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Billet de blog 30 déc. 2021

Répression antiféministe au Mexique

Si le mouvement féministe mexicain a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années, il est également fortement réprimé depuis un an. Voici l'histoire de Mime, activiste féministe mexicaine, aujourd'hui victime de répression politique du fait de son combat contre les violences faites aux femmes.

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Je suis étudiante en master anthropologie et il y a quelques mois je suis partie au Mexique afin de réaliser un travail de recherche sur le mouvement féministe mexicain dans le cadre de mes études. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Mime, une activiste féministe de Mexico. Il y a quelques mois déjà, elle m’avait raconté la répression dont elle avait été victime du fait de son combat contre les violences faites aux femmes. Voilà son histoire.

La nuit du 7 mars 2021, la veille de la Journée Internationale des Droits des Femmes, la police était arrivée chez elle dans des camionnettes sans plaques d’immatriculation. Au Mexique il est courant que la police dissimule ses plaques d’immatriculation afin de commettre des actes délictueux, notamment faire disparaître des personnes. La police est donc entrée chez Mime prétextant une perquisition. Sa maison n’a pour autant pas été fouillée et la police est restée dans la cour. Les policiers ont alors éparpillé des objets compromettants qu’ils ont pris en photo et se sont empressés de publier sur les réseaux sociaux. Parmi ces objets on peut citer un sac de Marijuana de 18 kilos et des soit-disant cocktails Molotov qui ont en réalité été improvisés par les policiers à l’aide de bouteilles en verre et de chaussettes trouvées sur place. Des internautes ont rapidement remarqué que le sac de Marijuana était identique à celui d’une autre affaire qui avait eu lieu quelques jours plus tôt et pour laquelle la police avait aussi diffusé des photos.

Pendant la perquisition, Mime a pu prévenir ses amies et alerter les ligues de paix (équivalent au Mexique d’Amnesty international) qui sont rapidement arrivées à son domicile. Il est fort probable que ce soit grâce à la présence de ces ligues de paix que Mime et sa famille n’aient pas été arrêtées cette nuit là. Notons d’ailleurs que personne en possession de 18 kilos de Marijuana ne serait normalement laissée en liberté, excepté quand il s’agit d’un montage de la police qui ne ferait pas illusion...

Après cet événement, Mime, sa maman et sa fille ont perdu leur logement et se sont du jour au lendemain retrouvées à la rue. Grâce aux réseaux féministes, elles sont parvenues à se reconstruire et se remettre sur pied.

Mais il y a quelques semaines, Mime a été accusée d’un nouveau délit par les autorités mexicaines. Mime s’est fait arrêter alors qu’elle était dans des toilettes publiques avec sa fille de 4 ans. D’après la police, Mime aurait frappé sa fille juste avant d’entrer dans les toilettes et une marchande l’aurait vue et l’aurait dénoncée. La police mexicaine incompétente, corrompue, qui ne prend même pas les plaintes concernant les violences intrafamiliales et de genre, serait soudainement devenue si performante qu’elle aurait été capable après un simple appel, de débarquer en quelques minutes pour arrêter une présumée mère violente et de constituer en quelques heures un dossier assez solide pour pouvoir l’incarcérer? Pas sûr... ce qui est certain en revanche c’est que la police mexicaine est connue pour sa corruption, sa capacité à fabriquer de fausses preuves et à payer des personnes pour qu’elles témoignent comme ça les arrange.

Après avoir été arrêtée, Mime a été emmenée au Bureau du procureur et malgré les efforts de son avocate, il a été décidé de la transférer dans une prison de haute sécurité. Lors de son transfert la police a frappé l’avocate de Mime ainsi que les militantes qui s’étaient rassemblées devant le bâtiment en soutien. La diffusion de ces images de violence a contraint le Procureur à laisser Mime en liberté en l’attente de son jugement.

Mime est pour l’instant en liberté mais la garde de sa fille a été donnée à la grand-mère maternelle et il est interdit pour Mime de la voir. La petite a passé Noël sans sa maman qui lui manque beaucoup d’après sa grand-mère. Cette dernière est terrorisée à l’idée que sa fille soit prochainement incarcérée. En effet, Mime a été convoquée le 3 janvier à la prison de Santa Martha et il est possible qu’elle soit mise en détention provisoire.

Dans cette affaire, il ne s’agit pas simplement pour les autorités mexicaines de s’en prendre à Mime, il s’agit avant tout de faire peur à toutes les militantes qui luttent contre les violences machistes et l’impunité qui règne dans le pays.

Mime et sa famille cherchent à rendre visible son histoire, espérant qu’une forte médiatisation contraigne les autorités à faire machine arrière. Partager cette histoire en France ne changera peut être rien à la situation, mais cela permettra au moins d’envoyer du soutien et de la force à Mime et sa famille. Je vous invite donc à partager ce billet sur les réseaux accompagné de #mimenoestassola et en identifiant les responsables mexicains suivants:

@FiscaliaCDMX

@ErnestinaGodoy_

@Claudiashein

@rosaicela_

@RosarioPiedraIb

@CNDH

@CNDHCMX

Merci pour votre aide

Lina,

Masterante de 2e année en Anthropologie sociale

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