Covid-19 - Vaccination et regain épidémique : observations

L'observation systématique des pays du globe fait apparaître une concordance entre les campagnes de vaccination et un regain épidémique dans un grand nombre d'entre eux. Mais des contre exemples existent, qui ne permettent pas de conclure d'emblée à une relation de cause à effet. Esquisse d'enquête...

Prévenons d’emblée : le sujet abordé est complexe, et ce billet ne démontrera rien. La réflexion qui suit vise essentiellement à inviter les journalistes ou chercheurs qui le pourraient à creuser la question.

On ne peut pas s’empêcher de se le demander : est-ce fortuit que, dans de nombreux pays, la campagne de vaccination contre le Covid-19 s’accompagne d’une envolée du nombre de personnes contaminées et d’une hausse de la mortalité ?

On se souvient d’Israël et de la Grande Bretagne, et on avait pu trouver raisonnable l’argument selon lequel le vaccin avait besoin de temps pour être efficace, et qu’il n’était pas étonnant qu’il n'éteigne pas immédiatement l’envolée épidémique qui avait lieu au même moment ; on avait entendu parler de Gibraltar, et l’Inde est un nouvel exemple. Mais d’une part, corrélation n’est pas causalité, et d’autre part, quelques exemples n’établissent même pas une corrélation.

Il est donc utile de commencer par se demander si ces exemples sont isolés.

Méthode

On a commencé par télécharger la base de données d’OurWorldInData.org (Fig.1) le 28 avril 2021.

Fig.1 - Bouton de téléchargement des données © OurWorldInData.org Fig.1 - Bouton de téléchargement des données © OurWorldInData.org

Dans un tableur, on a sélectionné deux des colonnes de chiffres fournies par OurWordInData : la colonne « New_vaccinations_smoothed_per_million » (qui correspond au nombre quotidien d’injections de vaccins, en moyenne glissante sur 7 jours, par million d’habitants du pays ou de la zone considérée) et la colonne « New_case_smoothed_per_million » (qui correspond au nombre quotidien de nouveaux cas détectés, par million d’habitants.)

Pour 10 zones géographiques (Gibraltar, Bermudes, Iles Anglo-Normandes, Ile de Man, Iles Turks & Caicos, Ste Hélène, Montserrat, Macao, Hong Kong et la Micronésie), les données sur les cas détectés manquaient, et on les a complétées à partir des fichiers utilisés par Johns Hopkins University.

Pour chaque pays ou zone, on peut ainsi tracer un graphique avec les courbes temporelles des deux données : nombre d’injections de vaccin et nombre de cas détectés, en moyenne sur 7 jours glissants, par million d’habitants. Ici on les a tracées entre le 1er octobre 2020 et le 27 avril 2021.

Avertissement :

Dans la mesure où on a choisi un ajustement automatique des échelles (échelle de gauche pour les cas et échelle de droite pour les vaccins), les graphiques obtenus ne permettent pas de voir l’ampleur des phénomènes : en effet, le nombre record de doses de vaccin injectées en une journée apparaîtra tout en haut du graphique, qu’il s’agisse d’un jour où 10 % de la population a été vaccinée ou d’un jour ou 0,001 % de la population a été vaccinée. De même, que l’épidémie culmine à un taux d’incidence de 1 positif pour 100.000 habitants ou à un taux d’incidence de 40.000 positifs pour 100.000 habitants, le pic apparaîtra en haut du graphique.

L’intérêt principal de ces graphiques est donc seulement de visualiser les dynamiques : les moments de remontée ou de redescente épidémique, le moment des pics, etc.

Un intérêt secondaire est que cette approche permet de ne pas trop se poser la question complexe des méthodes de comptage des cas détectés, et de ce qu’ils représentent. En effet, chaque pays a sa propre façon de détecter les nouveaux cas. Tel pays ne teste que les personnes symptomatiques hospitalisées et passe à côté de nombreux cas, asymptomatiques ou non ; dans tel autre pays, les tests sont payants, dans tel autre les tests se font uniquement sur ordonnance, tel autre (comme la France) met en place un libre service gratuit… Peu ou prou, on peut estimer que pour chaque pays, la politique de test est constante et que la dynamique du nombre de cas détectés reflètent la dynamique de l’épidémie. (Ceci reste discutable lorsque, comme en France, les tests sont en libre accès, et qu’un changement dans la communication officielle ou l’approche de fêtes peuvent conduire à multiplier les tests et donc les cas détectés, même sans évolution épidémique. Mais dans une première approche, on s’en contentera.)

