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Billet de blog 3 déc. 2021

Pfizer va-t-il nous vendre un traitement précoce moins efficace que l'ivermectine ?

Depuis mars 2020, les pistes de traitements précoces à base de molécules repositionnées sont jugées inefficaces. Mais la donne va changer : de grands laboratoires mettent sur le marché de nouveaux traitements précoces, et ceux-là sont immédiatement salués comme efficaces. Peut-on s'y fier ?

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Le Ministre des Solidarités et de la Santé a annoncé il y a quelques semaines que la France a déjà acheté au laboratoire Merck 50 000 doses de Molnupiravir (aussi vendu sous le nom de Lagevrio), un nouveau traitement précoce contre le Covid-19, sur lequel les études sont en cours et qui soulève des inquiétudes sur les risques d'effets secondaires. Le prix aux USA est d'environ 850$ la dose, mais M. Véran a gardé secret le prix français de cet adorable cadeau.

Ce n'est pas la première fois que nos dirigeants dépensent généreusement notre argent, sous prétexte de Covid-19, en faisant des courses inutiles chez BigPharma : le Remdesivir (acheté par l'Union Européenne) et le Bamlanivimab (acheté par la France) sont des précédents.

Et comme on a un peu l'habitude, on ne s'étonnera presque plus lorsqu'on achètera du PaxlovidTM, le nouvel antiviral de Pfizer (aussi appelé "PF-07321332"), spécialement conçu comme un traitement précoce contre le Covid-19.

Un traitement précoce ?

C'est un traitement par voie orale, conçu pour être prescrit dès les premiers signes d'infection, ou dès qu'on a conscience d'avoir été exposé au virus ("specifically designed to be administered orally so that it can be prescribed at the first sign of infection or at first awareness of an exposure"). Il a d'ailleurs été testé sur des patients dans les trois jours suivant l'apparition de symptômes ("in patients treated within three days of symptom onset"), dit le communiqué de presse de Pfizer. C'est donc bien un traitement précoce — voire une PEP (une prophylaxie post-exposition), d'autant qu'il est aussi envisagé de le prescrire à l'entourage des personnes testées positives.

Spécialement conçu contre le SARS-CoV-2 ?
C'est ainsi qu'il est présenté par Pfizer : "PF-07321332 is designed to block the activity of the SARS-CoV-2-3CL protease", c'est-à-dire "le PF-07321332 est conçu pour inhiber l'activité de la protéase 3CL du SARS-CoV-2". C'est en effet une propriété importante, car elle empêche la réplication du virus dans nos cellules, comme l'explique fort didactiquement le Dr John Campbell dans cette vidéo mise en ligne le 9 novembre 2021.

Mais là où le Dr Campbell étonne davantage, c'est quand il détaille plusieurs publications scientifiques, déjà assez anciennes, qui montrent que l'inhibition de l'activité de la protéase 3CL du SARS-CoV-2 est une des propriétés de l'ivermectine.

Ainsi, Pfizer a cherché à reproduire dans un nouvel antiviral (qui sera sous brevet pour 20 ans) l'une des importantes propriétés d'une molécule pas chère et bien connue — que de nombreux scientifiques, chercheurs et médecins présentent depuis plus d'un an comme efficace en traitement précoce contre le Covid-19.

Par exemple, l'étude in vitro de Mody et al., soumise à Nature - Communications Biology en août 2020, montrait déjà que parmi les dizaines de molécules testées pour leurs capacités d'inhibition de la protéase 3CL, l'ivermectine est l'une des plus efficaces : elle a "opéré une inhibition complète de l'activité enzymatique de la protéase 3CL du SARS-CoV-2", titre la Figure 4 de l'article.

Figure 4 d'un article de Nature - Communications Biology © Mody et al.

Comme le "Conseil Scientifique", déjà attendri par la prochaine arrivée du Molnupiravir et du PaxlovidTM, comme de nombreux médias qui relaient la bonne nouvelle de l'efficacité du PaxlovidTM (TopSanté, RTL, Sud Ouest, Actu.fr, Le Parisien, Futura Santé, Le Point...) on pourrait se réjouir — au moins à moitié : certes on nous le fera payer cher, mais du moins on va enfin soigner les gens avec un traitement précoce qui fonctionne comme l'ivermectine...
Sauf que non ! Contrairement à l'ivermectine, le PaxlovidTM n'a qu'un seul mode d'action contre le SARS-CoV-2, ce qui, d'après le Dr Campbell, ouvre la voie à l'adaptation du virus, par l'émergence d'un variant résistant. Avoir plusieurs modes d'action simultanés rendrait nettement plus improbable l'apparition d'un variant capable de déjouer simultanément les obstacles multiformes qui lui sont tendus.

