Macron et la politique d'immigration et d'asile.

Ni patrie, ni patron ! Ni Le Pen, ni Macron ! Lettre à mes ami.e.s qui voteront Macron dimanche 7 mai et nous font la morale car nous ne nous rendrons pas aux urnes. Beaucoup d'entre-eux se prétendant défenseurs de la cause des migrants et des réfugiés, voici ce qui nous attend...

Alors à tous mes amis ou contacts qui ont voté ou seraient tentés de voter Macron sur le thème "c'est quand même vachement mieux que Marine Le Pen, c'est incomparable", etc., je voudrais en premier lieu clarifier une chose : dire qu'on ne veut pas choisir entre les deux projets, entre ces deux égos boursouflés qui pensent qu'à eux seuls ils vont changer le monde, ce n'est pas dire que "Marine Le Pen et Macron c'est la même chose", comme je l'entends depuis dimanche.
Non mais vous nous prenez pour des billes ou quoi ? Vous croyez vraiment qu'on pense que c'est la même chose ? En l'occurrence il me semble que c'est vous qui manquez singulièrement de sens politique pour ne pas voir ce qui se cache dans le programme de Macron - celui de Le Pen ayant au moins le mérite d'être clair.
Je propose de jeter un œil à ses propositions sur l'immigration et l'asile. Pour ceux qui auraient besoin d'explication de texte, je vais la faire, ne vous en faites pas.
D'abord l'esprit des mesures : "l'immigration choisie" et son cortège de "l'immigration est une chance pour la France", enfin surtout celle des cadres supérieurs, ingénieurs, et autres "têtes" qui viendront prendre place sur les bancs de nos universités, euh pardon, de nos grandes écoles. Donc gare à toi ami Malien, ami Ivoirien, Camerounais, si tu fuis simplement la misère pour venir construire une vie meilleure dans le pays qui pille le tien depuis des décennies (tiens, y aurait-il un lien de cause à effet ?) mais que tu ne disposes pas d'un diplôme mais uniquement de ta force de travail, tu ne seras pas le bienvenu. Jusqu'ici tout va bien, c'est a peu près la politique actuelle. Donc ça, c'est pour l'affichage "générosité" (objectif numéro 2).
Par contre, amis et connaissances, si vous remontez un tout petit peu le programme - peu épais, il faut le dire - jusqu'à l'objectif n°1, vous lirez qu'il devient obligatoire de posséder le niveau B1 en langue française (celui qui est exigé pour les naturalisations !) pour obtenir le titre de séjour. L'enfumage sur le thème "droit à une formation linguistique suffisante" est en réalité un devoir puisqu'il est écrit noir sur blanc que cela conditionnera l'obtention dudit titre de résident. Quant au couplet sur les "valeurs de la République" et autres foutaises, je vous laisse le lire jusqu'à cette merveilleuse portion de phrase "en particulier du droit des femmes et de la laïcité", allusion à peine voilée aux femmes musulmanes qui auraient le mauvais goût de porter un foulard. Portion de phrase présente pour rassurer tous les gros islamophobes de gôche et de droite sur quel type d'intégration on parle.
Troisième point, le plus grave à mes yeux, car c'est un véritable changement dans les procédures pour les demandeurs d'asile et dans les pratiques des travailleurs sociaux qui va s'opérer, le point "Droit d'asile". Sous couvert de dire qu'on en a pas fait assez - bien facile, il ne me semble pas qu'on ait beaucoup entendu Macron se manifester à l'époque où Merkel était critiquée de toutes parts, y compris par son ministre en chef, Manuel Valls - Macron nous explique qu'il va accélérer drastiquement les procédures, afin de pouvoir renvoyer plus rapidement les demandeurs déboutés. Comment ? En installant l'OFPRA et la CNDA AU SEIN des structures d'hébergement des demandeurs d'asile. Super ! me direz-vous... Plus rationnel, plus efficace, tout ça ! Et bien non. Car figurez-vous que le travail des travailleurs sociaux n'est pas de se ranger du côté des administrations qui broient les personnes qu'ils accompagnent. Nous n'avons pas vocation à être les supplétifs des administrations et à leur faire des rapports pour dire qui est un "bon" ou un "mauvais" réfugié. Notre travail c'est de faire qu'ils puissent TOUS vivre dignement dans ce pays - qui soit dit en passant est un des plus riches de la planète - peu nous importe qu'ils soient éligibles à la Convention de Genève ou non. En résumé, nous ne faisons pas un travail de Police. Comment alors continuer d'avoir une relation de confiance avec une personne si elle nous associe aux instances qui vont juger le bien-fondé de sa demande ? Cette mort de la séparation et de l'indépendance entre instances de jugement (OFPRA, CNDA, Préfecture) et lieux d'accueil, accueil qui doit rester inconditionnel et bienveillant, est dangereux en plus d'être odieux. Mais surtout cela manifeste une ignorance crasse de la situation des réfugiés et de ce qu'ils subissent dans ce pays, aussi bien que du travail social (mais ça, c'est pas grave, on est habitués).
Par ailleurs, accélérer drastiquement l'examen des demandes d'asile sera préjudiciable aux demandeurs d'asile, car cela réduira leurs possibilités de contestation et de recours. Bâcler les examens permettra seulement d'expulser plus rapidement les gens dans leurs beaux pays d'origine que sont le Soudan, l'Afghanistan, la Guinée, la Nigéria..., bien connus pour être sûrs et démocratiques.
Donc moi j'ai une proposition : on devrait carrément faire dormir les demandeurs d'asile dans les locaux des préfectures et de l'OFPRA, ce serait plus simple, "rationnel" et "efficace", non ? Et puis comme ça on ne s'embarrasserait pas de la solidarité et du travail de soutien de tous ces gauchistes de travailleurs sociaux.
Trêve de plaisanteries douteuses, je vous laisse lire ce merveilleux morceau de programme pour vous faire votre propre jugement - que j'aurais tenté modestement d'éclairer car je ne suis pas spécialiste des questions d'asile.
Alors par pitié, amis et connaissances, cessez vos leçons de morale sur le thème "mieux vaut Macron que Le Pen", "tous ceux qui s'abstiennent au second tour sont des méchants irresponsables qui ne pensent pas à l'avenir des réfugiés". Si, justement, on y pense. Et on sait que quelle que soit l'issue du scrutin la situation va s'empirer pour eux.
Nous abstentionnistes du second tour ne vous donnons pas de leçon de morale sur le thème "allez voter bande de moutons aveugles", nous ne jugeons pas ceux qui iront aux urnes en pensant sincèrement bien faire, chacun son choix, respectez le nôtre ! Mais au moins allez voter en sachant à quoi vous attendre pour les causes que vous prétendez défendre.

P.S. Merci à Julia pour avoir éclairé ma lanterne au sujet des implications très graves contenues dans ce tout petit morceau de phrase "déconcentrer la Cour nationale du droit d’Asile pour qu’elle puisse statuer dans les centres d’accueil eux-mêmes", implications dont je n'avais pas mesuré tous les effets.

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