Youtube: Algorithmes,médias et démocratie

Le PDG de Google, société mère de Youtube, était entendu le 29 Juillet dernier par une commission d'enquête parlementaire aux USA, avec les 3 autres dirigeants des GAFA. Il était notamment question d'évaluer l'influence des plateformes sur la démocratie. Il est temps que les gouvernements imposent à ces médias d'assumer les responsabilités qui correspondent à leur statut de 4ème pouvoir.

       Les algorithmes qui classent l'information (résultats de recherches, actualités, recommandations,..) ont une importance considérable dans l'évolution des démocraties. Il est crucial de comprendre le fonctionnement de ces méthodes pour pouvoir agir politiquement. Le sociologue Dominique Cardon1 a énuméré quatre grandes familles d'algorithmes de classement, correspondant à quatre valeurs différentes : la popularité (fondée sur le nombre de vues) ; l'autorité (fondée sur les citations elle-mêmes autorisées) ; la réputation (fondée sur les évaluations, notes, likes), la personnalisation (fondée sur l'historique de l'utilisateur). Souhaitons nous obtenir des informations d'après le buzz et la popularité ou bien classées en fonction de la qualité et de la rigueur des contenus ?

     Youtube, c'est 2 milliards d'utilisateurs et 1 milliard d'heures vues par jour (dont la moitié est consacrée à l'écoute de musique). Guillaume Chaslot, ingénieur français ayant travaillé pour Google sur l'algorithme de recommandation de Youtube de 2010 à 2013 a montré que l'objectif de ce dernier est de maximiser le temps de vues donc les revenus publicitaires. Or les contenus extrêmes, choquants, clivants ont cet effet : ils captent l'attention des utilisateurs. Certains Youtubeurs ont intériorisé les propriétés de l'algorithme et proposent volontiers des contenus sordides, initiant un cercle vicieux2. Chaslot a créé le projet Algotransparency3 afin d'étudier l'évolution de l'algorithme de recommandation. Il a mis en évidence qu'une recherche d'information menait très rapidement à des fake-news grossières. Jusqu'en 2019, Youtube a réfuté toute responsabilité et refusé de censurer les contenus, malgré la violence extrême ou la désinformation totale présentes dans certaines vidéos. « Ce sont les utilisateurs qui décident de ce qu'ils voient », tel était l'argument. Depuis, 25 000 créateurs de contenus, autrefois rémunérés par Youtube, ont été bannis définitivement dont Dieudonné et Soral, en juillet 2020.

      Le 29 Juillet, une commission parlementaire aux USA entendait les 4 PDG des GAFA4 pour déterminer à quel point ils abusent de leur position dominante et dans quelle mesure ils influencent le débat démocratique. Il est temps que les gouvernements interviennent face à ce 4ème pouvoir sans règle ni contrôle. Il ne s'agit pas de leur demander de s'instituer en arbitres du bien et du mal mais de respecter les limites légales de la liberté d'expression d'une part et d'assumer leur rôle de média en modérant et en éditorialisant leurs contenus d'autre part. La plateforme pourrait être tentée désormais par un excès inverse, une censure arbitraire des contenus.  Sur Youtube se côtoient parodies, fake-news, cours universitaires, divertissement, complotisme ou presse sérieuse, sans catégorisation. Il existe des chaînes proposant de l'information d'excellente qualité et on aimerait qu'elles soient davantage mises en valeur par l'algorithme.

Il est vrai que respecter son auditeur et l'informer avec déontologie, c'est là un travail humain qui ne saurait être assumé seul par un algorithme.

 

1À quoi rêvent les algorithmes ? Seuil, 2015. (chapitre I)

2Tel Logan Paul (16 millions d'abonnés), cherchant et trouvant un cadavre dans la « forêt des suicides », au Japon, en janvier 2018

3 https://algotransparency.org/?date=10-06-2020&keyword=

4 https://www.youtube.com/watch?v=T0gJYFX8WVc

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