Joe Biden, le candidat du complexe militaro-financier

Autant tout ce qui brille n’est pas or, autant tout ce qui se dit « démocrate » aux Etats-Unis n’est pas forcément pro-paix.

Comme le précisait dès le 1er juillet 2020 un article des Echos : « Des ministres et anciens hauts responsables de l’administration Bush (2001-2009) se sont constitués en un comité d’action politique, baptisé ‘43 Alumni for Biden’ (‘Les anciens du 43e pour Biden’), George W. Bush ayant été le 43e président des Etats-Unis ».  

Le 7 octobre, lors de son échange public (et courtois) avec Mike Pence, le candidat vice-présidentiel de Donald Trump, la sénatrice démocrate de Californie Kamela Harris, choisie par Joe Biden pour être sa vice-présidente au cas où il intègrerait la Maison Blanche en janvier, a tenu des propos qui confirment cette situation.

L’ancienne juge s’est en effet vantée que le ticket « Biden-Harris » bénéficie depuis des mois du soutien de hauts responsables de l’administration de George W. Bush, dont 7 anciens ministres et plusieurs néo-conservateurs endurcis.

Colin Powell, l'inventeur du fakenews, parlant aux Nations unies en 2003.
Colin Powell, l’inventeur du fakenews, parlant aux Nations unies en 2003.

En premier lieu Colin Powell, l’ancien secrétaire d’État et chef d’état-major des armées américaines lors de la première guerre du Golfe en 1991, dont on se rappelle le discours mensonger aux Nations unies, agitant furieusement un flacon supposé contenir « la preuve » que Saddam Hussein possédait ces fameuses armes de destruction de masse qu’on tente toujours de localiser…

Orchestrée par Tony Blair pour consolider la « relation spéciale » entre Londres et Washington, cette guerre fut soutenue à l’époque par le représentant de l’État du Delaware (le plus important paradis fiscal américain), le sénateur catholique de descendance irlandaise Joe Biden.

Susan Rice avec Jo Biden.
Susan Rice avec Jo Biden.

Vient ensuite une autre femme, Susan Rice, une diplômée d’Oxford proche d’Hillary Clinton, que Biden a failli prendre comme candidate à la vice-présidence, mais qu’il préfère destiner au poste de secrétaire d’État. Après avoir été l’ambassadrice d’Obama aux Nations unies à partir de 2009, elle sera sa conseillère à la Sécurité nationale.

L’idée de créer une zone d’exclusion aérienne en Libye en 2011, au nom du « droit de protéger », en réalité un piège pour renverser le régime de Kadhafi, c’était elle.

A l’époque, tout en estimant que les Etats-Unis ne devaient pas y participer, Biden souhaitait vivement que les Européens, avec leur soutien logistique, y fassent le sale boulot à leur place : « Il est clair que l’OTAN a toute la capacité nécessaire pour appliquer la résolution de l’ONU, ce qui signifie assurer que la population soit protégée, que la zone d’exclusion aérienne soit mise en place et qu’il y ait une assistance humanitaire. C’est totalement, profondément, complètement dans les capacités de l’OTAN… ». Bravo l’artiste.

Le CNAS

Trois générations de va-t-en-guerre au CNAS : Madeleine Albright, Hillary Clinton et Michèle Flournoy.
Trois générations de va-t-en-guerre au CNAS : Madeleine Albright, Hillary Clinton et Michèle Flournoy.

Autre ombre au tableau, le soutien accordé à Biden par Michèle Flournoy, pressentie pour devenir sa ministre de la Défense. Peu connue en France, elle fut sous-secrétaire à la politique de Défense des Etats-Unis sous Obama. A ce titre, elle a servi aussi bien Robert Gates que Leon Panetta, un ancien ami intime de Biden.

Biden considère par ailleurs Michèle Flournoy comme un atout pour s’attirer le vote des femmes, du fait qu’elle est la femme la plus haut placée dans l’appareil de la Défense de l’histoire du Pentagone.

Elle est également co-fondatrice du Center for a New American Security (CNAS). Avec une trentaine d’employés et un « petit » budget de 6 millions de dollars, ce think-tank néo-conservateur a pris le relais du « Project for an American Century » (PNAC) pour recueillir toute une collection de va-t’en guerre de l’époque de Bush et d’Obama.

Rappelons que le PNAC avait été fondé par Victoria Nuland et son mari l’historien néo-conservateur Robert Kagan.

Hormis la lutte contre le terrorisme, la guerre irrégulière et la sécurité « climatique », le CNAS se concentre sur la menace posée par l’émergence de l’Asie, c’est-à-dire la Chine. Dès 2016, Flournoy mettait en garde contre « le rôle d’une Chine de plus en plus puissante, capable et confiante en elle-même, cherchant à devenir la puissance dominante en Asie, à changer unilatéralement le statu quo et à violer l’ordre international fondé sur les règles » (écrites par et pour un Empire britannique devenu anglo-américain).

Jusqu’à récemment, la CEO du CNAS n’était autre que Victoria Nuland, ex-conseillère de Dick Cheney et autre proche d’Hillary Clinton, dont elle fut la porte-parole avant de devenir secrétaire d’État adjointe pour l’Europe et l’Eurasie de l’administration d’Obama jusqu’en 2017.

Nuland s’est illustrée par son soutien sans complexe aux mouvements néo-nazis qu’elle, tout comme John McCain (dont la veuve fait campagne pour Biden), appuya sans réserve lors de la « révolution de couleur » du Maïdan en Ukraine, où le fils de Biden s’est d’ailleurs illustré par de juteuses opérations avec les oligarques du coin.

Le CNAS de Michèle Flournoy bénéficie des généreux financements de l’Open Society du milliardaire George Soros, et surtout de « la crème de la crème » du complexe militaro-industriel et financier anglo-américain : la firme britannique BAE Systems, BP America, Northrop Grumman, Lockheed Martin, Raytheon, Chevron, Exxon Mobil, Airbus, etc.

En clair, derrière Biden se prépare, en termes de politique étrangère, le pire cabinet de guerre possible, réunissant les éléments les plus va-t’en guerre des administrations Clinton, Bush et Obama.

Contrairement à Trump, qui certes s’entoure de pitbulls en espérant qu’ils n’aillent pas trop loin, Biden est un homme de caoutchouc qui sera, tant qu’il vivra, l’esclave du parti de la guerre.

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