Pour un plan de déconfinement antisexiste

Parce que lutter contre le sexisme, c’est défendre les droits fondamentaux des femmes, parce que la crise sanitaire renvoie les femmes aux archaïsmes de leur condition, nous, les 39 associations réunies dans le collectif « Ensemble contre le sexisme », proposons de déclarer l’état d’urgence contre lesexisme.

Parce que lutter contre le sexisme, c’est défendre les droits fondamentaux des femmes, parce que la crise sanitaire renvoie les femmes aux archaïsmes de leur condition, nous, les 39 associations réunies dans le collectif « Ensemble contre le sexisme », proposons de déclarer l’état d’urgence contre le sexisme.

Mobilisé.es au quotidien contre les inégalités entre les femmes et les hommes dans nos associations, nos entreprises, nos réseaux professionnels ou nos administrations respectives, nous sommes partagé.es entre admiration et indignation.

Admiration, d’abord : c’est grâce l’abnégation des métiers à prédominance féminine que les besoinsessentiels de la population ont été couverts. Ce n’est (plus) un secret pour personne : les femmes sont majoritaires dans les domaines du soin, de l’éducation et de l’aide à la personne. Il est urgent de revaloriser, reconnaître et rémunérer ces métiers.

Indignation, ensuite, parce que l’effort immense des femmes est aujourd’hui plus visible que lesfemmes elles-mêmes ! Combien de couvertures de journaux usant exclusivement du masculin pour décrire la mobilisation de la Nation ? Combien de photographies de réunions non-mixtes, alignant les costumes-cravates sur fond de décisions urgentes à prendre ? Tant d’experts pour si peu de sachantes... Combien d’applaudissements vains si la réalité de celles qui ont permis notre déconfinement est niée ?

Notre avenir ne doit pas être l’éternel recommencement de l’invisibilité des femmes. Il est temps de prendre conscience que notre société sexiste est bâtie sur le patriarcat qui implique une hiérarchie entre les sexes.

Les femmes ne veulent ni médailles, ni promesses, ni considération feinte.

Nous exigeons un plan de déconfinement antisexiste. Et, pour commencer, des mesures rapides :

  • Refonder les rémunérations sur les valeurs effectives des métiers, en s’inspirant du modèlequébécois1

  • Intégrer aux programmes scolaires de tous niveaux une éducation à la culture de l’égalité et à lasexualité et instaurer une journée consacrée à l’égalité entre les filles et les garçons dans tous lesétablissements scolaires et universitaires

  • Garantir que l'ensemble des financements publics bénéficient au moins à 50% aux femmes

  • Instaurer l’obligation de 50% de femmes expertes dans les médias

  • Rembourser intégralement toutes les contraceptions et imposer le délai de 14 semaines de grossessepour l’IVG

  • Lutter contre l’invisibilité des femmes dans le langage et utiliser l’écriture inclusive dans toutes lescommunications publiques et privées

  • Contrôler la mise en place effective de l’égalité salariale dans les entreprises et la fonction publique et sanctionner financièrement les manquements

  • Rendre obligatoire un congé paternité allongé et rémunéré

  • Valoriser l’héritage culturel, artistique, intellectuel et scientifique des femmes : inscrire le matrimoine, au même titre que le patrimoine, dans les programmes scolaires et universitaires et dans l’espacepublic

  • Sanctuariser les budgets dédiés à l’Égalité et la Diversité, et rendre obligatoires les formations contre le sexisme pour toutes et tous dans les entreprises de plus de 10 salarié.es

  • Généraliser à tous les secteurs professionnels la création d’une cellule d’écoute etd'accompagnement contre les violences sexuelles et sexistes

  • Lutter contre les stéréotypes sexistes des représentations des femmes dans les fictions, à la télévision, au cinéma, dans la publicité, etc. et créer une infraction d’atteinte sexiste à l’image

  • Cibler au moins 50% des financements publics à la formation professionnelle des femmes

  • Exiger la parité pour tous les postes à responsabilité et instaurer des sanctions financières dans tous les secteurs privés comme publics (sport, culture, entreprises, etc.)

  • Instaurer une journée nationale contre le sexisme

De même que les plans de relance et de soutien à l’économie doivent être assortis d’exigencesclimatiques, les politiques publiques entrepreneuriales et managériales de sortie de crise doivent inclure des exigences féministes, pour que les femmes soient la grande cause du déconfinement. 

Signataires:

Les membres d’Ensemble contre le sexisme : AAFA - Tunnel des 50, Administration Moderne, Assemblée des femmes, ASTREA, BECOMTECH, BPW France, Centrale au Féminin, Centre Hubertine Auclert, Cercle InterElles, Chiennes de garde, Conseil national des femmes françaises, Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF), Excision, parlons-en !, Experte des politiques d’égalité, Femmes Ingénieurs, Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA), Femmes solidaires, Fémix’Sports, Fédération Nationale des CIDFF (FNCIDFF), FédérationNationale Solidarité Femmes (FNSF), Financi’Elles, Fondation des Femmes, Global Contact, Grandes Ecoles auFéminin, Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE), JUMP, Laboratoire de l’Egalité, MouvementHF, Mouvement français pour le Planning familial, Observatoire de la qualité de vie au travail, ONU Femmes France,Politiqu’elles, Prenons la une, Science-Po au Féminin, Social Builder, Toutes Femmes, Toutes Communicantes, Union des Jeunes Avocats, Women in Networking (WIN), Women Safe

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.