Directeur d’école : un vrai métier.

Aujourd’hui, deux conceptions de la fonction de directeur, directrice d’école s’affrontent :

-          Celle qui existe, aujourd’hui, et de façon historique : pour faire bref , le directeur est un pair parmi les pairs. C’est-à-dire qu’il est un enseignant avant tout, étant le représentant de la collégialité. Une indemnité et un temps de décharge (si plus de 3 classes) lui sont dévolus pour les tâches administratives qu’il a en sus. Il exerce dans une école qui n’a pas d’existence juridique dont les budgets de fonctionnements et d’investissements sont communaux.

 

-          De l’autre côté, de nombreux directeurs et directrices réclament une reconnaissance statutaire, c’est-à-dire ne plus être un enseignant comme les autres. Les volontés vont de la reconnaissance simple d’un métier spécifique jusqu’à la demande d’un statut de chef d’établissement ; plusieurs conceptions se portent de ce côté-là avec des contours de responsabilités plus ou moins étendus, avec ou sans rôle hiérarchique dans des structures plus ou moins autonomes avec ou sans rattachement au collège du secteur.

Cette reconnaissance statutaire est d’ailleurs la préconisation faite par les rapporteurs des réunions pour la Refondation de l’Ecole.

 

En fait, de nombreux directeurs expriment leurs difficultés à remplir correctement leurs diverses missions. Du Ministère (note sur le pilotage local), en passant par des syndicats enseignants comme le SNUipp (reconnaissance des charges de travail des directeurs), ou des associations représentatives des directeurs comme le GDID, tout le monde s’accorde sur les difficultés de cette fonction.

En plus de sa classe, le directeur est amené à remplir un nombre infini de tâches quotidiennes chronophages : répondre au téléphone, rédiger des compte rendus, écrire des courriers, classer, transmettre mails et courriers, informer, communiquer, réunir, organiser, travailler avec des partenaires extérieurs (référentiel des missions Académie de Reims) etc… interpellé à longueur de journée : où est le directeur ? Il faut que je lui dise … les journées sont des marathons où en plus de la gestion de la classe se rajoute celle de la direction : deux journées en une. Le directeur est au cœur de l’école comme la courroie de transmission, sa place est entre tous les acteurs : mairies, associations périscolaires, administration, parents, enseignants, enfants… Pas étonnant à ce rythme-là qu’il n’y ait pas beaucoup de candidats pour la fonction (5000 postes de directions d’école ne trouvent pas preneurs par an) surtout lorsqu’elle ne s’accompagne d’aucune décharge (pour les petites écoles jusqu’à 3 classes). Il n’est pas rare de rencontrer de tout(e)s jeunes directeurs(trices) qui ont choisi la fonction pour une tout autre raison que celle de « diriger » une école (se rapprocher du domicile, avoir un poste près du lieu de travail du conjoint par exemple…) comme une solution d’ultime recours parce que leur faible ancienneté ne leur permettent pas de postuler à mieux… La direction d’école n’a pas la côte, c’est plutôt souvent  un choix par défaut.

 Dans ces conditions d’exercice difficile, parce qu’il est aussi très souvent responsable d’une classe et qu’il n’a pas le temps, comment faire vivre des projets, faire vivre la collégialité de l’école pour la réussite des élèves ?

Cette notion de collégialité est très importante à l’école primaire parce qu’elle permet de rompre avec l’isolement du travail «  seul dans sa classe ». Sans échange permanent, sans confrontation avec les collègues, les idées s’usent, les mauvaises pratiques et la lassitude se renforcent au fil des ans. Et ce n’est pas, une inspection d’une heure ou deux au mieux tous les 3 à 5 ans qui permet de changer le cours des choses.

Libérer du temps permettrait de s’aider dans les classes, pour vaincre la difficulté scolaire et la solitude de l’enseignement ; il y a souvent plus d’idées chez 2 personnes que chez une seule c’est pourquoi l’idée que le directeur puisse aussi être un maître surnuméraire dans l’école me semble intéressante. Il pourrait ainsi être l’enseignant qui apporterait son concours dans la classe de ses collègues. Les formes de gestion des séances à 2 sur des séquences d’apprentissage restent à inventer. Mais il est certain que les élèves ayant des difficultés scolaires seraient ainsi mieux pris en charge au moment même des leçons (pas sur un temps différé ou seuls en dehors de la classe comme cela se passe aujourd’hui avec ce qui reste du RASED). Je l’ai déjà dit (voir billets précédents), pour être opérant les RASED doivent être beaucoup plus nombreux, sinon ce n’est que du saupoudrage d’aide. Dans mon école, j’avais formulé une demande d’aide en décembre qui n’est arrivée qu’en mai…

 Ensuite arrive le temps de la synthèse. Ensemble, on pourrait ainsi montrer qu’en ayant fait telle séance d’apprentissage avec tel enseignant dans sa classe, cela s’est conclu par tel ou tel résultat. Le directeur d’école deviendrait ainsi un élément fondamental de la réussite des élèves de son école en  recentrant son activité sur la pédagogie et sur la confrontation des pratiques pédagogiques de chacun. Ne se cantonnant plus seulement au travail administratif de l’école, il renforcerait son implication pédagogique. Je ne suis pas favorable à un statut hiérarchique qui fausse les relations d’entraide et ne permet pas une collaboration en toute égalité entre pairs au sein de la classe. Cette mission d’aide devrait faire partie de sa fonction avec un volume horaire conséquent.

D’autre part, le directeur est celui qui est aussi identifié par ces différents partenaires institutionnels   (Mairies, Associations, Education nationale …) comme le référent de l’école. Pour être un interlocuteur valable qui a le temps d’exposer les projets de l’équipe, le directeur doit pouvoir représenter l’école sous toutes ses facettes : c’est donc un métier. Il me semble important qu’il ait à gérer le budget de fonctionnement de l’école après avoir opéré des choix en collégialité. Selon un système de péréquation, les moyens alloués aux écoles doivent être plus équitables. Actuellement cela va de 15 euros à 130 euros par élève et par an selon que l’école est située dans une commune riche ou non. Ce n’est pas juste. Il faudrait si l’on veut réduire les inégalités sur le territoire que les budgets soient identiques au moins à l’échelle du département voire de la région.

 Enfin, je crois que le directeur est celui qui doit jouer un grand rôle dans la prise en compte du temps global de l’enfant (scolaire et périscolaire) puisqu’il est l’interlocuteur privilégié de tous au sein de l’école mais aussi auprès des  partenaires extérieurs. Ainsi, on le sait, la journée de classe est trop longue et les rythmes scolaires trop concentrés. Il faut organiser des temps périscolaires avec les communes, et les associations. Qui est mieux placé pour le faire que le directeur d’école ?

Donc, à l’avenir, pour permettre des réformes en profondeur de l’Education Nationale, le directeur d’école a  un rôle clé à jouer. Je ne suis pas sûr qu’un billet aussi court puisse permettre d’évoquer tous les aspects positifs à développer pour ce métier. On parle de refondation de l’école, je pense qu’il faut pour cela être audacieux, faire confiance aux acteurs de terrain qui font l’école chaque jour, en leur donnant les capacités d’agir en responsabilité.

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