Cette méthode se heurte tout de même à plusieurs limites : OurWorldInData ne connaît que les chiffres qui lui sont communiqués, et il y a inévitablement diverses étapes de déperdition d’information :

- la situation épidémique d’un pays un jour donné n’est jamais mesurée exactement : le nombre de cas détectés ne correspond qu’à un échantillon de la population qui, pour une raison ou une autre, est diagnostiquée ce jour-là ;
- le décompte des informations chiffrées, que ce soit sur le nombre de cas ou sur le nombre de doses de vaccin injectées, suppose un système de collecte
de données, organisé et centralisé, avec du personnel dans chaque centre de santé pour saisir les données locales, et un comptage national. Cela ne se fait donc pas automatiquement, et probablement pas en temps réel ;

- la dates d’un événement (vaccination d’un patient, détection d’un cas) n’est pas toujours celle de son enregistrement, qui n’est pas non plus forcément celle de la transmission des chiffres à OurWorldInData ;
-
on ne peut pas exclure qu’ici ou là, des interventions politiques conduisent à communiquer des chiffres « arrangés » ;

- etc.

On peut donner quelques exemples spectaculaires pour illustrer que les courbes ne doivent pas être confondues avec la réalité, et que l’on ne doit pas se contenter des chiffres disponibles pour tirer des conclusions.

1) La mortalité au Mexique.

La courbe visible sur OurWorldInData présente de brusques hausses de la mortalité, comme par exemple entre le 9 et le 10 avril 2021. Il s’agit en fait d’un ajout de 2192 décès intervenus au cours des mois précédents, jusque là ignorés et réintégrés dans les chiffres le 10 avril. OurWorldInData les a tous attribués à la date de réception des données, c’est-à-dire le 10 avril, ce qui génère une « bosse » sur la courbe (Fig.2). 

Fig.2 - Courbe des décès du Covid-19 au Mexique © OurWorldInData.org Fig.2 - Courbe des décès du Covid-19 au Mexique © OurWorldInData.org

Mais si l’on télécharge le fichier détaillé de chaque décès, ou sa forme résumée par date, on retrouve une courbe sans bosses. (On peut le vérifier en comparant les jeux de données publiés le 9 et le 10 avril.) Entre le 9 et le 10 avril, du fait de la prise en compte de décès jusque-là ignorés, la courbe s’est « élevée », légèrement mais sur toute son étendue, intégrant les 2192 décès supplémentaires à leur date réelle de décès (Fig.3).

Fig.3 - Courbe des décès du Covid-19 au Mexique © Enzo Lolo, d'après les données du gouvernement mexicain. Source : https://github.com/mariorz/covid19-mx-time-series/commits?author=mariorz Fig.3 - Courbe des décès du Covid-19 au Mexique © Enzo Lolo, d'après les données du gouvernement mexicain. Source : https://github.com/mariorz/covid19-mx-time-series/commits?author=mariorz

Cette courbe tirées des fichiers officiels mexicains est moins éloignée de la réalité, mais elle ne la reflète pas encore exactement, loin s'en faut : d’un côté, des décès ont pu être attribués à tort au Covid-19, de l’autre, des décès dus au Covid-19 sont absents de ces statistiques, et il est a priori impossible de reconstituer les « vrais » chiffres, ceux qui refléteraient exactement l’impact du Covid-19 sur la mortalité des mexicains.

2) La vaccination au Royaume-Uni

Les médias s’en étaient largement fait l’écho : le Royaume-Uni a inauguré la vaccination de la population le 8 décembre 2020. Mais la transmission des chiffres britanniques de vaccination vers OurWorldInData a dû prendre du retard, puisque la première date répercutée est le 11 janvier 2021. Il s’en suit que les courbes comparées de vaccination et de détection de cas pour le Royaume Uni ne correspondent absolument pas à la réalité (Fig.4).

