L'affaire DSK et le vertige de la réalité

Petite réflexion après le fait divers qui a animé le printemps et l'été. Elle est tirée de La société de consommation de Jean Baudrillard (1970).

Petite réflexion après le fait divers qui a animé le printemps et l'été. Elle est tirée de La société de consommation de Jean Baudrillard (1970).

"Ce qui caractérise la société de consommation, c'est l'universalité du fait divers dans la communication de masse. Toute l'information politique, historique, culturelle est reçue sous la même forme, à la fois anodine et miraculeuse, du fait divers. Elle est toute entière actualisée, c'est à dire dramatisée sur le mode spectaculaire - et toute entière inactualisée , c'est à dire distanciée par le medium de la communication et réduite à des signes. Le fait divers n'est donc pas une catégorie parmi d'autres mais la catégorie cardinale de notre pensée magique, de notre mythologie.

Cette mythologie s'arc-boute sur l'exigence d'autant plus vorace de réalité, de "vérité", d'"objectivité".

Partout c'est le cinema vérité, le reportage en direct, le flash, la photo-choc, le témoignage-document, etc. Partout, ce qui est cherché, c'est le "coeur de l'événement", le "coeur de la bagarre", le in vivo, le "face à face" - le vertige d'une présence totale à l'événement, le Grand Frisson du Vécu - c'est à dire encore une fois le miracle, puisque la vérité de la chose vue, télévisée, magnétisée sur bande, c'est précisément que je n'y étais pas. Mais c'est le plus vrai que le vrai qui compte, autrement dit le fait d'y être sans y être, autrement dit encore le fantasme.

Ce que nous donnent les communications de masse, ce n'est pas la réalité, c'est le vertige de la réalité."

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