue de l’ultra-droite et héraut de la théorie du « grand remplacement de population », qui veut que la population de Français « de souche » disparaisse au profit de personnes venues d’Afrique et du Moyen-Orient. L’homme n’est pas loin de penser que son heure est enfin venue.

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Il s’adresse à une petite foule d’environ trois ou quatre cents personnes (un millier selon l’organisation), réunies non loin de l’ambassade d’Allemagne, à Paris, dans le XVIe arrondissement. Le lieu n’a bien sûr pas été choisi au hasard pour cette manifestation « anti-migrants » : Angela Merkel est tenue pour responsable de la« déferlante migratoire » par les organisateurs du rassemblement.

Précisément, cette manifestation est à l’initiative du Siel, un petit parti fondé par Paul-Marie Coûteaux, proche du FN et affilié au Rassemblement bleu marine (RBM). Son président ? Karim Ouchikh, encore présenté, sur le site du Front national, comme « conseiller politique de Marine Le Pen à la culture, à la francophonie et à la liberté d'expression ». Ouchikh ne fait pas mystère de son ambition lorsqu’il prend le micro à son tour. « Avec vous, je veux défendre la civilisation européenne et la culture française, lance-t-il au public. Il faut se rassembler afin de préserver nos traits culturels homogènes, nos racines de peuple chrétien. »


 

Renaud Camus au micro de la tribune de la manif "anti-migrants" de l'ultra-droite


Renaud Camus au micro de la tribune de la manif "anti-migrants" de l'ultra-droite © JS

 

Se rassembler. Parce que l’heure est grave et que la crise migratoire submerge l’Europe, voilà le plus petit dénominateur commun des participants à l’événement. L’objectif n’est pas loin d’être atteint, tant l’appel à manifester a ratissé large dans les milieux et groupuscules de l’extrême droite la plus radicale. Robert Ménard, maire apparenté FN de Béziers, est « retenu par ses obligations de maire, mais tenait à faire passer un message ». Son texte est donc lu à la tribune. Il appelle à « une révolution libératrice, pour lutter contre la déferlante migratoire organisée par Bruxelles ».

À un autre bout du spectre des organisations d’ultra-droite, les militants de Riposte laïque ont fait le déplacement. Leur président, Pierre Cassen, dénonce inlassablement« une cinquième colonne islamiste qui prépare d’autres attentats en France, dans le métro, dans le RER… ». Entre deux interventions, dans la foule, les slogans fusent. Du “classique” « On est chez nous », régulièrement scandé dans les meetings du Front national, jusqu’au plus explicite « Islam hors de France ! ».

Tandis qu’un drapeau de l’Union européenne est brûlé sur la scène, Olivier Perceval, membre du comité directeur de l’Action française, mouvement héritier de Charles Maurras, appelle lui aussi à la « résistance ». Il refuse « l’injonction à la compassion, proteste contre l’invasion ».

Non loin, la frange « Printemps français » – branche radicale de la « Manif pour tous » – de l’ultra-droite est globalement bien représentée avec un message de Béatrice Bourges et la présence dans la foule de militants en blazers et de jeunes femmes aux robes rayées de bonne facture.

S’ils tentent de s’unir contre leur ennemi commun désigné, les migrants, tous ces groupuscules n’en ont pas moins des divergences qui transparaissent dans les discours. Alors que certains évoquent les victimes des terroristes à l’Hyper Cacher pour mettre en garde contre la menace islamiste, Jean-Yves Le Gallou, un ancien dirigeant du FN et du MNR de Bruno Mégret, devenu une figure des identitaires, préfère appeler à « la fin de la culpabilisation, responsable de la faiblesse des peuples qui incitent les migrants à venir. Soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, finissons-en avec les heures les plus sombres de notre histoire ! », assène-t-il sous les applaudissements.

Une autre oratrice emporte l'adhésion de l'assistance. Melanie Dittmer a fait le déplacement depuis l'Allemagne, elle est là pour représenter le mouvement Pegida, un groupe "anti-Islam" fondé il y a moins de deux ans outre-Rhin. « Notre Europe n'est pas celle de nos dirigeants, mon Europe n'est pas celle de la chancelière ! Merkel muß weg ! [Merkel doit s'en aller ! – ndlr]. » Elle avait déjà pris la parole lors du rassemblement « contre l'islamisation » organisé en janvier à Paris par Riposte laïque (lire notre article).

Une petite foule avait répondu à l'appel du Siel pour manifester à côté de l'ambassade d'Allemagne

 

Une petite foule avait répondu à l'appel du Siel pour manifester à côté de l'ambassade d'Allemagne © JS

 

Un homme, chef d’orchestre du rassemblement, tantôt sur la scène, tantôt au milieu du service d’ordre et des jeunes aux gants noirs, tente de faire la synthèse : Frédéric Pichon. Il a la volonté affichée de le faire mais aussi un CV explicite : ancien président du GUD (Groupe Union Défense), un groupuscule étudiant radical, mais aussi avocat du trésorier du micro-parti de Marine Le Pen, Axel Loustau, et candidat sur la liste Front national en Île-de-France pour les élections européennes, et sur la liste Rassemblement bleu marine aux municipales, à Versailles. À la tribune, il clôt les prises de parole et devient lyrique, en évoquant « l’attaque des Mahométans, contrée par Saint-Pie V », au XVIe siècle. Juste avant, il avait brandi les drapeaux des nations anti-migrants comme la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne. Son objectif et celui des personnes qu’il a réunies jeudi 24 septembre : « organiser des grandes manifestations de patriotes comme dans ces pays ».

Le Front national n’était pas officiellement présent à la manifestation. Mais sur Twitter, certains militants frontistes, notamment de Vendée, ont souligné leur présence, ou apporté leur soutien à la manifestation. Les identitaires, à l’honneur dans cette manifestation « anti-migrants », sont par ailleurs devenus l'une des « boîtes à idées » du FN. Pour preuve, la « théorie du Grand Remplacement », chère à Renaud Camus, est un des axes de la campagne de Marion Maréchal-Le Pen, pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui la reprend désormais à son compte (lire notre article). Les identitaires sont désormais très présents au sein du Front national, sur ses listes électorales ou dans les cabinets de ses élus. La « déferlante migratoire », abondamment citée jeudi soir, et la thématique de l'« invasion », font également partiedes éléments de langage de Marine Le Pen.

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