Fig.4 - Vaccination et Cas détectés au Royaume-Uni © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData Fig.4 - Vaccination et Cas détectés au Royaume-Uni © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData

En les regardant, on pourrait penser que le nombre de cas a commencé à augmenter bien avant la campagne de vaccination. En réalité, le 8 décembre 2020 correspond à un minimum de nouveaux cas détectés au Royaume-Uni (12386), entre 14774 le 7 décembre et 16634 le 9 décembre, amorçant une remontée culminant à 68192 cas détectés le 8 janvier 2021.

Il faudra donc toujours prendre avec circonspection les courbes obtenues dans cette approche préliminaire. En particulier, ces courbes ne permettent pas de comparer des pays entre eux.

Résultats

Ces précautions étant prises, voici ce que les premières observations indiquent :

Sur 200 zones géographiques (pays ou entités plus petites) recensées par OurWordInData :

- il est rapporté une absence ou une quasi absence de vaccination dans 35 zones (Algérie, Arménie, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Comores, Congo, Cuba, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Guinée-Bissau, Haïti, Liberia, Libye, Madagascar, Iles Marshall, Micronésie, Mozambique, Nicaragua, Niger, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Samoa, Somalie, Sud Soudan, Tadjikistan, Tanzanie, Tchad, Timor, Vanuatu, Vatican, Yemen, Zambie.)

Pays où la vaccination n'a pas ou quasiment pas eu lieu - Cliquer pour voir les 35 graphiques (pdf, 4.3 MB)

- dans 74 zones, la vaccination est accompagnée ou rapidement suivie d’une augmentation du nombre de cas détectés (Afghanistan, Allemagne, Andorre, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Azerbaïdjan, Bahamas, Bahrain, Bhoutan, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Bulgarie, Cambodge, Canada, Cap Vert, Chili, Chypre, Colombie, Costa Rica, Côte d’Ivoire, Croatie, Estonie, Eswatini, Fidji, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Guinée Équatoriale, Guyana, Hongrie, Inde, Iran, Ile de Man, Israël, Japon, Jordanie, Kazakhstan, Koweit, Laos, Lituanie, Macédoine du Nord, Malaisie, Mali, Malte, Maurice, Mongolie, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Pakistan, Paraguay, Pays-Bas, Philippines, Pologne, Portugal, Qatar, Roumanie, Serbie, Soudan, Suède, Syrie, Thaïlande, Togo, Trinidad et Tobago, Tunisie, Turquie, Uruguay, Venezuela, Vietnam.)

Pays où la vaccination s'accompagne d'une hausse épidémique - Cliquer pour voir les 74 graphiques) (pdf, 9.6 MB)

- dans 6 cas (Belarus, Honduras, Liechtenstein, Namibie, Salvador, et les Îles Anglo-Normandes), la vaccination a commencé récemment, et une esquisse de hausse des contaminations peut être devinée, mais pas à proprement parler observée. Ces cas sont à suivre de près.

Pays où la vaccination a récemment commencé - A suivre. Cliquer pour voir les 6 graphiques (pdf, 803.5 kB)

- dans 18 cas, la hausse de la courbe de contaminations semble précéder de peu la vaccination, mais on peut soupçonner une collecte irrégulière des données (Antigua et Barbuda, Barbade, Émirats Arabes Unis, Gibraltar, Irak, Italie, Kirghizistan, Macao, Maldives, Monaco, Montserrat, Palestine, Papouasie Nouvelle Guinée, Pérou, République Tchèque, Royaume-Uni, Seychelles, Iles Turks & Caicos, Ukraine.)

