Covid-19 : Deuxième vague, deuxième saison ou deuxième épidémie ?

Une controverse oppose ceux qui parlent de "2ème vague" et les tenants d'une "2ème épidémie", avec des implications concrètes sur la politique de prévention à venir, mais aussi sur les orientations futures de la recherche sur le Covid-19. Quelques observations simples commencent à orienter la réponse.

Pendant le premier confinement, il nous a été expliqué que le déconfinement, en libérant à nouveau la circulation du virus, provoquerait une remontée des contaminations due au fait que l'immunité collective était encore trop faible, et qu'on assisterait alors à une "deuxième vague" d'épidémie.
Selon cette théorie, ce rebond est prédictible ("inévitable"). De plus, c'est le relâchement des comportements de la population qui le provoquera et décidera de son intensité. Il est donc important de surveiller particulièrement les comportements dès la sortie du confinement, quitte à maintenir un contrôle et une restrictions des libertés publiques.

Quelques chercheurs ont émis des doutes sur l'hypothèse d'un tel rebond, sans écarter toutefois l'hypothèse d'une saisonnalité du virus, ni des reprises régulières de l'épidémie, comme cela peut être le cas pour la grippe.
Dans ce cas, la date de la prochaine saison épidémique n'est pas connue : elle dépend de la nature du virus (et de l'environnement, par exemple climatique, qui lui est favorable) plutôt que du comportement des populations ; si une prudence comportementale (hygiène, gestes barrières...) peut rester justifiée lors des reprises épidémiques, il n'y aurait pas de précautions particulières à prendre en fin de vague, cette fin correspondant à "l'évolution naturelle" du virus.

Un troisième hypothèse a été émise, notamment par l'IHU de Marseille, basée sur l'étude du génome des virus isolés chez les malades : les mutations successives du virus pourraient avoir donné lieu à de nouveaux variants. Certains variants, très contagieux mais plutôt inoffensifs auraient beaucoup circulé en France pendant l'été, et un nouveau variant, plus dangereux, serait responsable de la remontée de cas sévères qui vient à nouveau d'ébranler le système hospitalier en octobre et novembre 2020. Certains patients, pourtant porteurs d'une immunité face au virus de mars-avril, auraient à nouveau été infectés. Il s'agirait en quelque sorte d'une 2ème épidémie en octobre-novembre, due à un variant nouveau du Sars-CoV2.
Comme la précédente, cette hypothèse pourrait justifier des gestes de protection en cas de réapparition d'un épisode épidémique, mais ne justifierait pas la surveillance des comportements en fin de pic, et soulèverait par ailleurs des questions sur l'efficacité d'un éventuel vaccin.

(Le fait que le mot "vague" soit parfois employé pour désigner la deuxième ou la troisième hypothèse ne simplifie pas la compréhension des termes du débat, et la controverse prend parfois des allures de querelle sémantique.)

Si certains voient, dans la vague épidémique de cet automne, la confirmation que l'hypothèse de la "2ème vague" prédite dès le mois de mars était la bonne, il faut remarquer que les deux autres hypothèses sont tout aussi compatibles avec la résurgence épidémique actuelle.

D'ailleurs, la première hypothèse — celle d'un rebond épidémique dû à la fin du confinement et à la reprise des contacts et des contaminations dans la population — semble difficilement compatible avec le phénomène actuel : en effet, après une phase de calme plat, les pays qui n'ont pas confiné leur population, tels la Suède (Fig.1), la Corée du Sud (Fig.2) ou même l'Islande (Fig.3), voient également une reprise des contaminations, ainsi que des décès depuis l'automne.

Puisque les pays qui n'ont pas confiné connaissent un deuxième épisode épidémique, celui-ci ne peut pas être un "rebond" découlant du du déconfinement, puisque celui-ci n'a pas existé.

Le fait qu'il y ait un nouvel épisode épidémique est donc probablement indépendant du comportement des habitants et des règles imposées par les gouvernements. (L'amplitude de ce deuxième épisode et sa létalité, en revanche, peuvent certainement dépendre des comportements, et surtout des politiques sanitaires adoptées par les différents États.)

 L'hypothèse d'une saisonnalité ou d'un nouveau variant du virus semblerait à priori plus compatible avec ces observations, d'autant qu'on constate une certaine synchronicité de ce deuxième épisode épidémique (du moins en Europe.)

Comment trancher entre ces deux hypothèses, c'est une autre affaire...

Fig.1a : Nombre de cas détectés - Suède © worldometers.info Fig.1a : Nombre de cas détectés - Suède © worldometers.info
Fig.1b : Nombre de décès quotidiens - Suède © worldometers.info Fig.1b : Nombre de décès quotidiens - Suède © worldometers.info
Fig. 2a : Nombre de cas détectés - Corée du Sud © worldometers.info Fig. 2a : Nombre de cas détectés - Corée du Sud © worldometers.info
Fig.2b : Décès quotidiens - Corée du Sud © worldometers.info Fig.2b : Décès quotidiens - Corée du Sud © worldometers.info

 

Fig. 3a : Nombre de cas détectés - Islande © worldometers.info Fig. 3a : Nombre de cas détectés - Islande © worldometers.info
Fig.3b : Nombre de décès quotidiens - Islande © worldometers.info Fig.3b : Nombre de décès quotidiens - Islande © worldometers.info

 

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