La précarité s’affiche à l’université Lyon 2!

À l’initiative du Collectif des Doctorant.e.s et Non-Titulaires, les précaires de l’université Lyon 2 ont décidé d’afficher publiquement dans toute la fac leurs conditions de travail et de vie dégradées.

Le samedi 1er février 2020, la coordination nationale des précaires de l’enseignement et de la recherche, qui s’est tenue à l’Université Paris XIII à Saint-Denis, a appelé à une journée nationale de visibilisation de la précarité le mardi 11 février. Le collectif des doctorant.e.s et non-titulaires de l’Université Lumière Lyon 2, mobilisé depuis l’année universitaire 2014/2015 contre la précarisation de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), a répondu à cet appel en organisant plusieurs actions sur le campus Porte des Alpes.

Mobilisé.e.s depuis le 12 novembre aux côtés des étudiant.e.s dans leur combat contre la précarité, engagé.e.s depuis le 5 décembre dans la lutte contre la casse du système de retraites par répartition, nous sommes indigné.e.s par les premières révélations du projet de Loi de Programmation de la Recherche (LPPR), qui fragilisera d’autant plus les conditions de travail et d’emploi des contractuel.le.s et des vacataires de l’ESR en multipliant les statuts précaires [1]. En refusant de donner cours ou en proposant aux étudiant.e.s des cours « alternatifs », en refusant de transmettre nos notes à l’administration, en participant activement aux mobilisations sociales en cours en manifestant aux côtés des étudiant.e.s, nous nous sommes engagé.e.s depuis plusieurs mois dans un mouvement de grève dont l’ampleur est désormais historique.

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Aujourd’hui, nous avons souhaité pointer du doigt, par des actions symboliques, la précarité dont nous sommes victimes. Alors que les enseignant.e.s non-titulaires de Lyon 2 dispensent plus de 40% des heures de cours données en licence et en master (Et plus de 60% en première année de licence dans certaines filières !), nos conditions de vie sont relativement méconnues. Pourtant, les faits sont édifiants. Moins de 40% des doctorant.e.s en Sciences Humaines et Sociales bénéficient d’un financement pour leurs recherches : les autres doivent pour la plupart cumuler vacations et emplois précaires. Pour les doctorant.e.s financé.e.s, le contrat est généralement limité à 3 ans : or, une thèse en SHS dure bien souvent plus de 5 ans !

Nos charges de cours sont la plupart du temps effectuées dans des conditions désastreuses : nous sommes pour la majorité d’entre nous rémunéré.e.s en deçà du SMIC, et nombreuses et nombreux sont les enseignant.e.s vacataires vivant largement sous le seuil de pauvreté. Souvent, nous travaillons sans contrat, et nous sommes rémunéré.e.s au mieux 2 mois après avoir donné cours. La précarité ne s’arrête pas au doctorat : les jeunes docteur.e.s enchainent les contrats précaires pendant 2, 3 ou 5 ans, sans certitude d’être titularisé.e.s. Les personnels BIATSS [2] ne sont pas en reste. Les CDD, les vacations administratives, les postes d’assesseur.e.s et de moniteur.ices se multiplient, au détriment des recrutements sur concours.

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Afin d’informer nos collègues et nos étudiant.e.s, nous avons tenu aujourd’hui une table sur le forum du campus Porte des Alpes de Lyon 2, à Bron, en compagnie d’étudiant.e.s mobilisé.e.s. Puis nous avons mené toute la journée une action d’affichage de témoignages de précaires sur le campus, poursuivant l’initiative lancée par nos collègues parisien.ne.s.

Si cette action fut moyennement bien accueillie par certain.e.s responsables de l’Université, celle-ci fut une réussite. Les réactions des étudiant.e.s et des personnels d’entretien passant par les lieux d’affichage furent dithyrambiques, et nombreux.ses furent celles et ceux qui nous firent part de leur indignation. Les réactions sur les réseaux sociaux sont déjà nombreuses, et résonnent comme autant d’appels à la convergence.

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Souhaitant poursuivre ce mouvement contre la précarité des étudiant.e.s et des personnels de l’ESR, le Collectif des Doctorant.e.s et Non-Titulaires appelle :

- A participer au rassemblement interprofessionnel du jeudi 13 février, Place Louis Pradel à 11h30, et à la manifestation interprofessionnelle du jeudi 20 février au départ de la Manufacture des Tabacs.

- A la tenue d’une assemblée générale des précaires de l’ESR le mardi 18 février à la Bourse du Travail de Lyon, salle des congrès, à 17h.

 

Notes

[1CDI de mission scientifique, mise en compétition, multiplication des appels à projet au détriment des budgets pérennes, etc.

[2Personnels de bibliothèque, ingénieur.e.s, personnels administratifs, technicien.ne.s, professionnel.le.s du sanitaire et du social.

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