Pays dont les graphiques sont ambigus - Cliquer pour voir les 18 graphiques (pdf, 2.4 MB)

Ces cas ambigus nécessiteraient un approfondissement des recherches d’informations, notamment en recoupant avec d’autres sources des données de vaccination. Par exemple, le cas du Royaume-Uni déjà évoqué, qui se trouve a priori dans cette liste devra rejoindre les 74 pays cités ci-dessus, puisque la vaccination a commencé plus tôt que ce qu’indique la courbe, et s’est accompagnée d’une hausse des contaminations de façon synchrone ; à l’inverse, après vérification, malgré l’aspect « louche » de sa courbe de vaccinations (Fig.5), Gibraltar a effectivement vu la vaccination commencer le 10 janvier, bien après l’envolée des cas de Covid-19. Gibraltar doit donc rejoindre la catégorie ci-dessous (on verra plus loin que cette conclusion est trop hâtive.)

Fig.5 - Vaccination et nouveaux cas à Gibraltar © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData Fig.5 - Vaccination et nouveaux cas à Gibraltar © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData

- dans 51 zones, la courbe de vaccination n’est associée à aucune augmentation des cas détectés (Afrique du Sud, Albanie, Belgique, Belize, Birmanie, Botswana, Brunei, Chine, Danemark, Dominique, Espagne, Gabon, Gambie, Ghana, Grenade, Guinée, Hong Kong, Iles Caïman, Indonésie, Irlande, Islande, Jamaïque, Kenya, Kosovo, Lesotho, Lettonie, Malawi, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Montenegro, Nigeria, Ouganda, Panama, République Dominicaine, Russie, Saint-Martin, Sao Tomé, Sénégal, Sierra Leone, Slovénie, Iles Solomon, Sri Lanka, Sainte Hélène, Sainte Lucie, St Kitts & Nevis, Saint Vincent, Taïwan, USA, Zimbabwe.)

Pays ou la vaccination n'est pas accompagné de regain - Cliquer pour voir les 51 graphiques (pdf, 6.8 MB)

- enfin dans 15 zones, une hausse des cas suit la vaccination, mais soit de façon modérée (Autriche, Corée du Sud, Égypte, Équateur, Liban, Luxembourg, Slovaquie, Suisse), soit de façon trop décalée dans le temps pour qu’on puisse deviner un lien direct (Bangladesh, Bermudes, Guatemala, Népal, Rwanda, Singapour, Suriname.)

Pays dont les graphiques semblent décalés ou indécis - Cliquer pour voir les 15 graphiques (pdf, 2.0 MB)

Discussion

Avec au moins 75 zones géographiques (74 + Royaume-Uni) où, d’un coup d’œil, on observe que la campagne de vaccination s’accompagne d’un regain épidémique, on peut légitimement parler de corrélation, et s’interroger sur une éventuelle causalité.

Ce questionnement n’est pas totalement dénué de fondement :

- sans pouvoir forcément juger de sa pertinence, on a pu lire la lettre ouverte de Geert Vanden Bossche, qui estimait que la vaccination massive, telle qu’elle était envisagée c’est-à-dire en cours d'épidémie pouvait conduire à un échappement immunitaire, et à l’apparition de variants résistants chez des personnes vaccinées, et à leur transmission.

- ce même scientifique envisageait de plus l’hypothèse selon laquelle, du fait d’une réduction temporaire de leur capacités immunitaires par le vaccin (qui commence par solliciter et mobiliser le système immunitaire pendant quelques jours, le temps qu’il devienne efficace contre le virus), une partie des personnes vaccinées, si elles sont contaminées peu de temps avant ou après avoir été vaccinées, puissent être le siège d’une réplication massive du virus et devenir des « super-contaminateurs ». (Dans ces deux hypothèse, controversées, ce ne sont pas nécessairement des personnes vaccinées qui se retrouveraient contaminées en nombre : les personnes contaminées à quelques jours de leur vaccination seraient simplement plus contagieuses, et pourraient diffuser le virus largement autour d’elles.)

- on a pu également lire l’hypothèse qu’un phénomène de facilitation de l’infection par des anticorps (ou ADE) soit susceptible de générer des formes graves de Covid-19 chez les personnes vaccinées (contre le Covid-19, mais peut-être aussi simplement contre la grippe), conduisant à une mortalité accrue. (Dans cette hypothèse, elle aussi controversée, ce sont bien des personnes vaccinées qui sont concernées par le phénomène ADE.)