Une molécule dotée de plusieurs modes d'action serait donc probablement plus efficace et plus sure. Mais ça existe, ça ? Il ne faut peut-être pas trop en demander... Eh bien il se trouve que c'est précisément le cas de l'ivermectine :

- Parmi les publications scientifiques citées par le Dr Campbell, il y a cette étude in silico de Francés-Monerris et al., menée par une équipe du CNRS en association avec des chercheurs espagnols, et publiée dans Physical Chemistry Chemical Physics, qui observe que l'ivermectine se fixe préférentiellement sur le domaine de jonction de la protéine Spike du SARS-CoV-2 et sur le le récepteur ACE2 de nos cellules (donc à la fois sur la "clé" et sur la "serrure") ce qui les empêche de se lier et fait ainsi obstacle au processus d'entrée du virus dans les cellules.

Article de Physical Chemistry Chemical Physics © Francés-Monerris et al.

- Un autre mécanisme a été mis en évidence par Choudhury et al. dans Future Virology : l'inhibition de la protéase transmembranaire à sérine 2 ("Ivermectin was found as a blocker of viral replicase, protease and human TMPRSS2, which could be the biophysical basis behind its antiviral efficiency.")

- Dans Frontiers in Microbiology, Eweas et al. confirment la multiplicité des mécanismes d'action : inhibition de l'entrée du virus dans les cellules, inhibition de la réplication virale, et inhibition de l'assemblage viral ("Ivermectin efficiently binds to the viral S protein as well as the human cell surface receptors ACE-2 and TMPRSS2; therefore, it might be involved in inhibiting the entry of the virus into the host cell. It also binds to Mpro and PLpro of SARS-CoV-2; therefore, it might play a role in preventing the post-translational processing of viral polyproteins. The highly efficient binding of ivermectin to the viral N phosphoprotein and nsp14 is suggestive of its role in inhibiting viral replication and assembly.")

Ainsi, l'ivermectine, anti-helminthique bien connu et d'un prix fort abordable puisqu'il n'est plus soumis à brevet, combine plusieurs modes d'action différents efficaces contre le Covid-19, dont celui du PaxlovidTM consistant à inhiber l'activité de la protéase 3CL du SARS-CoV-2.

On remarquera que, fidèles à leur rôle, des fact-checkers ont déjà commencé à faire diversion : Associated Press a ainsi expliqué que les réseaux sociaux avaient bien tort de rebaptiser le PaxlovidTM en "Pfizermectine". Parce que si on est sérieux et qu'on regarde leurs structures, on voit bien que les molécules de l'ivermectine et du PaxlovidTM ne se ressemblent pas du tout ; donc le PaxlovidTM n'est pas de l'ivermectine déguisée ! Ce n'est pas ce qu'on lui reproche, mais cette entourloupe permet à Associated Press d'écrire "C'est faux", et il se trouvera bien des lecteurs, voire des journalistes, pour en conclure que le Dr John Campbell et les chercheurs qu'il cite racontent n'importe quoi, et que le PaxlovidTM est bien plus efficace que tout ce qu'on connaît jusqu'ici...

N'est-il pas temps de supplier nos autorités de creuser encore davantage notre dette en achetant à Pfizer du PaxlovidTM potentiellement faillible et au profil de sécurité inconnu ? Ou se laissera-t-on aller — tels ces décérébrés qu'il faut bien qualifier de complotistes puisqu'ils ne croient pas à la bienveillance absolue de leurs gouvernants — à se fier aux nombreuses études scientifiques qui indiquent que l'ivermectine, comme plusieurs autres traitements précoces, a un effet bénéfique contre le Covid-19 ?

Au passage, une devinette : Gilead (Remdesivir), Pfizer (PaxlovidTM) ou Merck (Molnupiravir) avaient-ils intérêt à ce que des traitements précoces à base de molécules du domaine public soient reconnus comme efficaces ?

Dans sa vidéo, la dernière phrase du Dr Campbell parodie la campagne des autorités américaines contre l'ivermectine ("Vous n'êtes pas des chevaux, vous n'êtes pas des vaches ; sérieusement, les gens, arrêtez ça."). Il s'adresse aux leaders du monde : "Vous n'êtes pas des chevaux, vous n'êtes pas des vaches, vous avez une intelligence humaine. Il faut l'utiliser pour suivre les preuves scientifiques, et réduire les souffrances, les malheurs et les décès parmi les humains."


[En raison de la politique de dépublication pratiquée sans sommation par la modération de Mediapart sur des critères discutables et imprévisibles, à l'avenir les billets de ce blog seront simultanément publiés sur ce site : https://www.covid-factuel.fr. Ainsi ce billet est publié ici.]

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