Pourquoi pas ?

La notoriété suppose mérite ou vertu. Plus objectif que modeste, j'ai longtemps cru que le jour qui m’a vu naitre ne marquerait pas l’histoire de l’humanité.

La notoriété suppose mérite ou vertu. Plus objectif que modeste, j'ai longtemps cru que le jour qui m’a vu naitre ne marquerait pas l’histoire de l’humanité. Et puis j'ai pensé que le dénommé Jésus de Nazareth a dû lui aussi avoir de sérieux doutes sur ses chances de faire parler de lui, lorsqu'il s'est retrouvé cloué sur une croix en bois, tel un vulgaire papillon piqué sur un bouchon en liège. Sa naissance n’en n’a pas moins ouvert une ère pour l’humanité.

Selon des rumeurs persistantes, il serait né dans une étable où trois rois, dont un nommé Balthazar, seraient venus le visiter. Je suis venu au monde en un lieu très modeste, et, cela ne s’invente pas, le médecin de ma famille s'appelait alors Balthazar !

Cloué en public jusqu'à ce que mort s'en suive, Jésus, a demandé :

 − Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Père, c'est ainsi que cet officiel fils du charpentier Joseph appelait, dit-on, son Dieu : Un omnipotent miséricordieux, qui, à en croire la bible, a abandonné à des bourreaux la vie d'un fils de 33 ans.

 Par contre, pour que je puisse vivre la mienne et beaucoup d'autres la leur sans subir l’ordre nazi, mon père a lui aussi exposé une vie de 33 ans, mais ce fut la sienne. Il l'a perdue.

 Mon père était un homme véritable. Celui revendiqué par Jésus selon "les écritures", n'était qu'un Dieu.

 

Même devenu grand et barbu, le "divin enfant" croyait sa mère vierge et elle pensait qu'il était un Dieu. Ma mère trop pudique ne l'a jamais ébruité, mais à présent qu'elle n'est plus je peux le divulguer. Elle est née vierge. Quant à moi, j'ai été divinement accueilli, comme un ange de plus dans une famille alors composée d'êtres le plus souvent au moins agnostiques.

Connaissant les dernières paroles qui lui sont prêtées, je doute que Jésus ait vraiment souhaité passionnément sa mort. Moi c'est directement, de vive voix, plus exactement de vif écrit, que je l’avoue ici, durant mon parcours j'ai été pris de passion pour quelques-unes de mes contemporaines. La plupart furent passagères, mais même les plus fugaces n'ont jamais duré moins d'une à deux heures.

Je pense que si nos passions respectives étaient comparées, la durée de l'unique que Jésus a vécue, sans à mon avis l'avoir voulue et qui ne fut pas agréable, apparaitrait probablement beaucoup plus courte que, j'ose le dire, mises bout à bout les miennes ; toujours volontaires et pas déplaisantes du tout.

J'ai moi aussi porté une croix. Et pas qu'une fois. Ce fut celle dite d'honneur, qui chaque semaine était cérémonieusement épinglée sur le tablier noir ou la blouse grise de l'élève le plus méritant de la semaine, par le directeur de l'école en personne.

Le nouveau testament serait celui de Jésus. Serait, car ni olographe - écrit de la main du testateur - ni signé et daté par lui, il n'a aucune valeur juridique aujourd'hui. Écrit, bien après la mort de son héros, par Marc ; Matthieu ; Luc ; Jean, des prosélytes d’une secte longtemps persécutée avant de devenir l'église Romaine, les sceptiques sont donc fondés à craindre une récupération opportuniste de "on-dit" colportés de bouches à oreille par le téléphone, pas encore arabe mais hébreux.

On lit dans ce testament qu’une fois Jésus aurait partagé son pain et son poisson avec la foule, mais rien ne prouve que ceux qui le relatent y aient assisté.Tandis que moi je peux le jurer sur la mémoire de feu mon placenta - mon premier protecteur qui a dû perdre sa vie pour que j’accède à la mienne - ce que j'écris je l'ai fait et vécu. J'affirme que durant mon enfance je n’ai pas partagé qu'une fois mon goûter avec ceux qui n'avaient même pas accès au casse-croûte de chez fauché, et que des milliers de fois j’ai depuis partagé ma table, et le repas qui se trouvait dessus, avec des milliers de gens. Et je ne détaille pas toutes les choses que j'ai données, pas toujours parce qu'elles ne me servaient plus. C’est tout de même autre chose qu’un seul pain et un seul poisson, ça ! Pourtant personne n'en n'a parlé.

Jésus était juif, je ne le suis pas, mais au diable les anti-pas-sémites, ces concordances troublantes entre lui et moi étant établies, si un nouveau repère pour l’humanité s’avérait nécessaire, serait-il illégitime qu’une nouvelle ère portant mon prénom succède à celle que lui a initiée il y a vingt siècles ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.