Ce billet ne prétendra pas trancher la question de la validité de ces hypothèses, mais peut-être ouvrir quelques-unes des pistes qu’il serait intéressant de suivre pour permettre de déterminer si oui ou non, il peut y avoir un lien de causalité entre la vaccination et une augmentation — passagère, sans doute — des cas de contamination.

Dans une démarche logique, en appliquant le principe de réfutabilité de de Karl Pöpper, on pourrait partir de chacune des hypothèses ci-dessus, et chercher un contre exemple irréfutable, qui prouverait alors que l’hypothèse est fausse.

Pour cela, il faudrait étudier et affiner chacune des observations rassemblées, en particulier celles qui pourraient constituer des contre exemples, afin d’en chercher un qui soit irréfutable.

Sans épuiser la question, on esquissera ici cette démarche logique dans le cadre d’une de ces hypothèses. L’hypothèse sera ici la suivante : le fait d’organiser une vaccination de masse alors que l’épidémie est active peut favoriser la rencontre de virus du SARS-CoV2 avec des personnes dont le système immunitaire est fragilisé par le vaccin (dans la phase transitoire sensée conduire à l’établissement d’une défense immunitaire efficace contre la protéine Spike), ce qui en ferait des personnes particulièrement contagieuses et accroîtrait le nombre de contaminations.

Il s’agirait alors de chercher un cas où les conditions de l'hypothèse (vaccination en cours d'épidémie) sont réunies et où le phénomène d’augmentation des contaminations ne se produit pas — sans que d’autres facteurs puissent l’expliquer.

Ces facteurs pouvant être de nature très diverse, le travail à mener est de grande ampleur. Voici quelques exemples :

1) Il faudrait, pour chaque pays ou chaque zone, affiner les dates effectives de vaccination, et interroger le système de collecte des chiffres des « nouveaux cas ». Cela peut demander un réel travail d’enquête.

2) Il faudrait, pour chaque pays où la vaccination ne semble pas avoir eu d’effet, chercher à savoir si un nombre significatif de personnes vaccinées ailleurs n’y vivaient ou n’y travaillaient pas. Pour revenir à l’exemple de Gibraltar, on a vu que la vaccination de la population a commencé sur place le 10 janvier 2021, et qu’elle ne peut pas être en cause dans la résurgence épidémique observée à partir du 15 décembre 2020. Mais on lit dans la presse du 8 décembre 2020 que les personnels soignants espagnols travaillant à Gibraltar devaient être les premiers vaccinés… dès le mardi 8 décembre. Ainsi, des centaines de personnes fraîchement vaccinées se trouvaient à Gibraltar dès la deuxième semaine de décembre, et la presqu’île doit finalement rejoindre le groupe des zones où vaccination et résurgence épidémique sont synchrones ; il en devient le 76ème membre. (Et a fortiori, Gibraltar ne constitue donc pas un contre exemple irréfutable.)

3) Dans certains cas, il est manifeste que les données ne sont pas exactes, mais qu’elles ont été « estimées » ou reconstituées. Ainsi pour la Birmanie, le « plateau » observé sur la courbe de vaccination (Fig.6) signifierait en théorie que 12222 doses exactement ont été administré chaque jour du 12 février au 31 mars. De même, à Montserrat (Fig.7), ce serait 43 doses quotidiennes qui auraient été administrées chaque jour pendant 10 jours. Ce genre de chiffres laisse deviner que, des données manquant pour plusieurs jours, on a « lissé » les quelques chiffres qu’on avait en répartissant artificiellement les chiffres sur plusieurs dates.

Fig.6 - Vaccination et nouveaux cas en Birmanie © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData Fig.6 - Vaccination et nouveaux cas en Birmanie © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData
Fig.7 - Vaccination et nouveaux cas à Montserrat © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData Fig.7 - Vaccination et nouveaux cas à Montserrat © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData

