Lettre au Ministre de l'Education nationale: pour l'annulation des épreuves du contrôle continu

Par la présente, nous, enseignants du lycée Alcide d'Orbigny de Bouaye demandons l'annulation des épreuves communes du contrôle continu. Monsieur le Ministre, nous ne sommes pas une « minorité », encore moins une « minorité radicale », nous sommes des enseignants soucieux du bien-être et de la réussite des élèves et c'est pourquoi nous demandons l'annulation des E3C.

Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse

Par la présente, nous, enseignants du lycée Alcide d'Orbigny de Bouaye demandons l'annulation des épreuves communes du contrôle continu.

Les raisons de notre demande sont les suivantes :

Les E3C n’ont aucun intérêt supplémentaire par rapport au contrôle continu déjà existant.

Ce nom même est un paradoxe, E3C : « épreuves communes de contrôle continu », entre l’épreuve de Bac et le contrôle continu, que faut-il comprendre ? S’agit-il de partiels, d’examens anticipés, ou de simples devoirs sur table ? Ce qui est sûr, c’est que ni les élèves, ni les professeurs ne comprennent réellement cet intitulé. Pourtant vous nous dîtes monsieur le Ministre, que « le contrôle continu est conçu pour les élèves ». Ces derniers savent qu'ils commencent dès maintenant leurs épreuves du Baccalauréat ; ils ressentent une grande anxiété liée au sentiment de n’être pas prêts. Les E3C sont pour eux les premières épreuves d’une longue série de seize jusqu’à la fin de leur terminale ! Pourquoi « fabriquer » un deuxième contrôle continu, lorsqu’il en existe déjà un qui fait ses preuves avec un véritable sens donné au mot continu: sur toute une année scolaire et non ponctuellement.

Les E3C ne permettent pas aux élèves de progresser.

Vous ajoutez monsieur le Ministre que le contrôle continu est fait pour que les élèves « puissent étape par étape approfondir et progresser ». Nous, professeurs, pensons que les E3C ne permettent pas de donner du sens aux apprentissages, elles sont même contre-productives car construites dans un climat de course permanente et de pression au détriment de la formation des élèves. Nous n’arrivons pas, dans de telles conditions d’évaluations permanentes, à remplir correctement notre mission et notre pédagogie est de fait, remise en cause. En effet, nous en sommes réduits à privilégier le quantitatif au détriment d’acquisitions solides qui seraient pourtant les mieux à mêmes de préparer nos élèves aux études supérieures.

Les E3C portent atteinte à la liberté pédagogique des enseignants.

Ne disiez-vous pas récemment monsieur le Ministre, que la réforme du Baccalauréat doit développer un « esprit de liberté » ? Toutefois, notre enseignement perd incontestablement en liberté. Nous devons désormais exercer notre métier avec une ligne toute tracée, la même progression pour tous. Pourtant l’organisation temporelle de notre enseignement représente un élément important de la transmission des savoirs, chaque enseignant ayant le devoir de s’adapter à son public, et de faire des choix répondant à des objectifs préalablement établis.

Les E3C cultivent les inégalités de traitement entre élèves sur le territoire français.

Avec raison, monsieur le Ministre, vous affirmez que nous avons « la chance de vivre dans une belle république ». Pourtant, qu’en est-il du caractère national du Baccalauréat ? Que devient la valeur républicaine d’égalité ? Nous, enseignants, redoutons la perte de ce caractère national et donc la perte de l’égalité des chances pour tous les élèves. Les E3C ne seront pas organisés selon les mêmes modalités dans tous les lycées.

Les E3C ne répondent pas à votre « impératif de simplicité ».

L’organisation des E3C apparaît en effet très complexe et lourde à porter par des établissements scolaires qui doivent déjà faire face à un calendrier très chargé. L’objectif visant à alléger le Baccalauréat est bien loin d’être atteint. Les professeurs doivent en effet choisir des contrôles imposés, parmi des sujets rigides, disponibles dans une banque de sujets qui n’est pas aboutie car mise en place trop tardivement, et qui ne stipule aucun attendu pédagogique. Loin d’être « une innovation pédagogique pour que la copie d’un élève ne soit pas corrigée par son professeur », la correction dématérialisée ne semble avoir aucune raison d’être puisque tout se fait au sein d’une même équipe d’enseignants.

Monsieur le Ministre, nous ne sommes pas une « minorité », encore moins une « minorité radicale », nous sommes des enseignants soucieux du bien-être et de la réussite des élèves et c'est pourquoi nous demandons l'annulation des E3C.

Les professeurs du lycée Alcide d’Orbigny de Bouaye réunis en Assemblée.

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