Ouvrir l'oeil sur les privatisations à venir

La politique libérale de Macron oblige à une vigilance particulière sur les privatisations qui seront annoncées par le gouvernement

Le gouvernement s’apprête à céder des participations de l’État, c’est-à-dire à privatiser certaines entreprises publiques, dans le but de « financer l’innovation et la recherche », selon la formule un peu floue du Premier ministre. Pourquoi pas, a fortiori si les entreprises à vocation stratégique restent sous le contrôle de l’État (nucléaire, défense, EDF, La Poste, SNCF…)

Reste que les entreprises qui seraient privatisées sont souvent des sociétés très rentables qui appartiennent à la nation, c’est-à-dire à nous tous. Il faudra donc être particulièrement vigilant sur les conditions de ces ventes et leurs conséquences. Prenons par exemple le cas de La Française des jeux. Ce « fromage » (comme on dit) génère des centaines de millions d’euros de bénéfices et fait saliver les investisseurs. Aujourd’hui, c’est un monopole. Privatisée, la Française des jeux pourra difficilement prétendre à conserver ce statut privilégié. Ses concurrents internationaux, notamment les jeux en ligne, auront peut-être tout intérêt à le démanteler voire à le détruire pour capter le marché français des joueurs de Loto, Keno et autres Euro Millions. En plus de la privatisation d’un fleuron national, il s’agirait en fait d’une dérégulation du marché du jeu, pour aboutir à une libéralisation d’un secteur sensible qui nécessite un contrôle moral et sanitaire. La question se posera forcément un jour ou l’autre dans le cadre d’une économie mondialisée.

Autre point de vigilance : les acquéreurs et le montant des cessions de parts. On imagine l’intérêt de cette campagne de privatisation pour nombre de multinationales, par exemple Vinci ou d’autres sociétés étrangères comparables, ou encore des fonds d’investissement, dont les enjeux et les intérêts privés diffèrent des enjeux et des intérêts publics, notamment ceux d’une forte rentabilité à court terme. Autrement dit, veiller à ce que l’État ne brade pas les « bijoux de famille », sans parler des droits sociaux…

Enfin, sans procès d’intention mais avec une nécessaire attention, il faudra s’assurer que cette campagne de privatisation n’est pas la contrepartie de l’élection d’Emmanuel Macron auprès de soutiens financiers de sa campagne et auprès des réseaux d’investisseurs ou d’ingénierie financière qui constituent son milieu professionnel depuis plusieurs années. Il conviendrait d’avoir une connaissance claire et exacte de la liste des soutiens du candidat Macron, et d’étudier leurs ramifications et leur rôle (acquéreurs et conseil) dans ces futures privatisations.

 

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