La connaissance des dates réelles de vaccination et de détection des nouveaux cas permettrait de lever l'ambiguïté : l'explosion épidémique soudaine (mais toute relative, puisqu'il s'agit de 7 cas en 10 jours) a-t-elle commencé 3 jours avant la première injection de vaccin, comme suggéré par le graphique, ou a-t-elle suivi les premières vaccinations ? En attendant davantage d'informations qui pourrait potentiellement en faire un exemple de plus ou un contre exemple, on laisse Montserrat dans le groupe des cas "ambigus". Ce type de rectifications des chiffres est-il répandu ? Concerne-t-il beaucoup de pays ? On l'observe manifestement en Afghanistan, à Antigua et Barbuda, au Bahrain, en Bosnie Herzégovine, au Botswana, au Kirghizistan, au Lesotho, à Monaco, aux Îles Turks & Caicos... Mais des rectifications moins manifestes sont-elles opérées ailleurs ? Rendent-elles certaines observations invalides ? Il faudrait creuser.

4) Il conviendrait de comparer des zones voisines vaccinés et non vaccinées, pour vérifier si les épisodes épidémiques y suivent un cours semblable ou différent.

On pourrait d’ailleurs se demander si tout cela n’est pas qu’une seule et même coïncidence : peut-être que la vague épidémique de cet hiver concernait la plupart des pays d’une zones géographique à peu près en même temps, et que ce moment correspondait à la livraison des vaccins ? Quelques exemples semblent écarter cette hypothèse : en Israël, le départ épidémique s’est produit dès décembre 2020, en Jordanie en janvier, en Turquie en vrier et en Iran en mars.

5) Il faudrait s’intéresser aux époques où se menaient des essais sur les vaccins : les pays qui les ont accueillis ont-ils été touchés par des vagues épidémiques à ce moment-là ?

6) Il faudrait vérifier que, dans les zones où la vaccination s’est effectuée sans hausse des cas de Covid-19, rien d’autre ne permet d’expliquer cela.

- Dans plusieurs zones (Chine, Lesotho, Malawi, les îles Solomon, Ste Hélène, St Kitts & Nevis...), la vaccination a eu lieu à un moment où l’épidémie n’existait pas ou presque pas, et où la rencontre du virus avec une personne vaccinée avait peu ou aucune chance d’avoir lieu. Il n’est alors pas surprenant que personne ne soit contaminé : ce n’est en effet pas le vaccin qui est susceptible de générer le Covid-19 ! Ces pays ne sont pas des contre exemples irréfutables, susceptibles d’invalider l’hypothèse.

- Certains pays ne sont pas réputés pour leur transparence (Russie, Chine...) et d’autres peuvent avoir des systèmes de collecte et de centralisation des donnés plus ou moins réactifs.

- Pour qui s’intéresse aux traitements précoces, on ne peut s’empêcher de constater que plusieurs pays où aucune résurgence épidémique n’a accompagné la vaccination avaient depuis quelque temps adopté — officiellement ou non — des traitements précoces ou prophylactiques sur tout leur territoire : Afrique du Sud, Belize, Gabon, Ghana, Guinée, Indonésie, Kenya, Mauritanie, Maroc, Mexique (du fait de la politique de l’IMSS), Nigeria, Ouganda, Panama, République Démocratique du Congo, République Dominicaine, Sénégal, Taïwan, Zimbabwe… C’est également le cas pour la Slovaquie, où la vaccination a été suivie d’une hausse modérée des cas, puis d’une décrue rapide. Certes, il faudrait toutefois s’interroger : pourquoi ces traitements seraient-ils efficaces dans ces cas, et pas dans d’autres pays où ils sont adoptés et où la vaccination a été accompagnée d’une reprise épidémique ? Cette question, qui soulève l’hypothèse d’efficacité des traitements précoces et des conditions de leur mise en œuvre, sera évidement difficile à trancher sans polémiques dans le contexte actuel.

- Quoi qu’il en soit, il faudrait se pencher sur les contre exemples apparemment solides, comme la Moldavie (Fig.8), où la vague épidémique a précédé de 2 mois la vaccination, et où la redescente de la vague n’a pas été ralentie par la campagne de vaccination.

