Le féminisme n'est pas un dîner de gala

Pour que la peur change de camp.

Trop c'est trop.

Ma tête va éclater.

Ces derniers temps il n'y a pas une semaine qui ne soit marquée par des événements en lien avec le sexisme dans toute sa violence : le viol d'une enfant de 11 ans par un adulte qualifié d'atteinte sexuelle, la couverture des Inrocks avec le tronche de Cantat, l' « affaire » Angot-Rousseau, l'affaire Weinstein, sans compter les statuts des copines, leurs publis dans les groupes non-mixtes (qui heureusement existent et nous permettent de nous soutenir entre-nous), les discussions avec elles « IRL »...

Je ne sais même pas si j'ai une seule amie qui ait échappé à la violence sexiste tant elle est banale et répandue. Tellement banale que nous-mêmes parfois finissons par ne plus la nommer en tant que telle.

Je pense à elles, je pense à nous toutes, et j'ai mal.

Ce texte est pour elles, pour nous, femmes et identifiées femmes, merveilleuses et courageuses.

 

Régulièrement je me fais traiter de féminazie, de misandre, et je lis ou entends des propos niant cette violence, que nous nous prenons chaque jour en pleine tête, dans la rue, dans nos loisirs, dans le métro, au travail, dans notre propre maison souvent.

A ceux qui disent que le féminisme c'est un truc de bourgeoises, que c'est une « sous-lutte », qu'en France il n'y a plus rien à gagner (pasque tu vois on a les mêmes droits et pis y a des tribunaux et pis #notallmen, etc.), tous ces propos qui me font tourner la tête jusqu'à la nausée, je dis : fermez bien vos grandes gueules avant que j'y glisse ma pince-étau pour vous arracher les dents une par une.

 

Le féminisme, on n'y vient pas parce qu'on a vu de la lumière et qu'on avait envie de rentrer, ou parce qu'on s'ennuie et qu'on a besoin d'une cause à défendre.

Le féminisme, on y vient par survie.

Oui, par survie.

Parce que lutter c'est notre seul moyen de rester debout, de ne pas rester seules face à ce que nous vivons ou avons vécu, notre seul moyen de ne pas s'enterrer au fond de notre lit, notre seul moyen de ne pas crever.

Parce que la violence sexiste imprime ses marques dans nos corps, dans nos têtes, elle nous rend malades, elle nous envahit en permanence. Et que la seule chose que nous puissions faire est de nous défendre et relever la tête. Parler, agir, dénoncer, encore et encore, le mal que vous nous avez fait, et essayer de prévenir le mal que vous ferez à nos sœurs. Pour qu'au moins elles, n'aient pas à subir ce que nous subissons.

Violées, battues, insultées, agressées, y compris par nos proches, au sein de nos couples et de nos familles, nous sommes toujours là, bien vivantes, et déterminées à ne pas laisser se reproduire cette violence. Déterminées à ne plus subir la honte, déterminées à ne plus se laisser culpabiliser, déterminées à ne plus devoir nous justifier en permanence pour vos fautes.

 

Ce sont nos corps qui sont déchirés, martyrisés, atteints, salis, abîmés, frappés. Et ils le sont au seul motif que nous sommes des femmes.

Nous allons les reprendre et nous ne vous laisserons plus jamais nous atteindre.

Nos corps ne seront plus jamais le champ de vos batailles.

La peur va changer de camp.

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