Fig.8 - Vaccination et nouveaux cas en Moldavie © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData Fig.8 - Vaccination et nouveaux cas en Moldavie © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData

7) Il faudrait également se pencher, au cas par cas, sur l’ampleur réelle des phénomènes traduits par les courbes : comme on l’a mentionné, les échelles des graphiques sont différentes d’un pays à l’autre. Peut-être que dans certains cas, la hausse des contaminations est négligeable, sans commune mesure avec la campagne de vaccination, ce qui pourrait constituer des contre exemples non repérés au premier coup d’œil.

Un exemple : la Nouvelle Zélande, où le nombre de cas détectés est extrêmement faible (moins de 300 depuis le mois de février) et correspond, selon un témoignage, à des voyageurs arrivant en Nouvelle Zélande. L'épidémie étant quasiment absente du pays, il rejoint le groupe des "51 contre exemples", avec une explication probable qui n'en fait pas un exemple irréfutable : les personnes vaccinées ne rencontrent sans doute pas le virus.

8) Puisque Santé Publique France fournit les données quotidiennes des tests, des décès hospitaliers et de la vaccination, on pourrait également se pencher sur ce qui se passe en France, département par département. Si l’on regarde les départements insulaires, moins exposés aux déplacements que les départements continentaux, le constat est quasi-systématique : Guadeloupe, Martinique, Corse et la Réunion (Fig.9 à 13) ont vu une remontée épidémique synchrone avec la vaccination. Une exception « ambiguë » : Mayotte (Fig.14), où l’épidémie était déjà en hausse lorsque la vaccination a commencé. La Guyane (Fig.15), elle aussi coupée des territoires voisins par des frontières, a connu une vaccination et une épidémie quasi-synchrones.

Fig.9 - Vaccination et nouveaux cas à la Guadeloupe © Enzo Lolo d'après Santé Publique France Fig.9 - Vaccination et nouveaux cas à la Guadeloupe © Enzo Lolo d'après Santé Publique France
Fig.10 - Vaccination et nouveaux cas à la Martinique © Enzo Lolo d'après Santé Publique France Fig.10 - Vaccination et nouveaux cas à la Martinique © Enzo Lolo d'après Santé Publique France
Fig.11 - Vaccination et nouveaux cas en Corse du Sud © Enzo Lolo d'après Santé Publique France Fig.11 - Vaccination et nouveaux cas en Corse du Sud © Enzo Lolo d'après Santé Publique France
Fig.12 - Vaccination et nouveaux cas en Haute Corse © Enzo Lolo d'après Santé Publique France Fig.12 - Vaccination et nouveaux cas en Haute Corse © Enzo Lolo d'après Santé Publique France
Fig.13 - Vaccination et nouveaux cas à la Réunion © Enzo Lolo d'après Santé Publique France Fig.13 - Vaccination et nouveaux cas à la Réunion © Enzo Lolo d'après Santé Publique France
Fig.14 - Vaccination et nouveaux cas à Mayotte © Enzo Lolo d'après Santé Publique France Fig.14 - Vaccination et nouveaux cas à Mayotte © Enzo Lolo d'après Santé Publique France
Fig.15 - Vaccination et nouveaux cas en Guyane © Enzo Lolo d'après Santé Publique France Fig.15 - Vaccination et nouveaux cas en Guyane © Enzo Lolo d'après Santé Publique France

Etc.

On ne poursuivra pas l’enquête ici, tant elle est démesurée.

Conclusion

Si ce billet ne prouve rien et ne conclut pas grand chose, il vise à documenter une question qui semble circuler sur les réseaux sociaux, mais ne pas être traitée par les autorités ni par les grands médias.

Elle est pourtant d'importance : les observations, confrontées aux hypothèses émises par quelques scientifiques, autorisent à douter, et à se demander si la vaccination peut être collectivement contre-productive, en générant une augmentation des contaminations.
Et à se demander si, par exemple, la situation que connaît l’Inde actuellement est due à un nouveau variant « plus contagieux », que le monde entier doit redouter et à cause duquel il faut renoncer à se déconfiner, ou si elle est liée à la vaccination qui a commencé en Inde il y a peu (Fig. 16).

Fig.16 - Vaccination et nouveaux cas en Inde © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData Fig.16 - Vaccination et nouveaux cas en Inde © Enzo Lolo d'après les données d'OurWorldInData

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